Par Indigenous Action
Publié le 30 avril 2020
Traduction Christine Prat

LE CAPITALISME EST UN CULTE DE LA MORT

S’il y a jamais eu une journée internationale des travailleurs, le 1er mai, durant laquelle les inégalités du capitalisme aient été totalement exposées, il semble bien que ce soit celle-ci.

Tandis que l’ordre social capitaliste se vide de son sang et que les Blancs suprématistes, autoritaires, nationalistes (fascistes) se rassemblent pour le ressusciter et sacrifier les corps des Noirs, basanés, migrants, trans et queer, nous voulons viser les causes de notre souffrance à la racine.

Ce système nous a trahi longtemps avant cette crise.

Nous ne pouvons pas voter pour nous sortir de la domination coloniale et de l’exploitation. Les clubs à-but-non-lucratif et les célébrités ne « nous sauverons » pas. Les politiciens et les capitalistes n’abandonneront pas de plein gré leur destruction écologique en gros qui réchauffe Notre Mère la Terre. Les campagnes pour obtenir la « reconnaissance », « être comptés » et avoir « une place à la table » ne font que renforcer la loi coloniale.

Nous rejetons aussi les ouvertures qui nous sont faites d’être un prolétariat dans une révolution néocoloniale socialiste même si son avant-garde lave plus rouge.

Nous n’avons pas de futur dans quelque système que ce soit fondé sur la destruction de Notre Mère la Terre.

Une redistribution radicale des ressources doit aller de pair avec une redistribution radicale du pouvoir. Si ça ne se produit pas selon les termes des Peuples Autochtones sur les terres desquels vous vivez, ça ne fait que renforcer le colonialisme.

Nous n’avons aucun intérêt à réarranger les relations coloniales par des actes charitables d’ « alliance » menant à ce que le capitalisme se remette de ce virus. Si nous avons un futur en tant que Peuples Autochtones, nous devons être une force de la Nature qui détruit ce qui nous détruit.

Photo Ofelia Rivas

Article et photos Ofelia Rivas, Tohono O’odham
Spécial Censored News
Publié le 30 avril 2020
Traduction Christine Prat

Ofelia Rivas et sa famille s’efforcent de faire parvenir de la nourriture à leurs familles du côté mexicain de la frontière, dont ils sont maintenant séparés par le Mur…

“A cause d’une barrière illégale, nous avons dû faire passer l’aide à pied”

C’est en quelque sorte difficile de commencer cette histoire, nous ne sommes pas des guerriers de Facebook. Nous suivons seulement la voie de nos ancêtres, nous aidons toute personne et nous partageons ce que nous avons. Les frontières politiques Internationales ne nous arrêtent pas.

Les décennies de négligence des communautés O’odham côté sud de cette frontière sont une honte. L’ensemble des O’odham a perdu d’immenses territoires importants culturellement, et absolument vitaux pour les vies de tous les O’odham.

Des générations de jeunes O’odham n’ont jamais mis les pieds sur les plages, ni grimpé sur les montagnes pour cueillir de la nourriture et des plantes médicinales, ils ne connaissent même pas les noms de ces endroits.

Chemin vers le sud, dans le territoire O’odham qu’ils appellent Sonora, au Mexique

Les institutions qui montrent des cartes des terres O’odham s’arrêtent abruptement à cette frontière politique. Le système politique crée des documents supposés guider et faire autorité, comme la Constitution Tohono O’odham qui affirme implicitement que tous les O’odham sont unis, que la culture O’odham est protégée, comme tous les documents de ce genre, qui ne sont que des mots écrits et souvent répétés méthodiquement, sans aucun lien ou compréhension.

Dans ces temps féconds pour les entreprises qui jouent à la roulette, les terres du sud ne sont qu’un inconvénient pour les politiciens qui doivent écrire quelques mots et obtenir un budget pour aller au Mexique tous frais payés.

Pendant ce temps, les O’odham vivent sans eau vraiment potable et sans électricité, et très souvent sans nourriture.

Nous ne travaillons qu’avec des dons.
« Nous n’avons pas de comptes Go Fund Me et nous ne sommes pas un club à-but-non-lucratif. La compassion est une grande vertu O’odham. »
Vous pouvez donner par PayPal au Projet de Solidarité O’odham, sur le site « O’odham VOICE Against the Wall » :
http://tiamatpublication.com/
Écrire à Ofelia Rivas : PO. Box 1835, Sells, Arizona 85634
Email : 4oodhamrights@gmail.com

©Ofelia Rivas, Censored News. Ni l’article ni les photos ne peuvent être utilisés sans permission.

