Photos ©Christine Prat, in Rennes

Il n’y aura jamais de mots pour exprimer ce qui vient d’arriver. L’impensable. L’inacceptable. Je répète les mots, mais ne peux pas les croire. Klee Benally nous a quitté.
Pour moi, il était avant tout un Révolutionnaire. Bien sûr, il se battait pour que les Autochtones conservent leurs sites sacrés et leur mode de vie. Bien sûr, il se battait pour la Nature, la Planète, Notre Mère la Terre. Mais il était révolutionnaire, il lisait Bakounine, Kropotkine, et Debord, et en tirait beaucoup de choses pour son combat. L’expression qu’il aimait le plus pour définir notre relation était « Partners in Crime ». Il était de plus en plus radical, parce qu’il avait bien vu, comme les plus lucides d’entre nous, qu’il n’y avait pas de compromis avec le capitalisme, que c’était eux ou nous – et le reste du monde.
Beaucoup d’entre vous l’ont rencontré : tournées en Europe avec son groupe Blackfire, participations à la Journée d’Octobre du CSIA, et visites individuelles après la fin du groupe.
Je sais qu’il veut que je continue la lutte, je ne suis pas sûre d’y arriver sans lui, je suis désespérée…
Nous ne l’oublierons jamais
Christine Prat

Ci-dessous un article de Brenda Norrell, avec les déclarations de sa tante Louise Benally et de la résistante Diné Michelle Cook.

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Par Brenda Norrell
Censored News
2 janvier 2024
Traduction Christine Prat, CSIA-Nitassinan

Le Guerrier Klee Benally ne s’est Jamais Rendu : Une Vie d’amour Révolutionnaire, Qui Proclamait ‘Reprenez Votre Pouvoir’

Une célébration de la vie de Klee aura lieu le 6 janvier à 14 h (heure d’Arizona) à l’Orpheum Theatre à Flagstaff, Arizona.

Nous avons le cœur brisé par le départ soudain de notre ami Klee Benally. En songeant à la vie de Klee, nous nous souvenons des mots du Che Guevara [sic], selon lesquels un vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour.

Klee ne s’est jamais rendu, ni au capitalisme, ni aux médias, ni aux forces conformistes qui cherchaient à le changer.

Klee nous a appris à reprendre le pouvoir, quelle que soit la route qui nous a conduits au présent.

Louise Benally, Diné de Big Mountain, dit, « Klee était notre porte-parole et notre leader. Son départ signifie seulement que nous devons nous lever pour continuer le travail pour la justice pour la nature et l’humanité. Il me manquera énormément et je lui rendrai les plus grands Honneurs.

« Il avait ses racines à Big Mountain, il était le petit-fils de la regrettée Roberta Blackgoat.

« C’était un jeune leader honorable, très respecté et qui avait beaucoup de compassion. Mon neveu, mon frère et mon leader. Une personne belle et extraordinaire, qui vivait vraiment selon ses convictions, et n’agissait pas pour l’argent, mais pour les besoins et son engagement, un vrai guerrier.

« Il était notre Étoile étincelante, il continuera à briller pour nous, de l’autre monde.

« Il m’a toujours honorée, ça va me manquer » dit Louise.

Michelle Cook, une Diné, dit : « Nous sommes profondément tristes et choqués par la nouvelle du départ de notre guerrier bien aimé, Klee Benally. Nous demandons des prières pour sa famille, en ce moment. Depuis des décennies, Klee maintenait une position sans compromis, pour la libération de nos peuples et de nos terres, en développant et synthétisant une praxis de résistance politique, économique et sociale, fondée sur les Autochtones, contre le colonialisme de peuplement qui qui détériore les gens et la planète.

« Klee était notre Étoile du Nord, qui nous guidait avec son cœur et sa pensée. Bien que certains peuvent ne pas partager ses positions, personne ne peut contester son dévouement, sa détermination, et sa volonté pure et dure de protéger son peuple malgré tous les dangers.

« Il a risqué sa vie sous forme de Désobéissance Civile et d’Action Directe pour protéger Dook’o’oosłííd, Montagne Sacrée, d’un développement, pour maintenir nos pratiques cérémonielles et notre mode de vie.

« Klee nous a appris à être brave pour combattre le génocide, et la cooptation de nos mouvements par l’industrie à but non-lucratif. À rester ferme pour ce qui est bien ou mal. À honorer notre ancienne loi et les enseignements sacrés de nos ancêtres et de nos Grand-mères. Son départ laisse un vide dans la Nation Diné et en Pays Indien » dit Michelle.

« Les articulations qu’a faites Klee entre les peuples Autochtones et l’anarchisme restent valables pour les mouvements sociaux dans, et hors de, L’Île de la Tortue [soi-disant ‘Amérique du Nord’].

« Il restera pour toujours dans nos cœurs et nos esprits, comme une lumière qui nous guide et une voix rugissante, hurlant pour la liberté, pour notre terre et les peuples. Nous t’aimons Klee.

« Repose toi maintenant, notre guerrier sacré. Ton travail est fait. Nous sommes si fiers de l’héritage que tu as cultivé et laissé à ce monde. Que ton voyage soit beau, cher guerrier, jusqu’à ce que nous nous revoyions dans le Grand Camp étoilé de l’au-delà » dit Michelle.

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Klee est passé dans le Monde des Esprit dimanche, après avoir été hospitalisé.

Nous envoyons nos sincères condoléances à sa famille, à son épouse Princess, et sa famille, Jones, Berta, Jeneda et Clayson, et tous ceux qui le connaissaient et l’aimaient.

Du blocage du siège de la Patrouille des Frontières U.S. à Tucson, s’être enchaîné au matériel pour défendre les Pics sacrés San Francisco, à la lutte contre ceux qui vendaient aux enchères des objets cérémoniels à Paris, à avoir conduit le mouvement Haul No! pour protéger la région du Grand Canyon du Colorado de l’extraction d’uranium, avoir nourri les SDF de Flagstaff, et avoir inébranlablement soutenu la Palestine, les puissantes actions de Klee restent une force active qui résonne encore et nous maintient tous pour lutter contre un monde sans compromis.

Klee avait bien vu que l’industrie du non-lucratif était conçue pour diluer la résistance et faire des mouvements sacrés des distributeurs de billets pour quelques privilégiés.

Vole très haut, mon cher ami.

Klee Benally
20 juillet 2023
Publié par Indigenous Action
Traduction Christine Prat

Nous avons vu ce film, après un conflit sur les médias sociaux avec des apologistes du nucléaire, qui nous accusaient d’être mal informé, n’ayant pas vu le film biographique de Christopher Nolan… (et si vous ne l’avez pas déjà lu, voir l’article initial pour le contexte).

Klee Benally

‘Oppenheimer’ est une glorification du « génie complexe » et des ambitions d’hommes blancs prenant de terribles décisions qui mettent le monde en péril.

Beaucoup ont fait remarquer que le film n’est pas une glorification, cependant, Christopher Nolan lui-même dit, « Que ça plaise ou pas, J. Robert Oppenheimer est la personne la plus importante ayant jamais vécu. »

Certains d’entre vous ont peut-être même éclaté de rire pendant la scène où Truman demande à Oppenheimer ce qu’il pensait que le sort de Los Alamos devrait être et que « Oppie » réplique « Rendez la terre aux Indiens. » Mais hélas, le paysage ravagé accueille aujourd’hui un « Festival Oppenheimer » de 10 jours. Pour souligner la déconnexion des héritages, une petite commémoration, près du site de la fuite de Church Rock, a également eu lieu le jour anniversaire de la détonation Trinity, à quelques centaines de kilomètres. Oui, quelle glorification ?

Le film est essentiellement un western à la John Wayne. Ça aurait très bien pu s’appeler « Le Jugement du Sheriff de Los Alamos. »

Oppenheimer monte à cheval avec un chapeau noir et arrache un poster d’un pilier de clôture. Puis il se lance dans un débat sur l’ « impact du gadget sur la civilisation. » Pour répondre à la question de comment des scientifiques peuvent justifier l’utilisation de la Bombe Atomique sur des êtres humains, Oppenheimer déclare « Nous sommes des théoriciens, oui, nous imaginons un futur et ce que nous imaginons nous horrifie. Ils n’en n’auront pas peur jusqu’à ce qu’ils la comprennent et ils ne la comprendront pas tant qu’ils ne l’auront pas utilisée. Quand le monde apprendra le terrible secret de Los Alamos, notre travaille ici sera d’assurer une paix que l’espèce humaine n’a jamais vue. Une paix fondée sur la coopération internationale. »

Nolan confectionne le seul narratif qui compte pour sa tentative de rédemption historique, il dépeint Oppenheimer comme une victime. Tandis que, peut-être, certains pas autant dépolitisés que Nolan y ont fait allusion dans des interviews (comme la politique de loyauté américaine et la Terreur Rouge qui dirige le drame), les conséquences des armes et de l’énergie nucléaires sont à peine prises en considération (voire pas du tout, si on considère le problème). C’est un déshabillage politique des plus insidieux et le film n’en est que pire.

Le film se préoccupe plus de construire et disculper Oppenheimer comme victime du MacCarthisme que des effets de la bombe atomique et de son héritage mortel de colonialisme nucléaire. Comme il est dit, il y a « un prix à payer pour être un génie. » Tout le reste n’est que notes dramatiques. Nolan donne à Oppenheimer l’audience du public qu’il estime lui avoir été déniée, pour finalement prouver qu’il était un patriote américain. À la fin, la question « le monde vous pardonnerait-il si vous le laissiez vous crucifier ? » compte plus que toutes autres considérations. Le film pose le problème « science contre militarisme » pendant que le monde et les Peuples Autochtones continuent de souffrir des conséquences permanentes des armes et de l’énergie nucléaires en silence. Un silence mortel, plus assourdissant que le portrait cinématographique de l’essai Trinity par Nolan. Mais hein, il y a même une minute d’acclamations après l’essai.

Nolan nous fait écouter la radio pendant que deux villes sont détruites et que des centaines de vies sont arrachées. Nolan continue de pointer sa caméra sur le visage de son acteur principal pendant que les horreurs de sa bombe sont montrées sur des diapositives. Simplement, Oppenheimer s’en détourne. Que devons-nous savoir de plus sur ce film ?

15 000 mines d’uranium abandonnées empoisonnent nos corps, nos terres et notre eau. 1000 bombes ont explosé sur les terres des Shoshones de l’Ouest… la liste continue (nous ne nous arrêtons ici que parce que nous en avons déjà dit beaucoup dans notre article d’origine). Tous oubliés et condamnés à souffrir dans un silence catastrophique. Des films comme ‘Oppenheimer’ ne sont possibles que parce que les gens continuent à détourner leur regard de la réalité mortelle des armes et de l’énergie nucléaires.

Cet article a été écrit suite à la sortie du film sur Oppenheimer du réalisateur Christopher Nolan, qui correspondait à peu près à la commémoration de la catastrophe nucléaire de Church Rock, le 16 juillet 1979. L’auteur s’est vu reprocher de ne pas avoir vu le film. Alors, il l’a vu et brièvement dit ce qu’il en pensait.

Klee Benally, Indigenous Action/Haul No!
Contributions de Leona Morgan, Diné No Nukes/Haul No!
Publié par Indigenous Action
20 juillet 2023

La terreur génocidaire de l’énergie et des armes nucléaires n’est pas un divertissement.

Glorifier de telles science et technologie mortelles en une étude de caractère dramatique dépolitisée, c’est cracher à la figure de centaines de milliers de cadavres et de survivants dispersés dans toute l’histoire du prétendu âge Atomique.

Pensez-y de cette façon, pour chaque minute qui passe dans le film de 3 heures, plus de 1100 citoyens des villes d’Hiroshima et Nagasaki mouraient à cause de l’arme de destruction massive d’Oppenheimer. Ceci ne prend pas en compte ceux, sous le vent des tests nucléaires, qui ont été exposés aux retombées radioactives (certains protestent contre les projections), ça ne prend pas en compte ceux qui ont été empoisonnés par des mines d’uranium, ça ne prend pas en compte ceux qui ont été tués lors d’accidents de centrales nucléaires, ça ne prend pas en compte ceux des îles Marshall, empoisonnés pour toujours.

Pour chaque seconde que vous passez dans un cinéma climatisé, avec un seau de popcorn chaud sur les genoux, 18 personnes mouraient en un clin d’œil. Grâce à Oppenheimer.

Bien que vous en ayez certainement appris suffisamment sur J. Robert Oppenheimer, le « père de la bombe atomique », grâce à l’odyssée 70mm IMAX du réalisateur Christopher Nolan, soyons clair sur son héritage mortel et le complexe militaro-scientifique-industriel omniprésent derrière.

Après la détonation réussie de la toute première bombe atomique, Oppenheimer a effrontément cité le Bhagavad-Gita, « Maintenant je suis devenu la mort, le destructeur de mondes. » À peine un mois plus tard, les « Etats-Unis » larguaient deux bombes atomiques qui dévastèrent les villes d’Hiroshima et Nagasaki et plus de 200 000 personnes furent tuées. Des ombres de ceux qui avaient péri ont été brûlées dans le sol des rues. Un des survivants, Sachiko Matsuo, a relayé leurs pensées, comme ils essayaient de trouver un sens à ce qui se passait quand Nagasaki a été frappée, « Je ne pouvais rien voir en bas. Ma grand-mère se mit à pleurer, ‘Tout le monde est mort. C’est la fin du monde. » Une dévastation que Nolan a délibérément laissée de côté, car, selon le réalisateur, le film n’est pas raconté du point de vue de ceux qui ont été bombardés, mais de celui de ceux qui en étaient responsables. Nolan explique simplement, « [Oppenheimer] apprit les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki à la radio, comme le reste du monde. »

Quelques mois après la détonation sur le site « Trinity », en territoire Tewa occupé, au Nouveau-Mexique, Oppenheimer démissionna. Il partit en exprimant le conflit intérieur d’avoir « du sang sur les mains », (quoique plus tard il aurait dit que les bombardements ne pesaient pas « sur sa conscience ») et de laisser un héritage de dévastation nucléaire et de pollution radioactive empoisonnant de façon permanente les terres, les eaux et les corps jusqu’à aujourd’hui.

Les militaires U.S. et la machinerie politique ont cannibalisé le scientifique et en ont fait le méchant de leur anxiété impérialiste de la guerre froide. Ils lui ont rappelé, comme aux autres scientifiques derrière le Projet Manhattan, qu’eux et leurs intérêts étaient toujours sous contrôle.

Oppenheimer n’a jamais été un héros, c’était un architecte de l’annihilation.

La course pour développer la première bombe atomique (après que les Nazis aient réussi la fission de l’atome) n’aurait jamais pu être une stratégie pacifique de dissuasion, c’était une stratégie de domination et d’annihilation.

L’Allemagne Nazie commettait le génocide contre les Juifs, tandis que les Etats-Unis se tenaient politiquement sur les marges. Ce ne fut que lorsqu’ils furent directement menacés que les Etats-Unis intervinrent. Bien que l’Allemagne Nazie ait été vaincue le 8 mai 1945, les Etats-Unis ont largué deux bombes atomiques, séparément, sur les cibles non-militaires des villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki, le 6 et le 9 août 1945.

Pour souligner la complicité d’Oppenheimer, il a bloqué une pétition de 70 scientifiques du Projet Manhattan, qui pressait le Président Truman de ne pas larguer de bombes, pour des raisons morales. Les scientifiques disaient aussi que, la guerre étant proche de sa fin, le Japon aurait dû avoir la possibilité de se rendre.