Photo Ethan Sing

Par Louise Benally, de Big Mountain
Spécial Censored News
Publié le 30 avril 2020
Traduction et photos Christine Prat

Nos anciens disaient : Ce qui est dans le sol, comme les ressources naturelles, ça fait partie de la Terre et ne doit pas être dérangé, parce que ça maintient l’équilibre de toute vie. Si c’est dérangé, ça créera une grande perturbation.

C’est ce qui nous arrive maintenant. Il n’y a pas de remède pour réparer, c’est fait par des humains – le déséquilibre de la Terre pour ses ressources, et la pollution continuelle.

Faites très attention à tout ce que vous faites, lavez vous les mains souvent avec du savon et de l’eau. Buvez beaucoup de boissons chaudes, tenez vous à l’écart des foules, n’approchez personne et restez à au moins 1m80 ou plus. Travaillez à vos projets loin des gens. Prenez des vitamines C et D, du citron, de l’ail et du thé à la menthe, avec du miel. Faites des prières avec la nature le plus souvent possible, et regardez moins la télé ou d’autres médias qui ne font que vous stresser. Portez des masques si vous devez vous rendre dans un lieu où il y a du monde et ne touchez à rien.

Le virus n’a pas de frontières et vous seul pouvez faire la différence pour vous-même.

A PROPOS DE L’AUTRICE

Louise Benally et sa famille luttent contre la déportation forcée depuis 40 ans. Peabody Coal a orchestré la saisie de terre Diné sur Black Mesa pour s’emparer d’une mine de charbon afin d’alimenter la centrale électrique dite ‘Navajo’, près de Page, dans la Réserve Navajo. Cette centrale fournissait de l’électricité à bon marché au Sud-ouest des Etats-Unis, épuisait l’eau, empoisonnait le sol, l’eau et l’air, pendant que les gens souffraient, beaucoup d’entre eux n’ayant ni l’eau courante ni l’électricité. Au cours des 40 dernières années, cette centrale a été désignée comme l’une des plus polluantes au monde, une des causes principales de la pollution générale de l’air. Autour de la zone dévastée par les mines de charbon et les trois centrales au charbon dans la Nation Navajo, il y a beaucoup de déchets d’uranium radioactifs, abandonnés par des entreprises irresponsables. Les mines d’uranium ont laissé derrière elles tout un héritage de morts de maladies respiratoires et de cancer, chez les mineurs Navajo et leurs familles. L’ancien bassin de rétention des déchets d’uranium de Church Rock*, qui s’est fissuré en 1979, continue de contaminer le Rio Puerco qui coule vers l’ouest. L’air, le sol et l’eau ont été empoisonnés aussi par les forages de pétrole et de gaz dans la Nation Navajo, qui s’étend du Nouveau Mexique aux champs pétrolifères d’Utah. – Brenda Norrell, éditrice, Censored News.

*Extrait de la conférence de Leona Morgan, à Bure le 24 mai 2019.
La catastrophe de 1979, à Churchrock
Le 16 juillet 1979, la pire catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis a eu lieu à Churchrock, au Nouveau-Mexique. A Churchrock, il y avait deux mines d’uranium et une usine de traitement. L’usine avait un bassin de rétention des déchets. Les déchets d’une usine de traitement sont beaucoup plus radioactifs que ceux des mines. Ce bassin était fermé par un barrage en argile. Il y avait une fissure dans ce barrage, l’entreprise le savait, le gouvernement aussi, mais l’entreprise a continué à mettre des déchets dans le bassin. A l’aube du 16 juillet 1979, le barrage s’est rompu. Plus de 400 millions de litres de déchets radioactifs se sont déversés dans un ravin à sec, puis dans une rivière qui est à sec la plupart de temps, la rivière Puerco. […]
A ce jour, ce n’a toujours pas été décontaminé. En juillet 2015, Tommy Rock, un chercheur Diné de l’Université de Flagstaff, a découvert que l’eau potable d’une communauté Diné, à Sanders, en Arizona, à 65 km en aval sur la rivière Puerco, contenait deux fois la concentration légale d’uranium.

Par Duane ‘Chili’ Yazzie
Diné, de Shiprock, Nouveau-Mexique
Pour Censored News
Publié le 27 avril 2020
Traduction Christine Prat

Le COVID-19 envahit les corps des gens à leur insu, détruit des vies, des familles, des futurs. Il ne fait pas d’exceptions, quelque soit le statut économique, la force physique ou la couleur de la peau. Il cherche la vie pour donner la mort. Il vit par la mort. Il renverse les gens célèbres et puissants. Les défavorisés sont une proie facile. Il y a peu d’endroits où se réfugier contre le virus tueur.

Cet ennemi de la vie dévoile les vulnérabilités du ‘plus grand’ pays de la planète. Il paralyse le meilleur de la science et de la médecine occidentales. Nos premières lignes pour repousser cet ennemi sont sans défense, fatiguées, et cherchent des secours qui pourraient ne pas venir. Nous les remercions et prions pour qu’ils trouvent la paix et la force.

Le croyant comme le non-croyant demande à Dieu pourquoi ça arrive, nous cherchons des réponses, nous réfléchissons, nous essayons de trouver la raison. Ce doit être un message indiquant que nous avons dérivé trop loin des enseignements de la vie qui nous ont été donnés quand nous sommes apparus sur cette terre. L’humanité vacille au bord de l’auto annihilation avec les dégâts causés à la Terre Mère, le virus est peut-être le fouet avec lequel la Terre nous discipline. Dieu purifie sa création dans des temps de grand désordre, peut-être est-ce un tel temps.

Nous voulons que les choses reviennent à la normale, mais les choses n’ont jamais été normales pour les peuples Autochtones. Nous sommes les plus vulnérables, avec notre diabète causé par la mal bouffe et les marchandises du gouvernement. Nous avons des problèmes cardiaques et respiratoires à cause de la pollution au charbon, des cancers causés par l’uranium et des eaux empoisonnées. Nos hôpitaux manquent de fonds, nous vivons dans des logements surpeuplés et dans la pauvreté.

Il y a un grand déséquilibre en ce temps moderne, de la violence est perpétrée contre la terre et ses enfants qui vivent pour perpétuer les Instructions d’Origine. Le Créateur nous a donné un certain mode de vie, et certaines croyances ; ça a été une bénédiction de vivre selon ces enseignements qui nous ont appris comment vivre notre vie dans le bonheur. Les Instructions d’Origine prescrivent une vie de K’é, une relation familiale avec toute vie, avec toute création. Cela exige ajoobah (compassion), vérité, humilité, respect, honneur et courage. Le seul espoir qui nous reste est de nous souvenir et d’honorer les modes de vie que le Créateur avait à l’origine conçu pour nous.

Par Censored News, Klee Benally
Censored News
23 avril 2020
Traduction Christine Prat

FLAGSTAFF, Arizona – L’équipe de bénévoles de Kinłani/Flagstaff soutient l’Aide aux Familles Navajo et Hopi. Au cours du mois d’avril, des provisions et équipements destinés aux résidents des Nations Navajo et Hopi sont arrivés à Flagstaff (Kinłani) pour leur être livrés. L’acteur Jason Momoa [originaire de Hawaï] a fait don d’un plein camion d’eau, et le Dr. Bronners a envoyé des savonnettes et des désinfectants pour les mains. Parmi les dons, il y a des produits frais, des masques et des produits sanitaires. Can’d Aid a donné de l’eau qui a été livrée à Tuba City.

Photos fournies par Klee Benally, Diné, Flagstaff, Arizona.

Klee Benally : « C’est ce que nous appelons la Solidarité, pas la Charité. Nos parents SDF préparent des kits pour chacun d’entre eux, organisent la distribution de vêtements, et préparent des actions pour leur mieux-être. Nous progressons, grâce à l’aide de vos dons à tous (même le Dr. Bronners pour l’Aide aux Familles Navajo et Hopi) ! » Allez voir sur www.kinlanimutualaid.org ou faites des dons par PayPal : indigenousaction@gmail.com .

Klee Benally, mercredi « Nous avons déchargé 950 litres de désinfectant pour les mains pour l’Aide Navajo Hopi COVID 19, aujourd’hui. Maintenant il faut trouver des vaporisateurs de 24 et 48 centilitres à remplir et distribuer ! »

Klee : « Ce système nous a fait défaut bien avant le COVID-19. Nous ne pouvons pas envisager de soutenir nos peuples à travers cette crise sans nous organiser pour détruire ce système. Tandis que les efforts d’aide mutuelle se répandent radicalement pour redistribuer les ressources, nous devons aussi redistribuer le pouvoir. Nous devons comprendre comment le capitalisme et le colonialisme se fondent sur les privations matérielles de nos communautés. Nous devons aussi comprendre comment le colonialisme d’exploitation a frappé nos corps et compromis nos systèmes immunitaires.