Aujourd’hui, il y a approximativement 12 500 têtes nucléaires dans neuf pays, près de 90% sont détenues par les Etats-Unis et la Russie. Il est estimé que 100 armes nucléaires sont un seuil de « dissuasion… adéquat » pour la destruction mutuelle assurée » du monde.

Oppenheimer a construit l’arme dont le canon est toujours sur la tempe de tous ceux qui vivent sur cette Terre aujourd’hui. Pendant toutes ces décennies après le développement de « La Bombe », des millions de gens partout dans le monde se sont ralliés au désarmement nucléaire, cependant les politiciens ont toujours le doigt sur la gâchette.

L’héritage mortel du Colonialisme Nucléaire

La production d’armes et d’énergie nucléaires ne serait pas possible sans uranium.

L’extraction globale d’uranium a connu un boum pendant et après la Deuxième Guerre Mondiale et continue de menacer des communautés partout dans le monde.

Aujourd’hui, il y a plus de 15 000 mines d’uranium abandonnées aux Etats-Unis, principalement dans et autour des communautés Autochtones, et elles empoisonnent pour toujours des terres et des eaux sacrées, alors que peu ou pas d’action politique ne soit entamée pour nettoyer leur héritage toxique et mortel.

Les communautés Autochtones sont depuis longtemps sur les lignes de front de la lutte pour en finir avec l’héritage mortel de l’industrie nucléaire. Le colonialisme nucléaire a conduit à la pollution radioactive des systèmes d’eau potable de communautés entières, comme le village de Red Shirt, dans le Dakota du Sud et Sanders, en Arizona. L’Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis a fermé au moins 22 puits dans la Nation Navajo, où il y a plus de 523 mines d’uranium abandonnées. À Ludlow, dans le Dakota du Sud, une mine d’uranium abandonnée se trouve à quelques mètres d’une école primaire, empoisonnant le sol où des enfants continuent à jouer jusqu’à aujourd’hui.

Le colonialisme nucléaire a ravagé nos communautés et laissé un héritage mortel de cancers, d’anomalies congénitales et d’autres conséquences graves sur la santé, c’est un lent génocide des Peuples Autochtones.

De 1944 à 1986, quelque 30 millions de tonnes de minerai d’uranium ont été extraits de mines sur les terres Diné. Les travailleurs Diné n’ont presque pas été informés des risques potentiels pour leur santé, et beaucoup d’entre eux n’ont pas eu de matériel de protection. Comme la demande d’uranium baissait, les mines ont fermé, laissant plus de mille sites contaminés. À ce jour, aucun n’a été complètement nettoyé.

Le 16 juillet 1979, tout juste 34 ans après qu’Oppenheimer ait assisté au test Trinity, le 16 juillet 1945, la plus grande fuite radioactive accidentelle s’est produite dans Diné Bikéyah (la Nation Navajo), à l’usine de traitement de Church Rock. Plus de 1100 tonnes de déchets radioactifs solides et 356000 litres de liquide radioactif se sont déversés dans la Rivière Puerco, après qu’une digue en terre se soit rompue. Aujourd’hui, l’eau en aval de la communauté de Sanders, en Arizona, est empoisonnée par la contamination radioactive de la fuite.

Bien que l’extraction d’uranium soit maintenant interdite dans la réserve, grâce aux campagnes des organisateurs Diné anti-nucléaire, les politiciens Navajo cherchent toujours à autoriser de nouvelles mines dans les zones déjà polluées par l’héritage toxique de l’industrie. On estime que 25% de tout l’uranium qui reste dans le pays se trouve dans Diné Bikéyah.

Bien qu’il n’y ait jamais eu d’étude exhaustive des impacts de l’uranium sur la santé humaine dans la zone, une étude ciblée a détecté de l’uranium dans l’urine de bébés nés de femmes Diné exposées à l’uranium.

Les terres des Shoshone de l’Ouest, dans le soi-disant Nevada, qui n’ont jamais été cédées au gouvernement des « Etats-Unis », sont depuis longtemps la cible des industries militaires et nucléaires.

Entre 1951 et 1992, plus de 1000 bombes nucléaires ont explosé en surface et en dessous, dans une zone appelée Site de Tests du Nevada, sur des terres des Shoshones de l’Ouest, ce qui en fait une des nations les plus bombardées sur terre.
Les communautés des zones aux alentours du site de tests sont exposées à de graves retombées radioactives, qui causent des cancers, des leucémies et autres maladies. Ceux qui souffrent de cette pollution radioactive sont appelés collectivement « ceux sous le vent. »

Le guide spirituel Shoshone de l’ouest Corbin Harney, décédé en 2007, a aidé à démarrer une action de la base pour fermer le site de tests et abolir les armes nucléaires. Une fois, il avait dit « Nous n’aidons pas du tout notre Mère la Terre. Les racines, les baies, les animaux ne sont plus là, il n’y a plus rien ici. C’est triste. Nous vendons l’air, l’eau, et nous nous vendons déjà les uns les autres. D’une façon ou d’une autre, ça conduira à une fin. »

Entre 1945 et 1958, soixante-sept bombes atomiques ont explosé au cours de tests effectués à Majel (les îles Marshall). Des Autochtones des îles ont cessé de se reproduire à cause de la gravité des cancers et des malformations congénitales auxquels ils ont fait face à cause de la radioactivité.

En 1987, le Congrès des « Etats-Unis » a initié un projet controversé de transport et d’entreposage de presque tous les déchets nucléaires des Etats-Unis à Yucca Mountain, située à environ 150 km au nord-ouest de soi-disant Las Vegas, dans le Nevada. Yucca Mountain est considérée comme sacrée par les Nations Paiute et Shoshone de l’ouest, depuis des temps immémoriaux. En janvier 2010 le gouvernement Obama a approuvé un prêt de 54 milliards de dollars d’argent des contribuables, pour garantir un programme de construction d’un nouveau réacteur nucléaire, trois fois ce que Bush avait promis en 2005.

Il y a actuellement 93 réacteurs en service dans les soi-disant Etats-Unis, qui fournissent 20% de l’électricité du pays. Il y a près de 90000 tonnes de déchets nucléaires hautement radioactifs retenus par des digues en béton, dans les centrales nucléaires du pays, et les déchets augmentent de 2000 tonnes par an.

Des catastrophes de 1979 à Three-Mile-Island et Church Rock à la fusion de la Centrale Nucléaire de Tchernobyl en 1986, l’industrie nucléaire a été aux prises avec des catastrophes massives avec des conséquences permanentes.

En 2011, la Centrale Nucléaire de Fukushima Daiichi a connu un désastre et a commencé à entrer en fusion après avoir été touchée par un tremblement de terre et un tsunami. Il a été dit que la centrale de Fukushima avait fait fuir environ 300 tonnes d’eau radioactive par jour dans l’océan. Aujourd’hui le gouvernement japonais exprime ouvertement ses projets de larguer le reste des eaux radioactives dans le Pacifique.

Des armes contenant de l’ « uranium appauvri » déployées par les Etats-Unis dans des guerres impérialistes (particulièrement en Irak et en Afghanistan) ont aussi empoisonné des écosystèmes, également en fournissant des champs de tir en Arizona, dans le Maryland, l’Indiana et à Vieques, à Porto Rico. L’uranium appauvri est un sous-produit du processus d’enrichissement d’uranium quand il est utilisé dans des réacteurs et pour fabriquer des armes nucléaires.

La production d’énergie nucléaire est maintenant proclamée « solution verte » pour la crise climatique, mais rien ne saurait être aussi loin de la vérité que ce mensonge mortel.

En avril 2022, le gouvernement Biden a annoncé un plan de sauvetage de 6 milliards de dollars pour « sauver » des centrales nucléaires qui risquent de fermer. Un représentant du gouvernement colonial a déclaré « Les centrales nucléaires U.S. contribuent pour plus de la moitié de notre électricité non-carbonée, et le Président Biden s’est engagé à garder ces centrales en activité pour atteindre nos buts d’énergie propre. » Tout comme certains militants pour la Justice Climatique, ils citent l’énergie nucléaire comme nécessaire au combat contre le réchauffement climatique, ignorant totalement les effets dévastateurs permanents auxquels les Peuples Autochtones font face.

À cause de ce « laver plus vert » de l’énergie nucléaire, nous pouvons nous attendre à une poussée de l’hydrogène nucléaire, des petits réacteurs nucléaires modulaires, et à ce que le High-Assay Low-Enriched Uranium (HALEU) ne pousse à une nouvelle menace d’extraction, de transport et de traitement d’uranium.

Bien que le gouvernement Obama ait mis un moratoire sur des milliers de baux pour des mines d’uranium autour du Grand Canyon en 2012, des demandes préexistantes sont autorisées. Des groupes écologistes et des Nations Autochtones essaient actuellement de rendre le moratoire permanent et font pression pour un nouveau monument national, cependant, cela ne ferait rien ou presque rien contre la poignée de mines d’uranium préexistantes qui ont été autorisées à continuer.

Malgré ces actions, des explosions souterraines et aériennes ont commencé à la Mine Pinyon Plain/du Canyon, à quelques kilomètres du Grand Canyon. Dès qu’Energy Fuels, la compagnie qui exploite la mine, commencera à extraire du minerai radioactif, elle a l’intention d’en transporter 30 tonnes par jour à travers le Nord de l’Arizona, à l’usine de traitement de la compagnie, à White Mesa, à 480 kilomètres.

L’Usine de White Mesa est la seule usine d’uranium conventionnelle qui opère aux Etats-Unis. L’usine a été construite sur des terres sacrées ancestrales de la Tribu Ute de Ute Mountain, près de Blanding, Utah. Energy Fuels jette les déchets radioactifs dans des « bassins de retenue » qui occupent environ 111 hectares près de l’usine. Etant donné que le nombre de sites de déchets radioactifs est limité, l’Usine de White Mesa est une décharge ad hoc pour les déchets nucléaires du monde entier, qui n’ont pas de site de dépôt permanent.

Au soi-disant Nouveau-Mexique, un état accro aux revenus du nucléaire, pour les armes et l’énergie, il y a deux laboratoires nationaux et deux sites de déchets nationaux. Avec l’héritage des mines d’uranium et des usines, il y a eu le Projet Gasbuggy (une détonation souterraine), un accident « Flèche Brisée » près d’Albuquerque, et d’innombrables tonnes de déchets radioactifs enterrés dans des puits non renforcés, des kivas Pueblo et des bassins. Actuellement, ils font des projets d’expansion et de modifications aux Laboratoires Nationaux de Los Alamos, au Centre Pilote d’Isolation des Déchets [Waste Isolation Pilot Plant, WIPP] et au site d’enrichissement d’uranium d’Urenco. Plus récemment, le Nouveau-Mexique a été menacé par deux sites d’entreposage temporaires licenciés récemment, pour le « fuel usagé » des centrales nucléaires du Nouveau-Mexique et du Texas. Le gouvernement fédéral continue à pousser les projets nucléaires avec des incitations financières.

La prolifération nucléaire continue, tandis que les Etats-Unis permettent que des mineurs d’uranium et d’autres, éligibles pour la Loi de Compensation de l’Exposition aux Radiations, meurent. Beaucoup continuent de souffrir et attendent que les fonds de compensation soient alloués ou ne sont pas éligibles vu les limitations de la loi.

Les dévastations du colonialisme nucléaire, qui détruisent pour toujours des communautés Autochtones partout dans le monde, n’est pas un divertissement. C’est l’héritage terrifiant de l’énergie et des armes nucléaires que des films comme Oppenheimer et des militants douteux de la cause climatique, défendent.

Les Peuples Autochtones vivent, souffrent et continuent de résister à ses conséquences chaque jour.

EN FINIR AVEC LE COLONIALISME NUCLÉAIRE !

Par Klee Benally
Indigenous Action Media
22 juin 2023
Traduction Christine Prat, CSIA-Nitassinan

Environ 33% des Diné n’ont ni eau courante ni électricité.

Pendant 41 ans, Peabody Coal, qui exploitait des mines sur Black Mesa, a consommé 5,5 milliards de litres d’eau par an, de la nappe aquifère Navajo située sous la zone. Bien que les mines soient maintenant fermées et la Centrale Navajo [NGS : Navajo Generating Station] qu’elles alimentaient détruite, les effets sur la santé, l’environnement et les sources d’eau vitales de la région sont très graves.

Depuis 1974, le Congrès des Etats-Unis ont essayé de déplacer par la force les Diné de cette région.

Le projet initial de la NGS avait pour but de fournir de l’électricité pour pomper l’eau destinée aux grandes zones urbaines de Phoenix et Tucson.

Pendant des décennies, tandis que les lignes à haute tension traversaient en tous sens les foyers des familles Diné et que de l’eau était pompée à des centaines de kilomètres pour des piscines et des terrains de golf, des milliers de Diné n’avaient ni eau courante ni électricité.

Aujourd’hui, il y a plus de 20 000 puits de gaz naturel et des milliers d’autres en projet dans et autour de la Nation Navajo, dans le Bassin de la Rivière San Juan.

L’Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis [EPA] qualifie le Bassin de la San Juan de « bassin de méthane le plus productif d’Amérique du Nord. » Rien qu’en 2007, les grandes compagnies ont extrait 3,7 mille milliards de gaz de houille de la région, en faisant la principale source des Etats-Unis.

Halliburton, « pionnier » de la fracturation hydraulique en 1947, a introduit la « re-fracturation » de puits dans la région. La fracturation gâche et pollue aussi une quantité d’eau phénoménale. Un seul puits de méthane de houille peut utiliser jusqu’à 1,5 millions de litres, et un seul puits horizontal jusqu’à 37,850 millions de litres d’eau.

Le gouvernement de la Nation Navajo soutient ces baux, y compris autour du territoire sacré du Canyon de Chaco [site archéologique exceptionnel].

Le Bassin de la San Juan est aussi considéré comme « le plus prolifique producteur d’uranium des Etats-Unis. »

En 1979, la plus grande fuite accidentelle d’eau radioactive s’est produite à l’usine de traitement d’uranium à Church Rock, Diné Bikéyah [Pays Navajo]. Plus de 1100 tonnes de déchets radioactifs solides et 356 millions de litres de déchets radioactifs liquides se sont déversé dans la Rivière Puerco, suite à la rupture d’un barrage de rétention en terre. Aujourd’hui, l’eau, dans la communauté en aval de « Sanders, Arizona » est toujours empoisonnée par la fuite.

Il y a plus de 2000 mines d’uranium abandonnées toujours radioactives, dans et autour de la Nation Navajo. Vingt-deux puits qui fournissaient de l’eau à plus de 50 000 Diné, ont été fermés par l’EPA à cause des taux élevés de radioactivité.

Il n’y a jamais d’étude systématique des impacts de l’extraction d’uranium de la région sur la santé humaine.

En 2015, l’EPA a renversé accidentellement plus de 11 millions de litres de déchets toxiques de la Mine d’Or King dans la rivière Animas. La fuite toxique a coulé à travers les communautés Diné, polluant la rivière « San Juan » dont dépendent beaucoup d’agriculteurs Diné. Les récoltes ont été perdues cette année-là. Comme mesure d’allègement de la crise de l’eau, l’EPA a d’abord envoyé des barils ayant servi à la fracturation, rincés.

Les Diné combattent sur de multiples fronts, depuis des générations, les Etats-Unis et notre propre gouvernement imposé par le colonialisme, pour défendre ce qui est sacré.

Alors que certains célèbrent la décision de la Cour Suprême sur le maintient de l’ICWA comme affirmation de la « souveraineté Tribale », nous savions bien que la justice du colonisateur ne sert qu’à maintenir le pouvoir colonial.

Si le capitalisme et le colonialisme nous ont mis dans ce pétrin, ils ne vont certainement pas nous en sortir. Quand nous arrêterons de supplier les politiciens de changer quelque chose et d’espérer que le vote ou quoique ce soit puisse changer un système intrinsèquement anti-Terre et anti-Autochtones, nous avancerons sur le chemin de la libération.

Rappelez-vous que le président de la Banque Mondiale déclarait que « les guerres du siècle prochain seront déclenchées pour de l’eau. » Elles sont des conséquences de la guerre menée contre la Terre et ça ne fait qu’empirer. Respectez l’existence ou attendez-vous à de la résistance.

Voir l’article complet, en français : https://chrisp.lautre.net/wpblog/?page_id=6410

Sanders, Arizona, puits d’eau potable devenu radioactif en 2015

Soutenez les projets autonomes Diné pour l’eau !

Tó Nizhóní Ání : www.tonizhoniani.org

DINÉ LAND & WATER: Facebook.com/dinelandnwater

(Méfiez-vous des grandes associations)

 

Indigenous Action Media
8 mai 2023
Traduction Christine Prat, CSIA-Nitassinan

Indigenous Action a récemment soutenu @abolition.yumacounty (sur Instagram), à la frontière « US-Mexique ». C’est une équipe de radicaux et queer qui fournissent de l’aide essentielle aux Autochtones et autres demandeurs d’asyle qui sont retenus sans rien d’autre que ce qu’ils ont emmené au cours de leur marche de milliers de kilomètres. Ils offrent aussi un soutien confidentiel aux problèmes de grossesse. S’il vous plait, $$$outenez-les. Venmo : @ycabolition, Cash App : @YumaCountyAbolition.

Alors que le ‘Titre 42’ expire le 11 mai, (c’est une politique xénophobe qui donnait au gouvernement le pouvoir d’expulser rapidement tout migrant, sans lui donner une chance de présenter son cas pour avoir passé la frontière illégalement, même comme demandeur d’asyle), Biden n’a même pas essayé d’entreprendre la réforme de l’immigration qu’il avait promise pendant sa campagne, « Je peux à peine imaginer ce que c’est de voir quelqu’un de votre famille expulsé. Pour moi, il s’agit surtout de la famille. Du début à la fin. Cela n’arrivera pas sous mon gouvernement. L’idée qu’on ne peut même pas demander l’asyle sur le sol Américain ! Quand cela s’est-il produit ? Trump. C’est mal. »

Cette politique relève tout à fait du pouvoir de Biden, et pourtant, IL NE L’A PAS FAIT. Il a eu 2 ans pour préparer l’expiration du ‘Titre 42’ et pour introduire une nouvelle politique dont il prétendait « qu’elle offrirait l’espoir et la sécurité aux réfugiés. »

Ce qu’on voit maintenant à la frontière, c’est la haine. Les refuges et centres de détention sont pleins ou presque. Des centaines de personnes sont refoulées tous les jours. Rien que le mois dernier, un incendie dans un centre de détention a tué 40 personnes.

En 2022, plus de 890 migrants sont morts en traversant la frontière, et ce sont seulement les décès qui ont été recensés. Pour un point de vue plus large, depuis 2021, 13480 cas de meurtre, torture, kidnapping, viol et autres attaques violentes contre des migrants ont été rapportés, et des demandeurs d’asyle bloqués ou expulsés vers le Mexique selon le ‘Titre 42’. C’est maintenant qu’il faut prendre position contre la xénophobie. Soyons libres de circuler et d’exprimer notre rage partout où nous voulons !

L’Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis – EPA – aurait l’intention de commencer à décontaminer une mine d’uranium abandonnée à Cameron, dans la Réserve Navajo. Pour le moment, elle entreprend des consultations et des commentaires publiques. Ça va encore prendre du temps. Ça fait des décennies que la population et l’eau sont empoisonnées par la radioactivité.
Dans le rapport de l’EPA, il est affirmé que le site est clôturé et ne présente pas de danger immédiat pour la population. En 2014, il n’y avait pas encore de clôture ni de panneaux pour prévenir les gens. J’y suis allée en septembre 2017 avec Klee Benally et un autre Navajo, la clôture était faite de simple fils de fer barbelés, avec des panneaux « danger… ». Cependant, dans un climat désertique, une telle clôture n’empêche pas le vent de transporter la poussière très sèche au-delà de la clôture. Donc, en septembre 2017, mes compagnons ont mesuré le taux de radioactivité à travers la clôture et à l’extérieur. À au moins 100 mètres à l’extérieur, ils ont mesuré un taux de radioactivité bien supérieur à celui mesuré à l’intérieur.
Il y a plus de 500 mines d’uranium abandonnées dans la Réserve Navajo, dont 111 dans la région de Cameron.

L’article ci-dessous est une réaction de Klee Benally, publiée sur Facebook, après l’annonce de l’intention de décontaminer.

Christine Prat

Par Klee Benally,
Réaction à un article du Navajo Times*
Publié sur Facebook
10 mars 2023
Traduction Christine Prat, CSIA-Nitassinan

Les mines d’uranium abandonnées sont l’héritage mortel de l’énergie nucléaire (ce que nous appelons le Colonialisme Nucléaire) et ce pourquoi l’énergie « nucléaire verte » est un mensonge mortel. Nos communautés sont empoisonnées de façon permanente par la pollution radioactive et il n’y a pas de moyen sûr à 100% à long terme (nous parlons de milliers d’années) de décontaminer l’uranium quand il a été sorti du sol.

Étant donné que nos communautés ne devraient pas continuer à risquer d’être exposées par ces sites abandonnés extrêmement dangereux, l’Alternative 3** de l’EPA [Agence de Protection de l’Environnement] ne ferait que déplacer le problème dans une autre communauté et mettre en danger d’autres communautés le long du trajet de transport. L’Usine de White Mesa, en soi-disant Utah, où les matériaux radioactifs serait transportés de Cameron, empoisonne déjà la communauté Ute de Ute Mountain. Ils veulent que l’usine ferme et que le site soit également décontaminé. Nous ne devrions pas être complices de l’empoisonnement d’autres communautés Autochtones pour « décontaminer ».

L’Alternative 3** livre aussi des déchets d’uranium pour la production à l’Usine de White Mesa. Energy Fuels, propriétaire du site, en ferait des profits. Energy Fuels est aussi la compagnie qui se prépare à extraire de l’uranium de la mine rebaptisée Pinyon Plain (ex-Mine du Canyon) près du Grand Canyon. L’exploitation de cette mine entrainerait le transport de minerai d’uranium à travers des communautés déjà dévastées par la pollution radioactive de l’Usine de White Mesa (avec des risques d’accidents et de fuites).

 L’action recommandée par l’EPA est l’Alternative 2**, un « confinement sur place renforcé ». Si c’est fait de manière complète (pas seulement en rajoutant une couche sur ce qui existe déjà), c’est la seule option qui peut assurer une sécurité relative aux communautés.

La réalité désastreuse de la fuite du train de l’ « Ohio » [fuite très grave de dioxine suite à un déraillement le 3 février 2023], avec la négligence des services gouvernementaux et les entreprises écocidaires, est la réalité continuelle à laquelle nous faisons face dans le Sud-ouest occupé. C’est l’héritage du colonialisme nucléaire du Sud-ouest, de la catastrophe de Church Rock de 1979 à la lixiviation radioactive toujours en cours à l’Usine de Shiprock.

Il y a plus de 100 mines d’uranium abandonnées dans la région de Cameron. Les Diné exigent la décontamination depuis des décennies. L’EPA a organisé ce genre de sessions par le passé et connait les risques auxquels les communautés de cette région sont exposées, mais vu qu’elle dépend de la Loi du Super Fonds [P.L. 96-510 adoptée par le Congrès en 1980, réactualisée en 1986***], elle attend que les poursuites en justice des « parties responsables » soient réglées avant de prendre la responsabilité de décontaminer.

La santé de nos communautés n’est pas une priorité pour les fédéraux, quand il s’agit de prendre la responsabilité d’engager les ressources nécessaires pour une décontamination significative et complète.

Les plus de 500 mines d’uranium abandonnées dans le Pays Diné doivent être décontaminées, mais pas en se contentant de « déplacer le problème » et d’empoisonner d’autres communautés Autochtones.

En tout, il y a plus de 15000 mines d’uranium abandonnées dans 15 états de l’ouest. Le nombre réel, les lieux, les risques existants et le déplacement potentiel des matériaux radioactifs de ces sites n’ont pas encore été déterminés de façon adéquate.

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* L’article du Navajo Times rappelle que les mines abandonnées ont été laissées en l’état jusque dans les années 1990, et c’est le Service Navajo de Remise en Etat des Sols de Mines Abandonnées qui a remis les déchets dans le puits principal et les a couverts de terre non-contaminée.

** Selon le même article, les Alternatives sont :
Alternative 1 : Ne rien faire.

Alternative 2 : Confinement sur Place Renforcé.

Alternative 3 : Transporter les déchets à l’usine de White Mesa déjà très polluante pour la Réserve de Ute Mountain. Et le coût serait beaucoup plus élevé que pour l’Alternative 2.

*** Des travaux avaient été commencés, mais ont été abandonnés quand le montant non-révisé du Super Fonds a été épuisé.

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Pour plus d’infos (en anglais), voir https://cleanupthemines.org/facts/ et www.Haulno.com

#nonukes #haulno #LeaveItInTheGround #NonAuNucléaire #LaissezLeDansLeSol

 

Par Indigenous Action Media
30 juin 2022
Traduction française Christine Prat

Nous ne sommes pas surpris des décisions prises au nom de la « justice » par ceux qui déterminent la Loi « suprême » de l’ordre social colonial. Quelle justice peut-on attendre des tribunaux du colonisateur, qui sont englués dans la suprématie blanche et le cis-hétéro-patriarcat ?

Nous sommes contre les colonisateurs et leurs lois qui dictent ce qui peut et ne peut pas se faire avec les corps qui donnent la vie.

Alors qu’il y a tellement de ressources liées aux organisations à but non-lucratif et aux organisations libérales ou avant-gardistes merdiques, nous encourageons l’organisation décentralisée, autonome et militante dans l’esprit de nos parentes féministes queer au prétendu « Mexique », qui se sont violemment insurgées en réponse au féminicide, à la violence sexuelle, et quand leur liberté reproductive a été menacée. En contraste avec la réaction libérale prévisible de « voter plus efficace », les militantes autonomes au « Mexique » ont mis l’Etat à genoux par l’indignation et le conflit.

Les groupes non-lucratifs et spécialisés, ici, aux Etats-Unis occupés, continuent de consolider leurs ressources et de tirer du pouvoir de nos communautés. Ils parlent d’autonomie du corps tout en renforçant le pouvoir colonial, et en oubliant que nous proclamons aussi que la violence contre la terre est de la violence contre nos corps et que nous combattons pour la libération totale. Nous le voyons dans la marchandisation et la compartimentalisation de l’aide mutuelle, alors que les soins collectifs et l’accès aux médicaments et aux ressources devraient être disponibles pour tous ceux qui en ont besoin. Comme Janes Revenge le déclare, « Notre recours maintenant, c’est de nous défendre nous-mêmes et de construire des communautés d’aide mutuelle solides et bienveillantes, afin de pouvoir nous guérir nous-mêmes sans avoir besoin de l’industrie médicale ni d’aucun autre intermédiaire. » Nous ne laisserons pas le savoir et les pratiques sacrés de la liberté de reproduction être déterminés par la loi coloniale.

Beaucoup de Peuples Autochtones ont conservé le savoir et les soins traditionnels pour des naissances et des avortements sans danger. C’est une occasion de nous reconnecter radicalement et partager le savoir ancestral pour la liberté de reproduction.

Nos corps sont des forces de la nature ingouvernables. Ecraser le cis-hétéro-patriarcat est une cérémonie.

 

Par Klee Benally
13 juin 2022
Traduction française Christine Prat, CSIA-Nitassinan

Incendie À La Montagne

Notre montagne sacrée brûle.

Les plantes médicinales brûlent. Elles avaient déjà été profanées par l’épandage d’eau d’égout à la station de ski Arizona Snowbowl, pour faire de la neige artificielle.

Cette nuit, le Conseil Municipal de Flagstaff a tenu une réunion d’urgence pour discuter de l’utilisation des eaux usées des réserves de 40 millions de litres de Snowbowl, pour combattre le feu. Il est clair qu’ils ne comprennent pas que la désharmonie causée par la profanation extrême de Snowbowl a précipité ces déséquilibres météorologiques et écologiques. Non seulement cette action sacrilège va ajouter une insulte à la blessure, mais ça va aussi répandre la contamination de ces eaux usées aux zones de la montagne qui sont en train de brûler.

L’(il)logique coloniale qui a d’abord autorisé la profanation de la zone de ski, est la logique qui saccage ce sensible écosystème montagneux, et fait que maintenant la plus petite étincelle y met le feu.

C’est notre Notre-Dame qui brûle, cependant le racisme, ou, plus clairement, l’anti réalité Autochtone à laquelle 13 Nations Autochtones ont été confrontées au cours des luttes pour protéger ce site sacré, est en train d’être étouffée dans les cendres brûlantes et sera très probablement enterrée dans les blessures qui ne peuvent jamais guérir complètement.

Que la Ville de Flagstaff puisse entretenir cette notion sacrilège, juste après avoir lu leur « reconnaissance du territoire », est l’hypocrisie contre laquelle tant d’entre nous ont prévenu et protesté. Mais d’autres, la fumée dans les yeux, ont refusé de voir et continuent d’entretenir la compagnie de ces serpents politiques qui rampent dans les forêts mourantes de la montagne. De la liaison Tribale, qu’ils sont leurs salariés, au Cercle Autochtone de Flagstaff, ces entités prennent part à cette violence culturelle irréparable.

J’ai le cœur brisé pour notre peuple. L’avertissement avait été clair et maintenant il faut que la montagne brûle. Mais ce qui m’inquiète est que nous ne voyions ni n’entendions les paroles des praticiens de la médecine traditionnelle qui avaient averti de ces catastrophes, de la maladie et du grave déséquilibre écologique, conséquence des profanations continuelles du sacré.

Nos plantes médicinales repousseront, avec des offrandes la montagne se refroidira, et les sources pourraient revenir dans beaucoup de temps, mais ça prendra combien de générations ? Serons-nous même reconnus par notre mère la Montagne si nous ne faisons pas attention aux avertissements que cette fumée apporte ? Si le feu dans nos yeux et nos narines ne suffit pas, qu’est-ce qui suffira ?

J’ai le cœur brisé pour les animaux brûlés ou déplacés.

J’ai le cœur brisé pour nos parents SDF qui seront sans aucun doute encore criminalisés, parce qu’on saute à des conclusions alléguant que le pyromane serait SDF, et parce que le sentiment anti-SDF est général à Flagstaff. Les Forêts seront bien entendu fermées aux campeurs, et ça implique que beaucoup de ceux qui ne peuvent pas camper dans les limites de la Ville, à cause du décret anti-camping, ou ceux qui choisissent simplement de vivre librement dehors sur des « terres publiques » pendant leurs deux semaines de congé, seront déplacés plus loin et vilipendés. Leurs problèmes ont à peine été pris en considération lors du dernier incendie grave, et maintenant, ils auront encore plus de préjugés politiques et classistes contre eux.