« Si nous voulons vraiment honorer Notre Mère la Terre, ça implique d’attaquer le capitalisme, la suprématie blanche, l’hétéro-patriarcat et le colonialisme à la racine. Si ces idéologies de base ne sont pas liquidées, nous nous condamnons, nous et les générations futures, à la non-existence. Le capitalisme n’est pas durable, c’est un virus. Le colonialisme, c’est la peste. »

Un chargement de fruits et d’équipements pour se laver les mains, destiné à Chilchinbito. Jessica, de l’Aide Navajo Hopi, a transporté de l’eau en cannettes à Leupp, avec le soutien bénévole de Kinłani Mutual Aid. Le savon et le désinfectant du Dr. Bronner est prêt pour être distribué à Leupp. Ahe’hee (merci) à tous les bénévoles de Kinłani Mutual Aid pour l’avoir gardé et soutenu les actions d’aide et à tous ceux qui ont fait des dons ! Taala Hooghan Infoshop – Klee Benally

L’acteur Jason Momoa [de Hawaï] dit « STOCKÉ ET FIER DE LIVRER de l’Eau Mananalu. Nous avons envoyé un camion plein (20 000 cannettes) d’eau Mananalu à la Nation Navajo. Mon entreprise d’eau est encore petite, mais je fais ce que je peux pour aider ceux qui en ont le plus besoin. MAHALO NUI @theelleshow pour nous avoir aidé à propager l’aloha. Merci à la campagne Aide aux Familles Navajo et Hopi COVID-19 ((@navajohopicovid19relief) pour nous avoir aidé à distribuer l’eau aux familles. C’est un effort de la base, conduit par un groupe de femmes Navajo qui travaillent 14 heures par jour, sans être payées, afin de collecter des fonds et soutenir les familles Navajo dans le besoin pendant cette terrible pandémie. C’est merveilleux. Les tribus Autochtones sont parmi les communautés qui courent le plus haut risque, au cours de cette pandémie du coronavirus, et beaucoup d’entre elles n’ont pas les moyens nécessaires pour combattre le virus. C’est-à-dire, l’équipement médical, la nourriture de base et l’eau potable. Environ 40% des habitants vivent dans des zones rurales et ont peu ou pas d’accès à l’eau courante. Ils vivent, littéralement, dans un ‘désert alimentaire’ avec très peu d’épiceries et un territoire très étendu. Beaucoup de familles doivent faire plusieurs kilomètres rien que pour aller chercher de l’eau. »

Táala Hooghan : équipe de bénévoles de Kinłani/Flagstaff Mutual Aid, qui aident l’Aide aux Familles Navajo et Hopi, déchargent de l’eau en cannettes.

Texte traduit et publié en français par le CSIA-Nitassinan

“Blue River, territoire ancestral Secwepemcul’ec – avril 2020.

Les défenseurs de la terre autochtones ont été soumis à une violente attaque par des blancs locaux à leur village de guerriers des Tiny House à Blue River, en Colombie-Britannique et exigent une réponse de la police contre les agresseurs.

L’assault a commencé la nuit du dimanche 19 avril, mené par quatre attaquants blancs avec deux véhicules légers de camouflage tout terrain qui ont vandalisé le campement des Tiny Houses et profané l’exposition commémorative en l’honneur des femmes autochtones assassinées et disparues…” [lire la suite sur le site du CSIA]

DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE

DESTRUCTION EN COURS D’UNE TERRE SACRÉE DANS LA NATION TOHONO O’ODHAM POUR CONSTRUIRE LES TOURS D’ESPIONNAGE ISRAÉLIENNES

Par Ofelia Rivas, Tohono O’odham
Censored News
21 avril 2020
Traduction Christine Prat

L’échec de cette génération à défendre les terres, c’est cette excavatrice munie d’une foreuse, qui est arrivée hier et s’est garée au bout de notre route communautaire.

Depuis des temps immémoriaux, nos ancêtres ont dû se défendre contre les missionnaires qui coupaient des membres, les conquistadors qui cherchaient de l’or et les mineurs qui cherchaient de l’argent et une destinée manifeste.

Nous avons survécu pour raconter ces histoires.

Celle-ci sera une documentation et un témoignage de cette génération de compromis, non-conforme, de politiciens hypocrites et avides, et des manipulations trompeuses du personnel de la Patrouille des Frontières du Gouvernement des Etats-Unis, et d’un commandant en chef idiot.

Notre montagne sacrée va subir une attaque.

Les gens ne verront plus jamais les terres O’odham intactes quand ces tours seront érigées. Les terres sont déjà soumises à la destruction irrésistible par des routes non-autorisées sur des sites funéraires et des sites culturels importants, le pillage de nos possessions ancestrales appelées vestiges, et l’élimination à volonté des sommets de collines pour y ériger des tours de surveillance amovibles.

D’innombrables véhicules traversent les zones vierges de nos terres.