Combien de ceux qui vivent dans les zones touchées risquent de perdre leur logement, si ce n’est dans cet incendie, dans l’inévitable prochain ? Ou à cause d’inondations causées par les traces d’incendie ? Qu’arrivera-t-il si eux aussi sont forcés de vivre dans la rue ?
C’est difficile de dormir avec des problèmes si importants qui brûlent dans vos pensées. Et j’imagine que beaucoup de gens ne peuvent se reposer dans les abris d’urgence, se demandant ce qui va arriver à leurs maisons. J’ai le cœur lourd pour tous ceux qui ne peuvent trouver le repos dans leurs propres lits cette nuit, et la suivante, et la suivante.

« Evacuez et dirigez-vous vers l’abri le plus proche, emmenez votre bétail dans la zone assignée, préparez-vous pour l’inondation… » Je prie pour que le cycle cauchemardesque ne devienne pas une routine,

Mais il semble que ce le soit déjà.

Nous entendons cela chaque fois que le feu se rapproche, « Si des maisons sont perdues, elles seront reconstruites. »

Même Notre-Dame est reconstruite de ses cendres.

Mais comment peut cette montagne sacrée, notre foyer spirituel, se remettre, si le remède immédiat est une nouvelle profanation ? Une telle part de ce sanctuaire sacré, où habitent des êtres sacrés et des remèdes sacrés, a déjà été ravagée par Snowbowl et par des incendies, que ça nous rapproche toujours plus d’un abîme terrible. Des praticiens de médecine traditionnelle ont déclaré que nous avons déjà franchi un seuil irrévocable. Ces crises ont aussi été racontées dans les géographies de notre histoire, leurs assertions précautionneuses ont été perdues partout, en dehors des cérémonies.

Si nous ne pouvons pas voir que l’« homme » a fabriqué ces crises et les souffrances qui s’en suivent en « civilisant le monde », nous continuerons à ne pas voir comment la crise du changement climatique n’est pas seulement construite par les mêmes mains, mais directement connectée aux multiples incendies répandus à travers tout le sud-ouest occupé.

Je vous demande de regarder dans les braises et de voir la possibilité de guérison que le feu apporte aussi, et que le feu à la montagne peut d’une certaine manière, être notre propre reflet. J’ai déjà affirmé auparavant que ce que nous faisons à la montagne, nous le faisons à nous-mêmes. Ça n’a jamais été aussi vrai, et cependant, ça n’a jamais été autant nié.

Snowbowl menace de s’étendre encore et de faire encore plus de neige d’eaux usées, et les politiciens et des membres de la communauté (même des Autochtones assimilés) se rallient pour les soutenir.

La profanation de cette Montagne sacrée doit arrêter immédiatement pour que notre mère puisse se reposer. C’est nécessaire aussi pour que nous puissions guérir de la pandémie mortelle qui continue à ravager ces territoires.

Tandis qu’il y a des actions immédiates qui peuvent et sont prises, peut-être que la plus décisive serait de restaurer l’harmonie pour vivre dans la bonne relation avec le sacré.

Le dé-Service des Forêts a fait obstacle et démontré que non seulement il ne pouvait pas, mais ne voulait pas soutenir la « gestion » Autochtone, étant donné qu’il préfère faciliter et chercher des bénéfices de la profanation. Qu’il s’écarte et nos gardiens du savoir sacré peuvent s’assurer que la restauration soit complète et bénéficie à tout ce qui existe.

Les administrateurs politiques et économiques de la Ville de Flagstaff devraient s’écarter de la même façon. Mais ils sont trop myopes et trop mous pour faire quoique ce soit de nécessaire. Pour être clair, le poids du capitalisme et du colonialisme devrait disparaitre avec eux.

Et avant que la fragilité du colon frappe avec le réflexe de bazar « mais où irions-nous tous ? » Ce qui est une question qui ne fait que renforcer les violences du colonialisme de peuplement (de même, est-ce que qui que ce soit ose poser cette question absurde aux Palestiniens ? [Oui, ils osent – Ch.P.]), pourquoi ne pas respirer un peu de cet air enfumé et demander « Que pouvons-nous faire de sensé pour vivre dans la bonne relation avec les peuples d’origine de ces terres ? » La justice anticoloniale est troublante, ne restez pas coincés par les conséquences de culpabilité ou du sens de droit incorporés dans plus de 500 ans de domination, de génocide, d’esclavage et d’écocide, mais laissez-nous être le guide. Cela signifie engager une conversation qui ne peut être établie dans le contexte d’invasion violente et d’occupation (demandez à la plupart de Ukrainiens, en ce moment), et cela signifie établir une réponse continue à l’effrayante question « comment pouvons-nous vivre en harmonie ? » N’attendez-pas les mairies et les conseils d’experts, ayez ces conversations avec votre famille, vos voisins et des gens rencontrés par hasard. Ou nous construisons cette mutualité dans l’espace horizontal de crise au milieu des flammes, ou les lignes des incendies sont tracées et s’approfondissent (ne délirez pas, ceci n’est pas un combat de plus).

Ceci n’est pas une proposition si radicale, c’est en fait comment la vie existait, dans la réciprocité, pendant des générations, jusqu’à il y a à peine 100 ans, ici, au pied de cette montagne sacrée. La guérison dont nous avons besoin ne peut pas venir des mêmes systèmes qui bénéficient de la destruction de notre monde naturel. Cette guérison n’est pas radicale, c’est une restauration.

En dépit du vulgaire côté marchand, c’est peut-être ce que certains veulent dirent quand ils appellent à « rendre la terre » ?

En regardant les points rouges fumants à travers cette Montagne sacrée, j’aime à penser « en avant, avec la Terre » plutôt que « rendez la terre » parce que ça me semble être la seule manière qui ne nous consumera pas tous.

Que les empires brûlent et ne soient jamais reconstruits de leurs cendres. C’est la guérison pour laquelle je prie.

Du pied de Dook’o’oosłííd et dans la fumée âcre,

Klee Benally

 

 


Par Klee Benally, Ya’iishjááshch’ilí (juin 2021)
D’abord publié dans le livre Black Seed: Not On Any Map
Publié par Indigenous Action Media
le 1er janvier 2022
Traduction Christine Prat

Une brève introduction

Ya’át’ééh, je pense qu’il est nécessaire de proposer ces extraits de l’introduction que j’ai écrite pour Black Seed: Not On Any Map (publié en 2021), en particulier parce que le texte intégral se situait à l’origine au milieu d’une discussion plus large, et il se pourrait que quelques éléments manquent pour certains lecteurs.

… J’ai été très contrarié la première fois que j’ai lu Locating an Indigenous Anarchism, bien que, comme avec certaines curiosités textuelles, à chaque relecture, au fil des années, j’étais de moins en moins frustré.

Peut-être comme vous, j’avais pris la brochure avec la même ferveur que celle qui vous ont poussé à ouvrir ce livre. Vous vouliez des réponses de gens qui avaient réfléchi à ces problèmes. Vous vous attendiez à ce que, de l’analyse, les prochaines étapes et un plan d’action, suivent, n’est-ce pas ? La réponse est à la fois décevante et stimulante. « Non, ça ne suit pas. » L’assertion présomptueuse que « le dernier espoir pour une vision du monde autochtone … c’est la patience » était un point final terriblement insuffisant.

J’ai nourri mon impatience au fil des années. Ça a été un projet personnel de désorientation intentionnelle, un sous-produit du fait de ne pas supporter la merde et de monter des projets activistes, comme organiser des actions directes et ouvrir une infoshop. Au fur et à mesure que je connaissais mieux Aragorn! et discutais davantage ces idées, je me suis rendu compte que c’était une vérité séductrice. J’ai ardemment désiré que cette discussion se poursuive, mais pas comme ceci, pas dans ces pages.

Pour toutes sortes de raisons, que vous remarquerez à travers toute cette proposition, l’Anarchie Autochtone n’est pas une discussion que nous désirions vraiment avoir …notre réticence s’est affirmée à la Convergence Anarchiste Autochtone de 2019… Cependant, voilà où nous en sommes, secouant nos pensées comme un vieux tapis tiré de la maison abandonnée d’un parent décédé. L’Anarchisme Autochtone c’est l’appel en PCV que nous redoutons…

…Peut-être que la tâche de ce projet-ci est de tenter d’assurer que cette discussion ne devienne jamais une doctrine. En termes d’Anarchie Autochtone, que ceci reste une partie de l’anti-découverte.

Pour ceux qui ne désirent que cela, voici quelques raccourcis, et honoré de vous avoir rencontrés :

Si nous comprenons que l’Anarchisme Européen est « 1) Une histoire de personnages iconiques. 2) Un ensemble d’idées de plus en plus radicales sur la transformation sociale. 3) Une pratique qui n’a d’uniformité que dans son rejet par ceux qui sont au pouvoir. » Et que c’est aussi une dynamique politique qui appelle à sa propre destruction, mais pourtant garde son sang-froid par des principes fondamentaux : Action Directe, Association Volontaire et Aide Mutuelle.

Alors nous construisons à partir de cette dynamique l’idée de ce qu’est l’Anarchisme Autochtone 1) Une anti-histoire de la mémoire ancestrale. 2) Un ensemble d’idées radicales (comme dans la négation totale) qui ne sont pas une déviation mais un pont entre la lutte anticoloniale et la libération Autochtone. 3) Une pratique qui exprime et affirme l’autonomie dans le contexte du lieu où elle se situe. Comme le remarquait Aragorn!, “Un Anarchisme Autochtone est un anarchisme de lieu. » 4) Ce n’est pas une identité.

Et souvenons-nous que les premiers principes articulés par Aragorn! sont : Tout est Vivant, l’Ascendance de la Mémoire, et Partager c’est Vivre.

Pour être clair, j’ajouterais qu’un Anarchiste dirait « Il n’y a pas d’autorité au-dessus de vous-même. » Un Anarchiste Autochtone proposerait « Il n’y a pas d’autre autorité que la nature. »

…Quand je suis confronté à beaucoup de ces mots, je ne me trouve pas. Quand je ne suis pas chez moi, je me dis Anarchiste Autochtone pour causer de l’agitation contre l’assimilation et les politiques progressistes de merde. Quand je suis chez moi, je suis un enfant de Yoolgai Asdzáá (la Femme de Coquillage Blanc). Je suis dans ses bras, où les contraintes du contrôle et des catégories de la politique coloniale n’ont absolument aucun sens.

Dans ces mots, j’en trouve d’autres. J’y situe une affinité d’aspirations. Une lamentation partagée et le rêve.

Trouvez la terre entre vos doigts et laissez les questions relatives à ces croyances, ces valeurs et ces pratiques « vous hanter. »

Il y a des fantômes pires et plus voraces dans le monde mort des colonisateurs.

***

Inconnaissable : Contre une Théorie Anarchiste Autochtone

Par Klee Benally, Ya’iishjááshch’ilí (juin 2021)

« Cette terre est sacrée. La loi de l’homme n’est pas notre loi. La nature, la nourriture et notre mode de vie sont notre loi. » – Roberta Blackgoat, matriarche Diné de Big Mountain

Le Dénouement

Mes actions sont maladroites et habiles. Mes mains tremblent. J’ai de la fièvre. Ce sont les convulsions d’une médecine amère et de l’esprit.

Nous sommes empêtrés dans des mots qui ne sont pas les nôtres. Ils coupent nos langues quand nous parlons. Ils mangent nos rêves quand nous dormons. Ceci est une proposition réticente.

Un fil qui compose une histoire, qu’on tire doucement au départ. Tellement concentrés sur la ligne que nous avons été désorientés par la tension délicate. Quand nous nous rappelons de respirer. Quand nous sortons de ces étoiles et pénétrons des constellations, nous voyons que de nouveaux symboles ont émergé.

L’idée de « civilisation » a été traduite en Diné Bizáad, comme dans beaucoup d’autres langues du pays, en mots imposés, durs et fracturés, qui ont été diffusés par une multitude de ruptures dans le monde entier, et raffinés en Europe. Ce n’est pas une évaluation de ce qui s’est développé, alors que les profondeurs de son récit ont été très attentivement surveillées dans d’autres espaces. Bien qu’il soit important de parler de son ombre épaisse telle qu’elle a été annoncée dans la langue occulte de la domination, du contrôle et de l’exploitation. Et lorsqu’elle nous a consommés et ne nous a pas avalés complètement, elle nous a voracement accueillis dans ses replis. Nos ancêtres savaient que c’était la langue de la non-existence, ils l’ont attaquée.

Quand nous posons la question « Que veut la civilisation ? », nous sommes hantés par les fantômes de nos enfants. Les spectres d’un futur mort. Des squelettes émaciés enterrés sous de vulgaires histoires de conquête après conquête. La Civilisation n’a pas de parents, seulement des captifs. Respirant de l’air mort et de l’eau empoisonnée, elle possède la nuit et rampe vers de lointaines constellations. Sa survie est une onéreuse faim infinie, une faim qui a été appelée colonialisme ; une vaste consommation qui se nourrit d’esprit et de toute vie. Elle modèle ses années et ses secondes en une prison anémique. Elle a donné forme au temps, pour en faire les armes les plus exquises, oblitérant les souvenirs, tuant les cycles. Son essence est du temps. L’imposition temporelle et spatiale de la conscience, c’est l’oubli qu’est la modernité et du temps linéaire, à sens unique. Quand nous nommons l’accomplissement génocidaire d’un futur colonisé, la civilisation se dit elle-même comme étant L’Existant. C’est ce que nous voulons dire par « modernité ». C’est une temporalité autoritaire. Nous l’appelons consumer l’existence, cette assertion de « supériorité », en tant que guerre des guerres contre Notre Mère la Terre.

Le capitalisme est la zone alimentaire de ce monstre, c’est un mutant. Se repliant sur lui-même pour conserver ses accumulations de ce qu’il a pris à d’autres, bougeant seulement quand il y a quelque chose à gagner. Il parle entre ses respirations âcres, « l’air m’appartient, l’eau m’appartient, et la terre m’appartient », quand il creuse la terre et trace des lignes, « même la nuit m’appartient. » On ne peut même pas dormir sans qu’il n’y ait un paiement dans son cauchemar sans limites.

Tout peut être muté en marchandise ; c’est ce qui est signifié quand les mots ‘libre’ et ‘marché’ sont associés.
Qu’elle soit poussée par l’expansion du capitaliste ou d’autres moyens politiques ou économiques, l’industrie exige des ressources. Elle les convoite et produit une hiérarchie d’existence, ou de pouvoir, par une alchimie des plus vulgaires. Elle fragmente nos vies en tâches gérables. Pour produire. Pour faire. Pour croître. Pour servir. Pour construire. Pour déménager. Pour gagner. Elle cultive des produits alimentaires qui ne sont pas faits pour manger. Elle construit des oléoducs à travers des rivières sacrées pour alimenter les industries, pour bénéficier à ceux qui croient en son « ordre », ses adhérents, ses fidèles croyants, ceux qui s’appellent eux-mêmes « capitalistes ». Les lumières restent allumées. Le frigo est toujours froid. L’eau coule dans le tout-à-l’égout vers quelque part. Nos terres sont ravagées par des blessures ouvertes là où elles ont été déchirées et creusées pour du charbon, de l’uranium, du lithium, des métaux, des pierres qui brillent…

Quand ils chient, nous n’avons plus qu’à vivre et nous nourrir de leurs déchets.