Il y a la transformation des habitats des animaux et des plantes, des terres O’odham, et des pratiques culturelles héritées.

Je demande aux politiciens qui ne vivent pas dans notre communauté, ou dans la réserve, de venir constater que la montagne sacrée est le sacrifice.

Chantez sa chanson et donnez-lui de la farine de maïs, vu que cette montagne était là depuis des générations, quand les gens lui manifestaient du respect et vivaient en harmonie avec elle – quand elle protégeait le daim nouveau-né et donnait d’innombrables fruits au cactus tuyau d’orgue pour la communauté, et tous les cactées saguaro qui donnaient des fruits aux animaux, aux gens et aux plantes médicinales.

Les vies des O’odham ont été altérées.

Les gens ont subi ce système d’oppression humiliant.

Le Dalaï-Lama a dit : « Allez à Lhassa et enquêtez vous-même pour voir si les Tibétains sont heureux sous l’autorité de la Chine qui restreint les pratiques culturelles Tibétaines. »

Quand des jeunes gens se suicident par désespoir, à cause de l’alcoolisme ou des drogues, et qu’il y a toutes sortes de crimes, de la violence et domestique, c’est la preuve d’une société O’odham brisée.

Je sais seulement être O’odham. Je ne peux pas adopter une culture et des normes étrangères qui ne sont pas celles de mes ancêtres.

Toute la force et la sagesse c’est qui nous sommes en tant que O’odham.

Quand notre monde est attaqué, les guerriers ont juste besoin d’un signal.

Ils sont décidés à tenir.

Je tiens.

©Ofelia Rivas, Censored News, ne peut être utilisé qu’avec permission.

 

QUELQUES CRITIQUES DES POSITIONS DU GOUVERNEMENT NAVAJO

Le gouvernement de la Nation Navajo a pris des mesures de confinement, d’isolement, d’interdiction d’entrer dans la Réserve, et de couvre-feu pour tout le weekend de Pâques 2020. Ces mesures sont nécessaires, mais ont néanmoins suscité des critiques pertinentes chez ceux qui craignent l’autoritarisme. Il faut savoir que beaucoup d’habitants de la Réserve sont âgés, invalides, chômeurs, isolés, et que les routes ne sont pas toutes praticables. On redoute un manque d’eau et de nourriture. Sans parler des médicaments… Cet article est un commentaire critique de l’article précédent.

Christine Prat

Le 9 avril 2020, Klee Benally (d’Indigenous Action) a écrit sur Facebook :

Nous devons prendre les mesures nécessaires pour que cette maladie ne se propage pas davantage sur nos territoires.

Nous devons aussi parler de l’autoritarisme.
Un état policier temporaire ne nous sauvera pas.

Plus de membres de notre communauté remplissant les prisons ? Des amendes quand les gens sont au chômage ou se débattent pour payer ce dont ils ont besoin pour « rester sur place » ?

Et qu’en est-il de ceux qui n’ont pas de logement ? Et de ceux/celles qui sont confronté(e)s à la violence domestique ?

C’est ce que nous voulons dire quand nous parlons de violence structurelle. D’après Galtung, la violence structurelle est « une forme de violence dans laquelle une structure sociale ou une institution sociale peut nuire aux gens en les empêchant d’accéder à leurs besoins de base. »

Ainsi, quand la Garde Nationale (qui a une longue histoire de racisme anti-Autochtones) et d’autres forces de l’ordre interviennent, certains célèbrerons le soulagement qu’elles apportent, mais n’oubliez pas ce qu’elles représentent et à qui elles ont prêté serment.

En clair, il ne s’agit pas d’exprimer de la méfiance lorsqu’il est utile de rester chez soit afin de se protéger les uns les autres.

Il s’agit de défier l’ordre social qui nous a laissé tomber il y a fort longtemps.

Le fait que la respiration des membres de notre communauté soit entravée par les cendres de charbon brûlé à Black Mesa et « Four Corners ». Avec un nuage de méthane de la taille du Delaware au-dessus de nos têtes à cause des centrales électriques de San Juan et Four Corner.

Le fait qu’il n’y ait jamais eu d’étude sérieuse de la santé en Dinétah, pour remédier aux effets de résider près de plus de 2000 mines d’uranium abandonnées. Nous connaissons le désastre du cancer. Avec 22 puits fermés à cause de hauts niveaux de radioactivité, avec toute une génération qui a travaillé dans ces mines sans aucune protection. Ce gouvernement colonial avide de ressources n’a pas de dossier ayant fait une priorité de la santé des membres de notre peuple, il a profité des la destruction de Notre Mère la Terre qui a diminué nos systèmes immunitaires.