Que nous ne puissions pas vivre librement de la terre est l’ultimatum du capitalisme, c’est la bannière qui flotte sur la marche mortelle du progrès dans le monde. Que la terre ait été brûlée pour que nous soyons soumis, que nos enfants aient été volés pour que nous oubliions. Ce n’est pas seulement que notre existence ait été la cible de la civilisation, en termes de marchandises et de productivité, cependant ; nous pouvons exister avec la condition que notre monde finisse en nous. Tant que nous abandonnons notre peau et défaisons ce qui a été tissé depuis des temps immémoriaux.

Na’ashjé’ii Asdzáá nous a appris à tisser.

Chaque fil a de la mémoire et retourne en arrière vers sa restitution. Quand c’est tissé si serré que ça retient l’eau, c’est là que c’est familier, et à quel point notre mutualité est profonde. Lieu, êtres, les uns les autres, nous-mêmes, cette profondeur est au-delà de la portée de la mémoire.

C’est ce qui a fait de nous une menace depuis toujours.

(Dés)Accords Civils

Le besoin absolu de la civilisation est de se constituer en façons de gérer, de gouverner, par une série de moyens, i.e. le droit divin, le contrat social, etc. ses gens et ses ressources ; elle en est venue à formuler cette exigence sous la forme de l’Etat. Cependant, ça a été organisé, nous pouvons comprendre l’Etat simplement comme une manière de gouverner politique centralisée. Ses caractéristiques ont toujours été les mêmes : un groupe privilégié prend les décisions pour tous les autres et assure ces décisions par les forces militaires et de police, le judiciaire et les prisons. Qu’il soit constitué en une autorité religieuse, de classe, héréditaire ou ethnique, il n’y a rien de volontaire ou de consensuel dans l’Etat, à part dans les rangs des groupes privilégiés de son élite. Les « droits » des gouvernés peuvent être accordés ou supprimés.

Max Weber donne cette définition honnête et très utile de l’Etat comme, « un régime politique qui maintient un monopole sur l’usage légitime de la violence. »

Ses violences sont souvent dissimulées (parce qu’une certaine forme d’accord est nécessaire pour maintenir le pouvoir), mais toujours maintenues par une combinaison de brutalité institutionnelle implicite et explicite.

Dans le théâtre politique de la « démocratie », cette obscurité est maintenue par l’acte symbolique de voter. Le vote est l’accord rituel de la légitimité de l’Etat et son mandat sur la société. Ça ne résout jamais que la question de règles et de gouvernants. La décolonisation ne sera jamais soumise au vote, cependant, les captifs Autochtones continuent de jouer leur rôle et votent pour leurs maitres coloniaux.

Le processus qui consiste à amener des gens et des pays, qui n’ont pas été civilisés, dans la civilisation est le rôle essentiel et infernal du colonialisme. Quand un Etat a consommé toutes ses ressources, il est forcé de chercher ailleurs et chez les autres. C’est l’étymologie du colonialisme ; c’est la langue de la domination, de la coercition, du contrôle, de l’exploitation, de l’assimilation, et de l’annihilation. Ça s’étend et se rétrécit entre les pauses de guerres incessantes, ça colonise les souvenirs pour se justifier, c’est ce qu’il appelle l’Histoire. Sa conscience corrompue construit une identité nationale de ses insécurités : histoires de grandeur, du monde d’avant et du monde à venir. Il émerge de droit et se rassemble contre ses ennemis persistants, la menace de ceux qui refusent d’être captivés, et ces menaces fluctuantes qu’il appelle « les autres ».

Le maintien de cette violence internalisée est son nationalisme. Quand ça devient tellement omniprésent qu’il n’a plus besoin de prononcer sa domination et son autorité, c’est ce que nous appelons aussi « le fascisme ».

L’Etat colonial de peuplement a toujours voulu la guerre contre les Peuples Autochtones, dans la soi-disant Amérique du Nord. Les réserves décidées par les militaires étaient des camps de prisonniers à ciel ouvert. Les traités étaient des négociations des termes de notre capitulation. La stratégie de la « souveraineté Tribale » a été planifiée comme une gestion temporaire devant mener à l’assimilation totale. Que les Peuples Autochtones aient été parqués dans la désignation coloniale de « Nations domestiques dépendantes » est l’antithèse du concept même de souveraineté (en terme d’autogouvernance). De la Doctrine de la Découverte à la Trilogie Marshall, ces lois sont la base légale formelle d’un perpétuel génocide, écocide et esclavage dans ces terres.

Les politiciens Autochtones (ceux qui ne sont pas carrément des marionnettes coloniales) sont toujours sentimentaux et sensibles à la fantaisie d’une « Souveraineté Tribale » sous occupation coloniale. Leurs stratégies sont un suicide social et politique.

Alors que des universitaires et activistes Autochtones comme Vine Deloria Jr. et des membres de l’American Indian Movement visaient une souveraineté Autochtone « sans assimilation politique et sociale », cet objectif a été limité et finalement a renforcé le système Euro-colonial, ou plus précisément Westphalien, de souveraineté d’état-nation. La « Souveraineté Tribale » n’est pas possible tant qu’une autorité coloniale existe, et peut-être encore plus inquiétant, c’est que c’est un concept politique fondamentalement colonial. Alors que, d’un côté, les appels à « honorer les traités » pourraient être vus comme des affirmations d’une autorité politique Autochtone, de l’autre, ils sont une exigence myope de revoir des négociations forcées, faites sous la pression, pour bénéficier à l’ordre colonial. La stratégie de l’expansion coloniale n’a pas été conçue pour maintenir des traités avec des Peuples que les envahisseurs ont l’intention d’assimiler à leur ordre. Le gouvernement des Etats-Unis n’a eu absolument aucun problème pour rompre tous les traités sur lesquels il avait mis son nom. Du point de vue du colonisateur, les traités ont toujours été temporaires ; ils étaient une concession aux captifs, une acceptation de la civilisation. Ils étaient purement symboliques et une formalité politique de capitulation. Les Traités sont des mots morts sur des morceaux de papier morts, qui ont été les négociations de reddition de nos ancêtres.

Dans ses termes les plus simples, le colonialisme de peuplement est une violente dépossession, une appropriation, quelque chose qui s’impose. Le colonialisme de ressources ne s’en différencie que parce qu’il est orienté vers l’esclavage et l’exploitation. Les deux formes de colonialisme sont très souvent imposées en tandem ; dépendant et changeant toujours sur la base des bénéfices recherchés par le colonisateur. Dans sa configuration de l’existence, le colonialisme dépossède toute la vie. Sa première violence discrète est la découverte, l’acte violent de rendre « connaissable » l’inconnu. Puis il impose un mode de vie, une sorte de temps, et une seule façon de savoir, sur un autre. Ce qui a été appelé « destinée manifeste » – l’impulsion utopienne de More – est une marche mortelle de masse du futurisme de colon. Toujours vers une hégémonie temporelle. Son pouvoir est fusionné dans des moments spatiaux, par ses adhérents. Quand il respire, il est extensible ; il est à la fois l’Etat, la monarchie, l’église, la colonie et l’empire. Pour ceux qui continuent à ramasser les récompenses de la colonisation, c’est un accord « civil » qu’ils fabriquent en silence et maintiennent tous les jours.

La Nature Nie l’Etat

Quand nous suivons des cercles d’arbres et de poussière pétrifiés par les eaux puissantes de vastes canyons, nous sommes rassurés par l’inconnaissance de ce que la nature a toujours nié l’Etat. En contrôlant et consumant l’existant pour se maintenir et se construire, l’Etat, en tant que constitution de la civilisation, existe contre la nature.

Pour nous, les Diné, nos vies sont conduites en relation avec six montagnes sacrées, qui sont les piliers de notre cosmologie. Chacune de ces montagnes est décorées d’éléments sacrés et représente un enseignement de la façon dont nous pouvons maintenir et restaurer l’harmonie quand nous existons dans ce monde. Par nos cérémonies et nos prières, nous maintenons un engagement vivant (maintenu physiquement sous le nom de Dził Leezh ou petits paquets de terre de la montagne) pour exister en harmonie avec la nature.

A certains moments de notre existence, un processus social collectif appelé Naachid (faire un geste dans une direction) a été mis en œuvre pour réagir à des questions importantes auxquelles notre peuple a été confronté. Naat’áani (celui qui parle) a été très mal interprété par des anthropologues coloniaux, et traduit par « dirigeants » des Diné, cependant, leur rôle, en tant que responsables du sac de médecine de leurs familles, était cérémoniel et ni absolu, ni coercitif. Cette manière d’être est incompatible avec toute forme de gouvernance centralisée. C’est incohérent avec l’Etat.

Dans le monde entier, les Peuples Autochtones vivent leur mutualité sous divers termes, dans des relations sociales complexes (et parfois conflictuelles et contradictoires). La cosmologie de l’existence, les mondes constamment émergeants et les manifestations de l’être et du devenir, sont tous extérieurs à l’ordre « civilisé » et à l’Etat. Ils sont inconnaissables.

Pourtant, l’anthropologue colon veut toujours plus de preuve, de rationalité, de comparaison, d’informations, et plus de justification pour se nourrir de l’inconnu. Comme un charognard, il pille la barbarie pour justifier ses propres exigences sociales violentes : « c’est ce qui a été, c’est pourquoi nous dominons et détruisons. » Le monde vivant est sacrifié et consommé sur l’autel du progrès ; c’est le sacrement de Darwin.

Peut-être aussi pour soulager leurs consciences génocidaires, les envahisseurs européens ont été fascinés par l’idée de projeter des idéaux « éclairés » de gestion sociale (comme appeler la moindre cohésion politique consensuelle une « démocratie »), de hiérarchies et de relations de pouvoir, pour justifier leur marche incessante vers la « modernité ». Les anthropologues ont disséqué presque tout ce qu’ils pouvaient de qui nous sommes et comment nous sommes en relations les uns avec les autres. Comme nous expliquerons après, il n’est pas surprenant de voir des gauchistes radicaux calculer leur existence sur la même voie, avec des projections similaires.

Notre monde est continuellement émergeant, notre existence et notre futur sont une manifestation continue, et nous sommes toujours dans le processus du devenir.

Décartographier les relations sociales Autochtones de la géographie politique coloniale, signifie devenir à nouveau inconnaissable. Si nous restaurons ou guérissons notre savoir ancestral vivant, nous devenons une mémoire contre le temps. Les souvenirs Autochtones sont anti-histoire et anti-futur. La résistance Autochtone physique et mémorielle est le rejet de la « conscience » coloniale temporelle, c’est la négation de l’oubli. Notre mutualité avec l’existence s’est toujours produite en dehors du temps. Notre existence est organisée en cycles qui ont rejeté la coercition dans la géographie statique des conceptions coloniales et du colon. Nous nous trouvons plus d’affinités avec le genévrier et la sauge qui poussent à travers l’impossible grès. Nous nous situons dans les sources où les traces de pas de nos ancêtres ont laissé un sentier comme un cordon ombilical. Nous connaissons le pays et le pays nous connait. Où et qui nous sommes veut dire la même chose. C’est une entente cultivée à travers des générations et des générations de mutualité. C’est de là que vient notre façon de penser. C’est un lieu où aucun gouvernement n’existe. La libération Autochtone est la réalisation de notre autonomie et de notre mutualité avec toute vie et avec la Terre, libre de toute domination, coercition et exploitation. C’est aussi une affirmation anarchiste, donc nous localisons une connexion.

La prise de position anarchiste est de celles qui localisent l’oppression et le pouvoir fondamentaux dans la société, dans la structure même où l’Etat opère. Bien que l’autonomie et l’anti-autoritarisme ne soient pas nés en Europe, en tant qu’idée politique, l’Anarchie a été définie à travers des centaines d’années de résistance à la domination de l’Etat, des monarques, des capitalistes et de l’Eglise Chrétienne. Pour ceux qui s’affirment comme anarchistes, toute forme de pouvoir d’Etat est imposée par la force. Ils rejettent et critiquent fondamentalement l’autorité politique sous toutes ses formes. A l’origine, ceux qui sont maintenant considérés comme des anarchistes « classiques », comme Bakounine et Kropotkine, trouvaient de l’anarchisme dans ce qu’ils observaient comme une « loi naturelle » de liberté et cherchaient l’harmonie dans son organisation. Bien qu’il y ait des précédents intéressants, comme Lewis Henry Morgan (qui fétichisait les Haudenosaunee) et William Godwin, et les influences produites par leur fascination des Peuples Autochtones des soi-disant Amériques, nous n’avons que faire d’un pédigrée de l’anarchisme. Ils ont pris de notre sang et nous avons continué à saigner. Dans leur distillation, ils ont séparé notre matriarcat, notre inclusion des queers, et ce qui nous faisait complets, alors, qu’auraient-ils à offrir, à part une vague essentialisation ? Quand l’anarchisme parle, nous y trouvons une affinité avec notre hostilité contre ceux qui se sont imposés à nous. Mais nous résistons au fait d’être réduits à des vestiges politiques, donc ça nous a aussi rendu hostiles envers une identité anarchiste, bien que pas complètement envers l’anarchisme.

Lorsqu’on demande « comment peut-on localiser un Anarchisme Autochtone » et « comment pouvons nous guérir et vivre nos vies libres de la contrainte coloniale ? » Notre première réponse est une extension de notre hostilité ; il n’y a pas de théorie anarchiste Autochtone, et peut-être qu’il ne devrait jamais y en avoir.

Contre une Théorie Anarchiste Autochtone

La Théorie se propose de recenser qui et ce que nous sommes au sein de la conscience que nous rejetons ; nous faire connaitre et formuler une position par la cartographie du savoir du colon. Mais qu’avons-nous à faire d’idéologies politiques qui ont été imposées par des relations coloniales ?

Les théories des sciences politiques sont établies par la substantiation, l’explication et la justification. Les références pour ces standards sont des subjectivités européennes qui délégitimisent et dépossèdent intrinsèquement le savoir Autochtone. Ceux qui aspirent à devenir des universitaires, dans le cadre de leurs carrières institutionnelles, se retrouvent le plus souvent en position d’autorité idéologique.

Les contours de la géographie politique existante ont été plus qu’abondement dessinés par des intellectuels, des universitaires et des théoriciens révolutionnaires en chambre, qui veulent aplatir notre vision du monde dans des catégories trop étouffantes pour la complexité de nos désirs. Leur passe-temps est de construire des murs, à l’intérieur des murs de structures en béton, où ils peuvent accrocher leurs distinctions et gérer intellectuellement ceux d’entre nous qui sont en dessous. Leurs affinités prennent forme dans les mêmes salles que d’autres « sciences » qui ne sont que des fascinations réductrices nées de, profitant de, et finalement servant à perpétuer une culture matérialiste de domination, d’exploitation et de mort.

Quand une théorie politique est bien établie, une banderole est agitée, un drapeau est planté, et l’allégeance lui est due.

Nous ne cherchons pas à ce que nos façons de connaitre, d’être et d’agir soient jamais enveloppées dans une croyance figée et présentées comme un pauvre haillon. Nous ne souhaitons pas que l’anarchisme Autochtone soit jamais un drapeau planté ou que ce soit sur Notre Mère la Terre. La calcification d’une théorie anarchiste Autochtone en précipiterait la marchandisation qui relègue d’autres théories politiques au rang d’une banale dramaturgie, et nous rejetons fanatiquement ces conditions.

L’autonomie Autochtone n’a pas besoin d’une fondation théorique pour se justifier.