Ma grand-mère disait « le charbon est le foie de Notre Mère la Terre, l’uranium est ses poumons. »

Mes Anciens à Big Mountain m’ont appris que je ne devais jamais faire confiance au gouvernement, mais que nous devions avoir confiance en Dził Leezh et Ké’, ou en nos montagnes sacrées comme dirigeants et en nous tous réciproquement…

Nous nous en tirerons, mais c’est à nous tous de travailler ensemble et de nous aider les uns les autres, spécialement les plus vulnérables, même si ça signifie rester à distance, porter un masque, ne pas se serrer la main, laisser nos feux allumés, offrir des prières, entretenir ou apprendre nos médecines [traditionnelles], et réfléchir et rétablir ce que c’est qu’être Nohookáá Diyin Dine’é.

Respectez et entretenez nos enseignements culturels traditionnels, ils nous ont aidé à traverser tant de souffrances. Ce sont les pas de nos ancêtres, sa’ah naagháí bik’eh házhóón.

Ceux d’entre vous qui connaissent mon père savent que se sont plus ses mots que les miens.

Je vous souhaite d’aller bien, vous et tous mes parents.

Ahe’hee’ nitsaago.

###

Le 10 avril, Klee Benally a prévenu :

« Le gouvernement de la Nation Navajo a refusé d’accorder des dérogations aux groupes qui veulent apporter des services pendant le couvre-feu de ce week-end pour faire face à la crise humanitaire. Etant donné que les cas de COVID-19 sont supposé atteindre un pic à la mi-mai, c’est très inquiétant. » Pourtant, les gens isolés risquent de manquer de nourriture, d’eau, de médicaments…

###

Toujours le 10 avril, quelqu’un postait sur la page Facebook Navajo Politics une copie d’une lettre officielle du gouvernement Navajo autorisant un rassemblement religieux à Ganado [Dans la Nation Navajo] ce même 10 avril.

Le même jour, le Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo publiait un communiqué :

10 avril 2020 – Le Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo est au courant de la lettre et de l’approbation du service religieux « drive-in » tenu plus tôt dans la journée à Ganado, Arizona. Le Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo a reçu et pris en compte le tollé général, par les médias sociaux et la hotline du centre. En conséquence, de nouvelles approbations ne seront ni prises en considération ni accordées.

La priorité du Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo est la santé et le bien-être des citoyens Navajo.

D’après un article du 10 avril dans le Navajo Times, le Président Jonathan Nez a dit que l’autorisation n’émanait pas du Bureau du Président et du Vice-Président.

LE NOMBRE DE CAS DE COVID-19 S’ACCROIT, DES TESTS RAPIDES SERONT BIENTÔT DISPONIBLES

28 mai 2020: 5044 cas, 167 décès. En pourcentage de la population, la Nation Navajo arrive juste derrière New-York et le New-Jersey. Mais les Autochtones ne sont pas inclus dans les statistiques des Etats-Unis, ils sont classés comme “autres”!

Par le Président Jonathan Nez et le Vice-président Myron Lizer
Publié par Censored News
12 avril 2020
Traduction Christine Prat

Cet article est fondé sur les déclarations des Président et Vice-président de la Nation Navajo. Certains points ne font pas l’unanimité. Il est publié à titre informatif. Voir critiques dans l’article suivant. La photo ci-dessus a été prise à Window Rock, siège du gouvernement Navajo.

WINDOW ROCK, Arizona – Le nombre total de tests positifs au COVID-19 a atteint 698 dans la Nation Navajo, samedi 11 avril – 101 cas de plus que vendredi, selon le Service de Santé Navajo et le Service de Santé Indien pour le Secteur Navajo, en coordination avec le Centre d’Epidémiologie Navajo. Le rapport indique aussi un total de 2760 résultats négatifs de tests jusqu’à samedi. Il y a maintenant 24 décès confirmés, liés au COVID-19.

Il y avait donc 698 samedi, répartis dans les comtés suivants :

  • Navajo County, AZ : 252
  • Apache County, AZ : 79
  • Coconino County, AZ : 150
  • McKinley County, NM : 92
  • San Juan County, NM : 97
  • Cibola County, NM : 11
  • San Juan County, UT : 11
  • Socorro County, NM : 6

Le Président de la Nation Navajo Jonathan Nez et le Vice-président Myron Lizer, ont aussi été informés que les tests rapides Abbot ID seront disponibles dans les centres médicaux Navajo et les centres de soins opérés par la Tribu, dans les jours qui viennent. Cela permettra d’obtenir les résultats de tests en quelques minutes. Actuellement, il faut attendre en moyenne de 2 à 4 jours pour avoir les résultats.