En tant qu’anarchiste qui était aussi Autochtone, Aragorn! avait identifié ce rejet, « Anarchisme est le terme utilisé pour décrire une théorie ouverte qui ne sera pas gravée dans la pierre. L’Anarchie n’est pas nommée d’après un homme, elle est nommée d’après une négation. »

La pression politique de la gauche moderne vers une lutte révolutionnaire unifiée (centralisée), avec des « points d’unité » méticuleusement identifiés et des manifestes avec des cases à cocher déterminant les programmes, procède toujours de propositions d’homogénéité philosophique, idéologique et politique. C’est une tendance dont les Zapatistes – romantisés ad nauseam pour leur magnifique insurrection qui dure toujours – étaient très conscients. A la grande frustration des gauchistes cherchant à être légitimés et à voir leurs théories politiques confirmées, les Zapatistes étaient intentionnellement vagues sur leur politique à cause des pièges des projections politiques modernes des gauchistes. Tandis qu’il était clair que l’affirmation de Zapatisme par les peuples Ch’ol, Tzeltal, Tzotzil, Tojolobal, Mam et Zoque, incarnait la lutte autonome anticapitaliste, la restitution du pays et l’aide mutuelle, le Comité Révolutionnaire Autochtone Clandestin de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale affirmait « le Zapatisme n’est pas une nouvelle idéologie politique, ou une reprise de vieilles idéologies. Le Zapatisme n’est rien, ça n’existe pas. Ça sert seulement de pont pour traverser d’un bord à l’autre. Ainsi, Tout le monde peut s’intégrer au Zapatisme, quiconque veut traverser d’un bord à l’autre. Il n’y a pas de recettes universelles, de lignes, de stratégies, de tactiques, de lois, de règles, ni de slogans. Il y a seulement un désir – construire un monde meilleur, c’est-à-dire un monde nouveau. »

Les gauchistes leur ont appliqué avec excès l’anthropologisme « post-moderne » (un concept qui les place plus loin le long de leur temps linéaire) et étudié leur soulèvement (tout en négligeant presque toujours les luttes des Peuples Autochtones dont ils occupent les territoires), mais leur rébellion est incompréhensible sans connaissance du cœur Autochtone (par la langue, la cérémonie, la cosmologie, etc.) au centre de leur lutte. Nous estimons et désirons construire à partir de cette négation de la compréhensibilité. Nous ne fétichisons pas le Zapatisme, parce qu’il n’existe pas.

Nous rejetons également l’idée selon laquelle n’importe quelle idéologie politique pourrait représenter globalement les désirs, les aspirations, la résistance, l’autonomie et l’organisation sociale de tous les Peuples Autochtones du monde. Quand nous disons ‘Autochtone’, nous voulons dire ‘du territoire’. Ça signifie que qui nous sommes est spécifique à un lieu.

C’est ce qu’Aragorn! explorait à partir d’une situation de dépossession dans Locating an Indigenous Anarchism, « Un anarchisme Autochtone est un anarchisme de lieu. Cela semblerait impossible dans un monde qui a entrepris de ne nous placer nulle part. Un monde qui nous place nulle part universellement. Même là où nous sommes nés et mourrons n’est pas chez nous. » Aragorn! réfléchissait au-delà de ceux d’entre nous qui sont encore enracinés dans un lieu et non dans une localisation qui « … est la différentiation écrasée par le mortier de l’urbanisation et le pilon d’une culture de masse dans la glue de l’aliénation moderne. » Mais c’est ce qui fait la beauté de cette discussion. Quand nous commençons à parler de nos relations au lieu, nous faisons ressortir les tensions, les exclusions, les conflits et les contradictions. (Peut-être devrions-nous demander ou proposer « comment pouvons nous faire de notre aliénation une arme ? »)

Nos désirs sont déjà largement formulés dans nos enseignements (vivants) d’origine ; aucune théorie ou postulat ne peut s’y substituer. Cela ne veut pas dire que nos voies sont rigides, mais que devons briser les barrages imposés par les limitations coloniales et laisser les rivières de nos voies être en flux. Sans briser ces barrières, nous risquons la stagnation de toute aspiration politique dans les eaux tièdes de la théorie. Notre existence est guidée, mais elle est aussi fluide, et pour cela, aucune rivière ne devrait vivre comme un lac si ses eaux sont nées pour couler.

La discordance entre l’identité Anarchiste et la solidarité.

Des colons gauchistes, plus particulièrement ceux qui sont empêtrés dans l’industrie universitaire, mettent la pression pour définir un Anarchisme Autochtone. Ils viennent comme anthropologues mal définis, la bouche pleine d’hypothèses à demi machées, parlant pour nous avant que nous n’ayons parlé. Cet élan est peut-être un moment à célébrer pour certains, les alternatives étant de maintenir le statuquo menant à notre mort sociale et à l’accomplissement du futur colonial, ou de rivaliser pour un accès égal au pouvoir coercitif par des propositions « révolutionnaires » gauchistes. Mais les sciences et les politiques du colon ne peuvent que définir ce que nous ne sommes pas. Leur référence est la pensée Européenne qui a massacré leurs propres visions Autochtones depuis longtemps. Dans le meilleur de son existence clairement exprimée, l’Anarchisme a été une réaction au pouvoir dans le contexte des cycles Européens de domination sociale, d’exploitation et de déshumanisation. Ainsi, s’attendre à ce que les Peuples Autochtones répondent par une réponse politique et idéologique claire, est à bien des égards un projet qui (non intentionnellement) sert à justifier l’identité et l’existence coloniale du colon. C’est une stratégie de survie insidieuse, sous l’apparence d’une ouverture de solidarité politique. Alors, pourquoi les Peuples Autochtones devraient-ils se joindre au chœur de ce râle d’agonisant, quand tuer un futur colonial de colon est ce que nous voulons dire quand nous prononçons les mots « Libération Autochtone » ? Le projet de politiser l’identité Autochtone produit des acteurs Autochtones assumant des rôles dans un théâtre politique, qui finalement aliène notre autonomie. Mais si nous étudions les mouvements civils dans les soi-disant Etats-Unis, c’est apparemment comme cela que nous pouvons prétendre à de la solidarité. On pourrait croire que nous trouverions naturellement des affinités avec ceux qui posent et répondent à la question « comment pouvons-nous vivre nos vies libres et sans contrainte autoritaire ? » Mais les termes ‘affinité’ ou ‘solidarité’ ont presque toujours été déviés vers la poursuite d’un futur colonial de colon. Les Peuples Autochtones ont constamment dû justifier leur existence dans des termes politiques pour être éligibles pour du soutien.

Cette fausse solidarité n’a jamais été mutuelle ; elle n’a existé que comme instrument de l’assimilation coloniale. Elle cherche à se justifier en attirant les Peuples Autochtones plutôt qu’en prenant conscience de comment elle est elle-même un produit, un perpétuateur, et une bienfaitrice de la domination coloniale. Il n’y a rien de plus contradictoire qu’un colon autonome affirmant un standard selon lequel l’autonomie Autochtone devrait être justifiée.

Pour que ce soit bien clair, les premiers anarchistes « Américains » n’ont jamais déclaré la guerre au colonialisme.

L’une des représentantes les plus éminentes du premier courant anarchiste sur ces terres, Voltairine de Cleyre, célébrait la violence coloniale contre les Peuples Autochtones dans son essai de 1912, « Action Directe ». Que ce ne soit jamais, pendant toutes ces années d’étude, venu à l’idée de ceux qui étudiaient l’anarchisme de traiter de son exemple comme défense coloniale contre les Peuples Autochtones, est une réalité flagrante de l’angle mort que les anarchistes d’origine européenne continuent à maintenir. Dans son essai, de Cleyre déclarait : « Un autre exemple d’action directe dans les premiers temps de l’histoire coloniale, mais cette fois en aucun cas pacifique, a été l’affaire de la Rébellion de Bacon. Tous nos historiens défendent assurément l’action des rebelles dans cette affaire, car ils avaient raison. Et pourtant, c’était un cas d’action directe violente contre une autorité légalement constituée. Pour ceux qui ont oublié les détails, je me permets de leur rappeler brièvement que les planteurs de Virginie craignaient une attaque générale des Indiens ; avec de bonnes raisons. Etant politiquement pour l’action, ils ont demandé, ou plutôt Bacon, en tant que leur leader a demandé, que le gouverneur lui accorde une commission pour recruter des volontaires pour leur propre défense. …Je suis tout à fait certaine que les partisans de l’action-politique-à-tout-prix de l’époque, après que la réaction ne revienne au pouvoir, ont dû dire : ‘Voyez ce que cette maudite action directe nous apporte ! Regardez, le progrès de la colonie est retourné 25 ans en arrière ; ‘ oubliant que si les colons n’avaient pas eu recours à l’action directe, leurs scalps auraient été pris un an plus tôt par les Indiens (nous soulignons), au lieu que quelques-uns soient pendus par le gouverneur un an plus tard. Dans la période d’agitation et d’excitation précédent la révolution, il y avait toutes sortes d’actions directes de la plus pacifique à la plus violente ; et je crois que presque tous ceux qui étudient l’histoire des Etats-Unis trouvent le récit de ces performances la part la plus intéressante de l’histoire, celle qui s’incruste dans la mémoire le plus facilement. »

De Cleyre, comme la plupart des anarchistes aux Etats-Unis, critiquait l’autorité, la domination et la coercition, mais glorifiait la brutalité de la conquête coloniale comme exemple d’acte non-médiatisé.

L’histoire plus profonde de la « rébellion » de Bacon, de 1675 à 1676, est que cet envahisseur colonial s’est retourné contre l’autorité britannique et a manipulé les guerriers Occaneechi pour l’assister dans son attaque contre les Susquehannock qui défendaient leurs territoires. Après le raid, la milice blanche de Bacon s’est immédiatement retournée contre ses alliés Occaneechi et a massacré les hommes, les femmes et les enfants. Que cette analyse soit toujours incontestée est remarquable, considérant que trente ans après cette « rébellion », les colons de milices comme celle de Bacon se sont transformés d’esclaves Noirs et de patrouilles « Indiennes » en premières forces de police en « Amérique. »

On peut aussi citer le livre de Cindy Milstein, de 2010, L’Anarchisme et ses revendications, pour des exemples plus récents de défense du colonialisme de peuplement. Tandis que la plus grande partie du livre dit brièvement ce qu’est l’anarchisme, dans la partie sur la Démocratie Directe, Milstein déclare « …nous oublions que la démocratie trouve son côté radical dans les grandes révolutions du passé, y compris la Révolution Américaine. » Pour Milstein, la violence des colons était une complication conciliable, « Ceci ne veut pas dire que les nombreuses injustices liées à la création des Etats-Unis devraient être ignorées, ou, pour utiliser un terme particulièrement approprié, blanchies. Le fait que les Autochtones, les Noirs, les femmes et d’autres étaient (et sont souvent encore) exploités, brutalisés, et/ou assassinés n’était pas seulement un facteur secondaire de l’évènement historique qui a créé ce pays. Tout mouvement pour la démocratie directe doit se confronter à la relation entre cette oppression et les moments libérateurs de la Révolution Américaine. »

Milstein dit aussi, « En même temps, il faut voir la révolution dans le contexte de son temps et se demander en quoi c’était un progrès ? et plus tard appeler à « une deuxième Révolution Américaine. »

Le colonialisme de peuplement est par définition une association involontaire. Les colonisateurs qui sont anarchistes maintiennent toujours une position implicite de domination sur les Peuples et les Terres Autochtones, ce qui est sans aucun doute contraire à l’anti-autoritarisme. Ça a été incongrument apparent dans la figure de l’anarchiste vert « primitiviste », et les mouvements de retour au sauvageon, forgés par l’appropriation culturelle, le fétichisme, et l’extinction. Sans consentement, sans relation sensée avec les Peuples Autochtones, les anarchistes colonisateurs des soi-disant Etats-Unis, seront toujours confrontés à cette profonde contradiction. L’Anarchisme, ou tout autre projet politique, d’ailleurs, ne peut tout simplement pas être imposé ou « ré-ensauvagé » sur des terres volées.

Alors que les colonisateurs anarchistes préservent l’idée d’« Amérique » dans leur imaginaire révolutionnaire, les Anarchistes Noirs, comme Ashanti Alston, Kuwasi Balagoon, Lorenzo Kom’boa Ervin, des soi-disant Etats-Unis, ont depuis longtemps exprimé leurs profondes inquiétudes sur le manque d’analyse raciale de l’anarchisme, tout en luttant contre des projets de nationalisme étatiste Noir. Dans Aussi Noir que la Résistance : Trouver les Conditions de la Libération [As Black As Resistance : Finding the Conditions of Liberation], William C. Anderson et Zoé Samudzi ont directement creusé la question en affirmant : « Nous ne sommes pas des colons. Mais soutenir la création d’un état-nation à majorité noire, dans lequel le destin des Autochtones est pour le moins ambigu, est une idée enracinée dans la logique du colon. » Ils font remarquer que « les politiques noires américaines du territoire ne peuvent pas être purement et simplement construites sur des siècles de pensée coloniale exterminatrice de déportation et de génocide des Autochtones. En fait, la réalisation d’un territoire véritablement libéré, ne peut venir que par le dialogue et un travail de co-conspiration avec les communautés Autochtones et une compréhension partagée de l’utilisation du territoire hors des modèles capitalistes de propriété. »

La solidarité de gens volés sur des terres volées se construit dans la mutualité, le consentement et la rupture avec les manipulations du colonialisme, du capitalisme et de la suprématie blanche qui nous a tous dépossédés de modes d’être Autochtones.

L’histoire anarchiste « américaine » et son analyse contemporaine, est dénuée de toute analyse ou d’action anticoloniale sérieuse, et en dit long sur ce problème. Quelles que soient ces agressions contre l’état, il n’y a pas d’excuses pour son manque d’implication de la fonction primordiale des premières violences qui composent l’« Amérique » et d’où vient la continuité de son pouvoir jusqu’à aujourd’hui.

L’anarchisme, comme toutes les idéologies produites par des colons ou en parallèle, a un problème de compatibilité avec le colonialisme de peuplement.

Dans un passé récent, les anarchistes colonisateurs cherchaient continuellement des excuses pour éviter la solidarité avec les luttes Autochtones. Des dénonciations, prétendant que « les luttes Autochtones sont nationalistes », ce qui est en réalité une projection fragile des identités nationales des colons, qui n’a absolument rien à voir avec l’organisation sociale Autochtones (sauf pour des républicains comme Russell Means), à des attaques pures et simples de la base spirituelle de la rationalité Autochtone, si la solidarité compte, les colonisateurs doivent affronter leurs blocages mentaux. Ça ne veut pas dire que seuls les Peuples Autochtones devraient être pris en considération pour une alliance politique, ça va au-delà de la solidarité, c’est une affirmation que tout mouvement libérateur sur ces terres, doit être construit autour du feu de l’autonomie Autochtones. Que ce soit une alliance fonctionnelle par la reconnaissance de nos terres ou en adoptant l’étiquette de « complice », les colons doivent s’impliquer complètement dans la destruction de leur ordre social. Sinon, il faut se satisfaire de ce que It’s Going Down et Crimethinc ont coché dans les cases ‘anticolonial’ comme faisant partie de leur politique et présenté une histoire Autochtone avec laquelle ils ont des affinités occasionnellement. Ça ne veut rien dire, à moins que ce soit une prise de position qui influe sur tous les aspects de leur analyse et de leurs actions, pas seulement quand un moment radical se produit et qu’ils peuvent y greffer leur propre analyse.

Nous rejetons l’identifiant « anarcho-Autochtone » pour cette raison. Nous ne sommes pas une annexe d’une idéologie ou d’une stratégie révolutionnaire pour donner du pouvoir à l’existence d’autres. Nous ne cherchons pas seulement à être reconnus comme trait d’union à l’anarchisme ou toute autre politique de libération ou de résistance, juste pour y être dissous dans son mouvement d’opposition à une culture dominante.

La question de l’Anarchisme Autochtone n’est pas de celles auxquelles nous sommes arrivés à cause des lacunes de l’Anarchisme blanc ou de colon – ce n’est pas « ce que ça n’a pas fait pour nous » – c’est une question à laquelle nous sommes arrivés en relation avec l’existence de l’Etat, des brutalités permanentes de la civilisation du colonialisme, du capitalisme, de l’hétéro-patriarcat et de la suprématie blanche, et le désir d’une existence sans domination, sans coercition et sans exploitation.

Du capitalisme au socialisme, la conclusion menant à une affinité avec l’anarchisme s’est faite en partie à cause des calculs anti-Autochtones de tous les autres projets politiques.

L’incompatibilité théorique du Marxisme comme stratégie pour une autonomie et une libération Autochtones, réside dans son engagement pour un Etat industrialisé géré par les travailleurs, comme véhicule de la transformation révolutionnaire vers une société sans état. L’industrialisation forcée a ravagé la terre et les gens de la terre. Ne se concentrer que sur un système économique plutôt que d’incriminer le renforcement du pouvoir comme expression de la modernité, a eu pour résultat que les prédictions de critiques anarchistes (comme Bakounine) se sont réalisées ; la doctrine idéologique des socialistes mène à la bureaucratie, l’intelligentsia et, finalement, au totalitarisme.

Le socialisme révolutionnaire a été particulièrement apte à créer des régimes autoritaires. Les anarchistes voient simplement la stratégie pour ce qu’elle est : le renforcement du pouvoir en une force politique, industrielle et militaire, qui prononce la libération pour en fin de compte s’embourber dans son propre marécage théorique, qui justifie perpétuellement son autoritarisme pour vaincre des menaces économiques et sociales qu’elle produit intentionnellement.

Pour être appelé à jouer un rôle dans le renversement du système et la réalisation de la communalisation dans une société qui repose sur une idéologie politique coloniale et économique, exige l’assimilation et l’uniformité politique comme condition d’une révolution. Les principes Marxiste et Maoïste l’exigent, ce qui veut dire qu’ils exigent que les Autochtones reconfigurent ce qui fait d’eux des Autochtones pour devenir des armes de la lutte des classes. Ce processus aliène intrinsèquement des compositions sociales Autochtones diverses et complexes, en les forçant à agir comme sujets d’un cadre révolutionnaire fondé sur les classes et la production. Les collectivités Autochtones existent sous des formes que les idéologues gauchistes refusent d’imaginer. Le faire serait en conflit avec le fondement des « Lumières » et de la « modernité » sur lesquels leur monde « civilisé » est construit.

C’est pourquoi nous rejetons leur ouverture de nous débarrasser de notre « servitude » culturelle et de rejoindre la dictature du prolétariat. Nous rejetons les gesticulations pour nous approprier les moyens de production dans le rôle assimilé attendu de nous, de travailleur industriel ou culturel. Toute construction sociale fondée sur l’industrialisation est une impasse mortelle pour la terre et les gens de la terre. La guerre de classe sur des terres volées pourrait abolir l’exploitation économique tout en maintenant le colonialisme de peuplement. Nous n’avons rien à faire de politiques qui calculent leur conclusion dans le contexte de ces relations de pouvoir.

En tant que Peuples Autochtones, nous sommes obligés d’aller plus loin et de demander ce qui, dans cette idéologie politique, est de nous et du territoire ? Comment notre spiritualité l’a perçu et comment elle restera intacte dans ces processus libératoires ou révolutionnaires ? Comme toute idéologie politique peut être considérée comme anticoloniale, si on comprend le colonialisme seulement dans ses formes matérielles, comme forces colonisées contre les forces du colonisateur (selon ce principe, la « révolution américaine » était anticoloniale). Quand le calcul est fait, tous les autres projets, comme le Communisme, le Socialisme révolutionnaire, etc. sont dépassés dans la mesure où le noyau principal de leurs projets ne peut pas être concilié avec l’existence spirituelle Autochtone. L’anarchisme, avec son héritage biaisé, est assez dynamique pour devenir effectivement une vision plus forte par un examen minutieux ; c’est dû d’abord au fait que, comme tension des tensions contre la domination, l’anarchisme a le caractère unique de pouvoir résister aux pressions de devenir intransigeant. Il a été développé et redéveloppé comme principe dynamique qui se renforce par ses contorsions. Les anarchistes ont toujours regardé vers l’intérieur et se sont transformés (et même célébrés) avec leurs contradictions.

Disloquer un Anarchisme Autochtone

Si l’anarchisme ne nous rend pas plus complets, à quoi peut-il nous servir ?

Quand nous posons la question « Que veulent nos cultures ? » La réponse en Diné est hózhó, ou l’harmonie/l’équilibre avec l’existence. C’est exprimé et guidé par Sa’ah Naagháí Bik’eh Házhóón.

L’idée de soin et de soutien collectifs, d’assurer le bien-être de tous nos parents en une association volontaire non-hiérarchique, et d’entreprendre l’action directe, a toujours été traduit facilement en Diné Bizáad (langue Navajo). T’áá ni’ínít’éego t’éiyá est une traduction de cette idée d’autonomie. Nahasdzáán dóó Yádiłhił Bitsąądęę Beenahaz’áanii (l’ordre naturel de notre mère la terre et notre père le ciel) est la base de notre mode de vie. Beaucoup de jeunes sont encore élevés dans l’enseignement de t’áá hwó’ ají t’éego, ce qui signifie que ça va dépendre de vous, que personne ne le fera pour vous. Ké’, nos relations familiales, nous guide afin que personne ne puisse être laissé à lutter pour lui-même, c’est la base de notre mutualité avec toute existence, pas seulement les êtres humains.

Notre culture est notre préfiguration.

Je dis cela pour montrer que les principes de l’anarchisme ne sont absolument pas étrangers aux manières d’être Autochtones : une vie harmonieuse sans coercition, fondée sur l’aide mutuelle et l’action directe.

L’Anarchisme fait partie des rares projets (anti)politiques qui peuvent être configurés par nos enseignements et rester intact. C’est peut-être pourquoi des Peuples Autochtones se sont soit identifiés comme Anarchistes ou ont trouvé des connexions dans leurs affinités avec l’Anarchisme. Considérons les collectifs autonomes et les actions antiautoritaires de Peuples Autochtones partout dans le monde, et nous y trouvons une incroyable quantité d’exemples brillants. Nous pourrions facilement détailler les principes de l’anarchisme et comparer, mais nous résistons à cette idée, simplement parce qu’ils n’ont pas besoin de se justifier par comparaison avec une quelconque idéologie politique. Quoique nous pourrions étudier des textes, des documents historiques et des histoires orales et y démêler des anarchismes, nous rejetons cette sorte de tourisme anthropologique politique.

Globalement, à beaucoup d’égards, l’anarchisme parait être ce que nous faisons déjà. Alors, quelle utilité y a-t-il pour nous de développer une affinité formelle ou d’en tirer une identité politique ?

Bien que nous puissions passer en revue la généalogie de projets politiques gauchistes comme l’Anarchisme ou le Marxisme et découvrir des inspirations Autochtones limitées pour ces idéologies (Mutual Aid : A Factor of Evolution, de Kropotkine, en étant un excellent exemple), il n’y a jamais eu qu’une poignée de penseurs et écrivains Autochtones qui ont exprimé leurs positions en reliant les voies Autochtones et l’anarchisme de façon plus formelle. Dans la série de textes sur l’Anarchisme Autochtone, seuls les deux essais d’Aragorn! : Locating an Indigenous Anarchism (2005) et A Non-European Anarchism (2007), et le livre de Taiaiake Alfred de 2005 : Wasáse : indigenous pathways of action and freedom, parlent plus directement d’un anarchisme Autochtone.

Tandis qu’Aragorn! présentait les premiers principes de l’Anarchisme Autochtone : « Tout est Vivant, l’Ascendance de la Mémoire, et Partager c’est Vivre, » il rejetait une immobilisation de la position Anarchiste Autochtone et défiait les méthodes par lesquelles les universitaires, particulièrement les anthropologues, avaient essayé de domestiquer l’Anarchisme Autochtone.

Dans son livre de 2005, Wasáse : indigenous pathways of action and freedom, Taiaiake Alfred parlait d’« anarcho-Indigénisme. » Il expliquait pourquoi il trouvait que ce terme est approprié pour désigner une « philosophie politique concise ». Il écrivait : « Les deux éléments qui viennent à l’esprit sont autochtone, qui évoque l’enracinement culturel et spirituel dans ce pays et la lutte Onkwehonweh pour la justice et la liberté, et la philosophie politique et le mouvement qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique, et engagé à l’action pour forcer le changement : l’anarchisme ». Il observait aussi : « …des points communs stratégiques entre les façons autochtone et anarchiste de voir et être dans le monde : rejet des alliances avec des systèmes d’oppression légaux, non-participation dans les institutions qui structurent la relation coloniale, et conviction de pouvoir apporter le changement par l’action directe, la résistance physique et les confrontations avec le pouvoir étatique. »

Les analyses d’Aragorn! et d’Alfred sont sorties en même temps, avec des conclusions différentes. Alfred fétichisait la non-violence et appelait au changement révolutionnaire par la résurgence spirituelle, tandis qu’Aragorn!, qui était un anarchiste sans adjectifs, préconisait la patience.

A la suite de ces ouvertures, d’autres ont été exprimées, certaines moins claires que d’autres.

En 2007, Táala Hooghan Infoshop a été établie (j’étais moi-même un des nombreux « fondateurs ») comme espace anticolonial et anticapitaliste par de jeunes Autochtones à Kinłani occupé (Flagstaff, Arizona), avec comme déclaration : « Nous sommes un collectif établi par des Autochtones, basé sur la communauté et géré par des bénévoles, consacré à affronter et surmonter de manière créative les injustices sociales et environnementales dans les territoires occupés de Flagstaff et de la région autour. » En 2013, j’ai aidé à accueillir « Le Feu à la Montagne », qui était un salon du livre anticolonial et anarchiste. C’est aussi le lieu où nous avons organisé (un petit collectif temporaire, en quelque sorte) en 2019, une Convergence Anarchiste Autochtone. Dans L’Anarchisme est mort ! Vivi l’ANARCHIE ! (2009) Rob Los Ricos, qui a une forte affinité avec les critiques anti-civilisation, affirme que « La plus grande erreur de l’idéologie occidentale est que les humains seraient séparés de – et en quelque sorte supérieurs – au monde naturel », mais il ne propose pas de perspective Autochtone. Il exprime ce « pour » quoi l’anarchisme devrait être selon lui (une race, centré sur la terre, etc.) et averti les anarchistes de se méfier du progrès, « Si la vision du progrès des Lumières peut être interprétée comme une idéologie de l’annihilation de la vie sur Terre, dans la poursuite de bénéfices financiers, alors l’anarchisme ne peut être qu’une forme plus démocratique du génocide-euthanasie mondial. »

En 2010, un bloc anti-autoritaire a été appelé à intervenir dans une manifestation contre un flic fasciste appelé Joe Arpaio, organisée par des groupes progressistes de justice pour les migrants, en territoire occupé Akimel O’odham et Pi-Posh (Phoenix, Arizona). Ça a été appelé le Bloc Anarchiste Diné et O’odham, à cause de sa composition d’Autochtones et de non-Autochtones anti-autoritaires. L’appel pour le bloc disait « Nous sommes une force autonome, anticapitaliste qui exige la liberté de mouvement et l’arrêt du démembrement forcé pour tous… Nous rejetons catégoriquement le gouvernement et ceux qui s’organisent avec ses agents. De même, nous nous opposons à la tendance de certains, dans le mouvement pour les immigrants, de faire la police contre les autres membres, retournant les jeunes contre les militants du mouvement et ceux dont la vision du changement social va au-delà de la perspective limitée des dirigeants du mouvement. Leurs objectifs sont considérablement en-dessous de la libération totale, et nous exigeons nécessairement plus. Aussi, nous objectons fermement à l’idée selon laquelle un mouvement ait besoin de dirigeants sous la forme de politiciens, qu’ils soient des personnalités du mouvement, des flics auto-proclamés ou des officiels élus. Nous sommes responsables vis-à-vis de nous-mêmes et de chacun d’entre nous, mais pas vis-à-vis d’eux. Les politiciens n’y trouveront pas un terrain d’élection pour leurs machinations et leurs manipulations. Ils ne nous sont d’aucune utilité. Nous sommes antipolitiques. Nous ne négocierons pas avec le Capital, l’Etat ou ses agents. »

Le bloc a été ciblé et sévèrement attaqué par la police, et cinq personnes ont été arrêtées. Comme on pouvait s’y attendre, les groupes à but non-lucratif pour la justice des migrants ont dénoncé le bloc comme « agitateurs extérieurs », ils ont prétendu que le bloc s’était lui-même attiré la violence qu’il avait subi. Ces prétendus « agitateurs de l’extérieur » étaient des Anciens et des jeunes Autochtones de la région et leurs complices.

En 2011, Jacqueline Lasky avait compilé une collection d’essais inspirés par le travail d’Alfred, intitulée Indigénisme, Anarchisme, Féminisme : Une structure émergeante pour Explorer les Futurs Post-Impériaux. Lasky suggérait « …les tentatives anarch@indigenisme de connecter les idées critiques et les visions de futurs post-impériaux de manières non-hiérarchiques, déstabilisantes pour les autorités étatiques, entre autres des manières multiples ou plurielles d’être dans le monde, et respectueuses d’organismes autonomes d’identité personnelle collective. »

Dans un essai de 2012, Cante Waste exprimait de l’intérêt dans un Egoïsme Autochtone : « Je ne reconnais aucune personne détenant de l’autorité sur moi, ni n’aspire à une quelconque idéologie. Je ne suis pas influencé par le devoir, parce que je ne dois rien à personne. Je ne suis dévoué à rien d’autre que moi-même. Je ne souscris pas aux normes civilisées ou à des règles morales, parce que je ne reconnais aucun Dieu ni religion… Les anarchistes égoïstes ont déclaré la guerre à la société, à la civilisation. »

La transcription d’un discours puissant de Tawinikay en 2018, a été publié dans une brochure intitulée Autonome et avec Conviction : Le Refus d’un Métis d’une Réconciliation Dirigée par l’Etat, qui disait « L’Anarchisme est une philosophie politique – certains pourraient dire une belle idée – qui croit en sociétés auto-gouvernées fondées sur l’association volontaire les uns avec les autres. Elle prône la prise de décision non-hiérarchique, la participation directe des communautés concernées à ces décisions, et l’autonomie de toutes les personnes vivantes. De plus, elle laisse de la place pour la valorisation d’entités non-humaines, au-delà de leur valeur marchande ou de leur utilité aux êtres humains. Mes enseignements Autochtones m’ont appris que nos communautés sont importantes, mais nous aussi en tant qu’individus. Les modes de vie traditionnels voyaient la prise de décision comme un processus participatif, fondé sur le consensus, dans lequel les communautés faisaient leurs choix ensemble. Mes enseignements me disent que la terre peut nous donner ce dont nous avons besoin, mais qu’il ne faut jamais prendre plus que cela. Je vois ces idées comme fondamentalement compatibles. J’aimerais voir une anarchie de mon peuple et l’anarchie des colons (aussi mon peuple) réalisées ici, ensemble, côte à côte. Avec une distribution du pouvoir égalitaire, chacun entretenant des relations saines, agissant selon ses propres idées et sa propre histoire. Comme l’imaginait le [Wampum à] Deux Rangs [représentant la Constitution de la Confédération Haudenosaunee, « Iroquoise »]. J’aimerais voir l’état centralisé du Canada démantelé. J’aimerais voir les communautés prendre leurs responsabilités et s’organiser en l’absence de la soi-disant autorité centrale. »

Il y a beaucoup d’autres exemples et d’actions à citer, comme l’Etat Libre de Minnehaha en 1998 et les actions Transformer le Jour de Colomb au cours des années 1990 à soi-disant Denver, mais beaucoup étaient des alliances avec des anarchistes plutôt que des affirmations d’anarchie Autochtone.