« Des résultats de tests plus rapides résulteront en un nombre encore plus élevé de cas positifs, mais aideront à identifier ceux qui ont le virus et commencer à les traiter beaucoup plus vite. Nous devons faire mieux. Si nous restons tous chez nous ce weekend, la propagation diminuera. Pour ceux qui célèbrent Pâques ce dimanche, nous leur demandons instamment de suivre les services offerts sur Internet, la télévision, la radio et autres moyens sûrs de communication. A nos personnels soignants et à ceux de première ligne : je vous remercie du fond du cœur pour tout ce que vous faites pour aider nos concitoyens. Nous savons que ce n’est pas facile, mais nous sommes avec vous et nous prions pour vous tous les jours » dit le Président Nez, qui a aussi remercié tous ceux qui respectent le couvre-feu et suivent les recommandations des professionnels de la santé.

Le weekend du 10 au 13 avril a été déclaré « Weekend de Prière Familiale de la Nation Navajo », pour respecter les fêtes de Pâques et encourager les familles à prier ensemble pour les malades, les familles qui ont perdu des proches du COVID-19, ceux de première ligne, et beaucoup d’autres.

« Il y a toujours une lumière d’espoir dans tous les défis auxquels notre peuple Navajo a dû faire face depuis toujours, et ceci n’est pas différent. Oui, les nombres s’accroissent, mais beaucoup de gens ont aussi été testés négatifs et beaucoup guérissent. Nous vaincrons le COVID-19 ensemble, mais ça ira plus vite si nous restons chez nous le plus possible », dit le Vice-président Lizer.

Le couvre-feu de 57 heures décrété par la Nation Navajo a pris effet le vendredi 10 à 18h et se poursuit jusqu’au lundi 13, à 5h du matin, à l’exception des employés essentiels qui doivent avoir un papier de leur employeur. La police Navajo devait appliquer le couvre-feu strictement en dressant des procès-verbaux qui peuvent entrainer une amende jusqu’à 1000 dollars et/ou 30 jours de prison.

LES COMPAGNIES PROFITENT DE L’ÉPIDÉMIE POUR CONTRUIRE LEURS OLÉODUCS, ELLES NE RESPECTENT NI LES ORDRES DE CONFINEMENT, NI LES MESURES DE PROTECTION

Par Christine Prat
9 avril 2020

Depuis les derniers évènements relatifs à la lutte d’Autochtones des Premières Nations contre la construction d’oléoducs à travers leurs territoires, la pandémie du COVID 19 a frappé le Canada. Les multinationales en ont profité pour construire plus que jamais. Elles ne respectent ni les ordres de confinement, ni les précautions de base telles que la distance entre les personnes (2m au Canada), ou les interdictions de rassemblement des travailleurs dans des camps. Les Autochtones se sentent menacés et comparent ce qui se passe actuellement à la distribution consciente de couvertures infectées par la variole au 19ème siècle.

Coastal GasLink profite du confinement pour continuer à construire son oléoduc en territoire (non-cédé) Wet’suwet’en. Kinder Morgan, qui construit l’oléoduc dit « TransMountain », est en train de construire un nouveau « camp masculin » près de Clearwater, en Colombie Britannique, en territoire (non-cédé) Secwepemc.

La multinationale bien connue des Français, Vinci, a été choisie par la corporation LNG (Liquified Natural Gas) Canada pour construire d’énormes cuves pour stocker du gaz liquéfié et du pétrole.

Les oléoducs construits en Colombie Britannique ont pour but de transporter les carburants jusqu’à la côte ouest, afin de les exporter vers l’Asie.

La pandémie ayant fait oublier tous les autres problèmes, il est bon de rappeler brièvement la situation qui prévalait lorsque le Canada a été touché par le virus.

(Vous pouvez trouver des articles sur les luttes du début de l’année sur ce site.)

Le 1er mars, des discussions entre les chefs Wet’suwet’en, les autorités de la Province et les autorités fédérales, avaient débouché sur une proposition d’accord. Cela a causé une certaine confusion qui a pu faire croire qu’une solution au conflit était sur le point d’aboutir. Cependant, cette proposition ne concernait que les droits et titres des Wet’suwet’en et ne disait rien de l’oléoduc de Coastal GasLink. De ce fait, les groupes qui organisaient des actions contre le projet ont prévenu que rien n’était changé et que la lutte continuait. Il n’y a donc jamais eu d’accord.

Le 7 mars, les administrateurs de la page Facebook Unist’ot’en Camp publiaient un article disant :

« A la suite de pourparlers limités entre les chefs héréditaires Wet’suwet’en et des représentants de l’Etat Canadien, une certaine confusion a vu le jour. L’Etat et les médias dominants ont ajouté à cette confusion en décrivant ces pourparlers comme point final des actions de protestation qui duraient depuis des semaines, en soutien aux Wet’suwet’en et contre l’oléoduc de Coastal GasLink.

Mais la réalité est qu’il n’y a pas eu d’accord autorisant la construction de l’oléoduc et qu’aucun appel n’a été lancé, demandant aux gens de démonter leurs barricades. En dépit de ce qu’ils veulent que vous croyiez… ce n’est pas fini. »

Cependant, le COVID 19 est arrivé au Canada. Ça a détourné l’attention des médias de ce qui se passait chez les Autochtones, mais, en même temps, gravement augmenté les risques que constituaient pour eux les constructeurs d’oléoducs et leurs travailleurs, venus d’on ne sait où et logés dans ces « camps masculins » où règne la promiscuité. Il y a un ordre de confinement au Canada, et l’exigence d’une distance de 2 mètres entre les individus, cependant les compagnies n’en tiennent aucun compte, et, au contraire, profitent du confinement pour accélérer les constructions. Voir l’excellente vidéo – malheureusement pas encore sous-titrée en français – tournée les 30 mars et 1er avril et publiée sur le site Unist’ot’en Camp.

Dans l’est du Canada, des gens ont remercié les Mohawks qui avaient bloqué les chemins de fer en soutien aux Wet’suwet’en, car ça a probablement ralenti la propagation du virus. Par contre, en Colombie Britannique, les compagnies continuent à essayer de faire de l’argent avec ce qu’il reste de la planète.

Les Wet’suwet’en et les Secwepemc se sentent extrêmement menacés par le virus. Cependant, les employés et agents de sécurité des compagnies continuent à se promener dans leurs territoires sans aucune précaution. Les Autochtones se protègent comme ils peuvent, mais notre amie Secwepemc Kanahus Manuel, qui a été arrêtée pour cause de manifs et est en liberté conditionnelle, n’a pas le droit de se couvrir le visage !

Le 24 mars, Amanda Follett Hosgood écrivait sur le site canadien « The Tyee » : « Les camps de travailleurs de Colombie Britannique restent ouverts malgré les risques de pandémie. Des travailleurs propageant le virus pourraient inonder le système de santé, disent des experts. » Le 31 mars, elle écrivait : « L’oléoduc et la pandémie : ‘le plus grand risque que nous courons à ce moment’. L’Union des Chefs Indiens de Colombie Britannique appelle Coastal GasLink à arrêter le travail pour réduire les risques du COVID-19. […] ‘Nous devons répéter à la CGL qu’elle est par effraction sur notre territoire’ dit Dsta’Hyl, son nom anglais étant Adam Gagnon. ‘Mais ils reviennent tout le temps’. » (Chef Héréditaire Wet’suwet’en).

Le 3 avril, le National Observer écrivait : « BC Hydro a suspendu la navette pour le barrage du Site C, et six personnes sont en auto isolation dans le camp, suite à l’application des mesures devant faire barrière au Coronavirus.

La décision du service provincial arrive au moment où une dirigeante éminente des Premières Nations avait déclaré qu’elle était toujours inquiète à cause des camps de travailleurs des projets miniers, qui, comme le barrage du Site C sur la Peace River, dans le nord-est de la Colombie Britannique, continuent leurs travaux. »

LES COMPAGNIES

Les deux oléoducs en construction, respectivement en territoire Secwepemc et en territoire Wet’suwet’en :

TransMountain : construit par la branche canadienne de Kinder Morgan Energy Partners.

Coastal GasLink : TC Energy Corporation (ex-TransCanada).

Le barrage du site C : Financement publique.

LNG (Liquified Natural Gas) Canada : Groupe étranger, « joint venture » formé par la Royal Dutch Shell, la 4ème compagnie pétrolière dans le monde, 40%, Petronas, qui appartient au gouvernement malaysien, 25%, PetroChina Company, la compagnie nationale chinoise, 15%, et Korean Gas Corp., 5%. Le gouvernement Coréen est le principal importateur de gaz liquéfié dans le monde.

Enfin, Vinci (branche britannique) construit d’énormes cuves pour stocker le gaz liquide.

Christine Prat

Sources:

Page Facebook We Support the Unist’ot’en and the Wet’suwet’en Grassroots Movement
Page Facebook Unist’ot’en Camp
Page Facebook de Kanahus Freedom Manuel
Site Unist’ot’en Camp
Site The Tyee, Canada
Site The Narwhal, Canada
Site National Observer, Canada