Tandis que les anarchistes Autochtones se sont longtemps exprimés étant déplacés dans des contextes urbains où l’anarchisme se manifeste sous différentes formes comme phénomène contre-culturel, dans des lieux comme des infoshops, De la Nourriture Pas des Bombes [Food Not Bombs], des concerts punks, des squats, des jardins de guérilla, des collectifs d’aide mutuelle, des groupes d’action directe, etc., on les trouve aussi dans les mesas, les canyons, les champs de maïs et les montagnes sacrées.

Nous présentons ces expressions, mentionnées ci-dessus, d’Anarchisme Autochtone comme lien avec une discussion continue qui est beaucoup plus intéressante que tout ce que nous pourrions exprimer dans les textes de cet essai ou que ce que nous pourrions attendre de n’importe quels livres sur le sujet.

Ce sentiment était largement partagé, après la Convergence Anarchiste Autochtone de 2019, à Kinłani occupé, comme un Diné anonyme l’a écrit après, dans le rapport Le Feu Marche avec Moi [Fire Walk with Me], « … l’anarchisme Autochtone que j’ai vu était en quelque sorte étranger et surtout peu attrayant… Je crois que les gens vont faire évoluer cet anarchisme Autochtone. Une idéologie assez brève pour les histoires d’Instagram, des tweets de 280 caractères maximum, et un vibrant art sérigraphié, pardon, mèmes. Un mouvement assez global pour essentialiser une lutte raciale, humaniste et matérielle de l’indigénéité, pour que d’autres puissent confortablement parler pour toute voix absente. Une résistance assez monolithique pour que les pouvoirs puissent identifier facilement, puis réprimer tous les anarchistes Autochtones. » Le rapport ajoutait « Le potentiel que j’ai découvert à la convergence, c’était les particularités de l’anarchie Diné… Je suggère que l’anarchie Diné ajoute un choix d’attaquer. Un assaut contre notre ennemi qui affaiblisse sa mainmise, non seulement sur notre monde scintillant, mais sur les mondes d’autres. Une opportunité pour l’anarchie des Ndee, des O’odham, etc., d’exiger la vengeance de leurs colonisateurs. Jusqu’à ce que tout ce qui reste à faire pour les anarchistes Diné, soit de dissuader l’approbation de la prochaine idole qui s’attendra à notre obéissance. »

Comme Aragorn! écrivait dans Un Anarchisme Non-Européen, « La formation d’un anarchisme non-européen n’est pas tenable. Le terme indique un mouvement général, alors que le but est une série infinie de mouvements disparates. Un anarchisme non-européen est l’esquisse d’onglets de ce que pourrait être un anarchisme africain, un anarchisme des maquiladoras, un anarchisme des Indiens des Plaines, un anarchisme cultivé dans les centres-villes, etc. Une catégorie devrait exister pour chaque groupe de gens autodéterminés pour former leur propre interprétation d’un anarchisme non-européen. »

Nous pensons qu’une exploration plus profonde de l’Anarchisme Autochtone se fera de deux façons : l’une sera effectuée par des universitaires militants (Autochtones et colons), d’un point de vue anthropologique et philosophique, totalement déconnectée de ceux qui sont plus près du feu de l’autonomie dans nos territoires (et c’est clairement la voie que nous rejetons), l’autre sera brouillonne, audacieuse, féroce, expérimentale, pleine de contradictions. Elle sera partagée dans la fumée autour de feux, exprimant des rêves. On la trouvera entre des fermetures d’oléoducs, le bris de vitrines de grandes compagnies, et des cérémonies. Ça se passera dans des hooghans et des terrains de caravanes. Ce sera quelque chose qui refuse de tout son être d’être immobilisé, d’être fourré dans les plis du connaissable, d’être une extension de l’ordre, des idées et de l’existence coloniaux. Ça se rendra inconnaissable.

C’est dans cet esprit que nous proposons les provocations, les affirmations, les pensées et les questions suivantes, pas comme conclusion mais comme invitation à continuer cette discussion, si nous devons nous orienter en tant que Peuples Autochtones qui sont aussi Anarchistes.

Une Force de la Nature Ingouvernable

Les Anarchistes Autochtones sont une force de la Nature ingouvernable. Nous maintenons qu’aucune loi ne peut être au-dessus de la nature. Ce qui veut dire que la façon dont le pouvoir est équilibré et comment nous nous organisons socialement est un ordre qui découle de et avec Nahasdzáán (Notre Mère la Terre). C’est ce à quoi nous devons rendre des comptes et nous tenons pour responsables. Notre affinité est avec les montagnes, le vent, les fleuves, les arbres et autres êtres, nous ne serons jamais les patriotes d’un quelconque ordre social politique.

En tant que force, nous défendons, protégeons et prenons l’initiative de frapper.

Notre projet est de remplacer le principe d’autorité politique par le prince de mutualité Autochtone autonome. Vivre une vie en conflit avec les contraintes autoritaires sur une terre volée et occupée, est la négation de la domination du colonialisme de peuplement.

C’est aussi une négation de tout ce qui est imposé par les colons, et de leurs cartographies sociales de genre, de rôles genrés, de capacités, de qui est ou n’est pas Autochtone, des frontières, de religion, de tradition (en tant que contrainte temporelle, pas dans le sens culturel vivant du terme), d’éducation, de médecine, de santé mentale, etc.

Avant l’invasion coloniale de ces terres, les sociétés Autochtones existaient sans l’Etat. Bien que des conflits inter-Autochtones d’intensité et d’échelle variables se soient produits, nous en acceptons les implications négatives en dépit des « relativismes culturels. » Là où des gens de la terre ont tendu vers la domination, il y a des récits puissants et des cérémonies qui les ont ramenés dans le cercle de la mutualité.

Nous avançons que, dans l’éclatante incompatibilité entre les conceptions de l’anarchisme et l’existence Autochtone, un espace se révèle où nous pouvons nous débarrasser de la peau empoisonnée de l’intrication politique formelle dans l’ordre social dominant. De cette façon, nous voyons l’anarchisme comme une sorte de pont dynamique. Une série d’idées radicales (comme dans la négation totale) qui constituent un point de connexion entre la lutte anticoloniale et la libération Autochtone. Une pratique qui exprime et affirme l’autonomie en ce qui concerne le contexte de l’endroit où elle se situe. C’est une connexion antagoniste entre le point où nous sommes dépossédés et dirigés, et un point vers la libération et l’autonomie. En tant que rejet de tous les systèmes de domination et de coercition, c’est en quoi l’anarchisme est utile pour la libération Autochtone qui nous intéresse. Plus particulièrement, c’est dans sa condamnation de l’état et son rejet total que nous lui trouvons le plus d’utilité. L’anarchisme Autochtone est un engagement à détruire la domination et l’autorité, ce qui inclut le colonialisme, le suprématisme blanc, l’hétéro-patriarcat, le capitalisme et l’Etat.

Nous pensons au-delà de la solidarité des nationalismes (car c’est le prédicat de l’internationalisme) et demandons à nos parents de prendre en considération la solidarité de mutualité avec la Terre et tous les êtres. Que notre solidarité est projetée de notre relation avec la Terre. Notre solidarité vise plus que de simples intersections, elle est centrée sur l’interrelationalité.

Nous ne cherchons pas à « indigéniser » l’anarchisme, ou à changer ce qui n’est pas notre pensée en quelque chose qui marche pour nous. Ce genre d’appropriation est relative à l’assimilation, et nous n’y voyons pas d’intérêt. Nous ne cherchons pas à « décoloniser » l’anarchisme simplement parce que nous n’en partageons pas la généalogie. Ce que nous aimerions avancer, c’est que nous avons déjà prononcé et localisé un Anarchisme Autochtone, et il ne peut pas et ne doit pas exister. L’anarchisme Autochtone présente la possibilité d’attaquer ; c’est l’incarnation de la lutte et de l’être anticolonial.

Notre projet n’est pas de traduire le mot anarchisme dans des langues Autochtones, comme l’ont fait tant d’autres façons de penser missionnaires, mais de construire des voies avec lesquelles nous pouvons mettre fin aux relations de coercition dans nos vies quotidiennes. Les idéologies politiques gauchistes sont un stade non nécessaire vers la libération Autochtone. Nous ne faisons pas allégeance à des politiques coloniales.

La question de l’anti-autoritarisme nous mène aussi au-delà des pièges du pan-indigénisme. Quand nous posons des questions critiques, « Quelles hiérarchies existent dans nos manières d’être distinctes ? » et « Quelles traditions ou savoir culturel privent les membres de nos sociétés de leur autonomie ? », nous résistons aux pièges anthropologiques temporels qui cherchent à préserver des vestiges sociaux à un point fixe.

La notion de vie sans contrainte autoritaire n’appartient pas à un groupe parce qu’il s’est trouvé prononcer des mots Grecques morts, ni n’est dû à la succession de penseurs et de praticiens dans sa belle et trouble généalogie. Elle n’appartient à personne, donc à tout le monde. Elle a été au bord de nos lèvres aussi longtemps que quiconque a essayé de dominer, contrôler et exploiter notre être et d’autres. Elle a coulé de nos pensées et contracté nos muscles pour sciemment tirer ou repousser.

Nos relations sociales ont eu peu de distractions, entre ce que nous voulons et comment nous vivons de génération en génération.

Nous affirmons que toute matrice politique formalisée et théorisée consiste à la base de manipulations, de coercition et d’exploitation. Notre existence n’est médiatisée par aucune force dominante ou autorité. Nous ne sommes pas intéressés par la fabrication d’arrangements sociaux, nous sommes intéressés par des formations inspirées, des agitations, des interventions et des actes vers la libération totale.

Nous ne sommes pas préoccupés par l’imposition d’une identité ou d’une catégorie sociale, nos ennemis peuvent nous appeler comme ils veulent, jusqu’à ce que leur monde s’effrite autour d’eux. Pour nous, ce n’est pas un passe-temps de les convaincre de quoique ce soit, notre intention est de faire tout ce qui est possible par n’importe quels moyens efficaces pour en finir avec la domination de notre Mère la Terre et de tous ses êtres.

Si l’anarchie c’est « l’idée révolutionnaire que personne n’est plus qualifié que vous pour décider de ce que sera votre vie », nous avançons que les Anarchistes Autochtones considèrent comment le « vous » et le « nous » font profondément partie de notre mutualité avec toute existence.

Le Regroupement/Tisser à Nouveau

Notre incohérence est radicale.

Seulement par l’expérience, vous comprendrez ce qui se passe dans une cérémonie.

Quand nous demandons « pourquoi sommes-nous dépossédés et par quelles forces ? » il est naturel que la question qui suit soit « que peut-on y faire ? »

La civilisation et l’état sont des mythes que les colonisateurs se disent à eux-mêmes et forcent les autres à croire. C’est leur rituel de pouvoir, leur prière est du temps. L’imagination du colon, l’esprit civilisé, est toujours hanté par tout ce qu’en eux ils ont tué. Leur Etat, leur civilisation toute entière, existent au bord du précipice. Leur instabilité est la possibilité qu’on peut faire s’étendre. Quand leur esprit est attaqué et corrompu, ils échouent. Quand nous nous débarrassons du langage de la non-violence et saisissons notre dépossession, on voit plus clairement comment précipiter cet échec vital. Quand leur imagination ne peut pas se justifier devant ses brutalités, ça devient si mauvais et effrayé que ça attaque et se consume soi-même.

Le mythe se termine en une puissante incrédulité révélatrice.

Na’ashjé’ii Asdzáá parle toujours. Elle partagea sa fascination et nous avons commencé à tisser, elle dit que si nous avons oublié, elle nous l’enseignera à nouveau. La restauration est elle-même une cérémonie. Nous tirons sur le fil et nous détachons, nous-mêmes et les uns les autres. Nous défaisons une histoire et retissons. C’est la structure de la tempête, elle est portée par des vents sacrés.

Quand elle nous bénit et que notre souffle se mêle aux souffles de nos ancêtres, nous sommes retissés et enveloppés dans la beauté. On nous rappelle, « Il n’y a d’autorité que de la nature. »

Hwee’díí’yiń déé’ haazíí’aanii, éi’ ńí’hxéé’ bééhaazíí’ áánįį aat’eeh. Baalagaana, Bíí’ Laah’ Áshdlaa’ii, bééhaazíí’ áánįį bíí’jíí’ niinii, éi’ dóh’ áálįįdaa’.


Klee Benally
Indigenous Action Media
24 février 2022
Traduction Christine Prat, CSIA-Nitassinan

« Toute ligne qui a été tracée par n’importe quel gouvernement, est une cicatrice sur la terre, gravée avec le sang des gens. »

Le récent conflit en Ukraine et les chiens de guerre* [« War Dogs »] qui, l’écume aux lèvres, battent les tambours nationalistes d’une autre guerre que certains mondes livrent, est la guerre permanente que certains refusent de voir qu’elle se fait tous les jours.

C’est la guerre qui fait comment les nations (et leurs politiques, quelle qu’en soit la forme) existent.

De la Palestine à Big Mountain et au-delà, l’ « histoire » moderne est écrite dans le sillon des lignes nationales avec le sang du peuple. Des lignes tracées sur des cartes aux oléoducs, ils se nourrissent du sang de la terre.

Les impérialistes se montrent mutuellement du doigt et se l’enfoncent dans la gorge.

Employant toute une série de vomitifs. Crevant les yeux pour trouver « le vrai ennemi ». Ils se rassemblent où ils sentent l’odeur de la mort, parce que leurs affinités sont celles des vautours.

Des sanctions ? Bien sûr, puisque le capitalisme a toujours été une arme.

Il fut un temps où l’histoire semblait être née au ralenti, et maintenant, le colonialisme et l’impérialisme sont diffusés en direct dans nos mains, pendant que nous essayons de dormir. CNNMSNBCFOX et autres assemblages de lettres [TF1BFMCNEWSFRANCEINFO…], rivalisent pour saisir et contrôler ce qui nous reste d’imaginations fracturées par les économies de l’attention… et nous saignons et déféquons le tout dans les moyens électroniques (contrôlés par les grandes entreprises).

Il y a ceux d’entre nous qui gardons nos ongles affutés et auxquels le contexte n’échappe pas. Nous jouons dans les cendres des empires passés, et nous conspirons.

* « War Dogs » film dont le titre a été traduit au Québec par « Chiens de Guerre », mais est resté « War Dogs » en France.

Chanson de Klee Benally sur l’occupation et la déportation, 2013, sous-titres français
https://vimeo.com/78662358

Chanson de Klee Benally contre les frontières et les murs, 2013, sous-titres français, enregistrée à la ZAD, Notre-Dame-des-Landes
https://vimeo.com/83388906

#nonations #noborders
#smashcolonialism
#smashimperialism