Christine Prat, CSIA-Nitassinan
13 novembre 2022
Photos Max Wilbert

Les photos de la région de Thacker Pass sont de ©Max Wilbert et sont utilisées avec sa permission. Utilisation commerciale interdite, diffusion du message fortement encouragée.

Les médias publics français ne parlent que rarement des Autochtones d’Amérique du Nord, et toujours au passé : ils ont été exterminés, c’est triste mais on n’y peut rien. Lorsqu’ils doivent parler des plus de 1000 tests de bombes atomiques dans le Nevada, ils précisent que c’est dans un désert inhabité ! À seulement quelques dizaines de kilomètres de la région la plus peuplée du Nevada… Evidemment, ils ne parlent jamais du projet de site d’enfouissement profond de déchets hautement radioactifs, au même endroit, ça rappelle trop Bure. Même chose pour le projet de mine de lithium à Thacker Pass, dans le nord du Nevada, la France veut en creuser dans le Massif Central.

Hélas, j’ai remarqué que même les Français qui s’intéressent aux Autochtones d’Amérique du Nord, s’intéressaient beaucoup moins aux menaces de mines de lithium qu’aux autres problèmes. Croient-ils ce que dit France-Culture ? Ou comptent-ils déjà acquérir un véhicule électrique et préfèrent ne pas savoir que ça pollue autant que les voitures à essence ?

Les mines de lithium polluent et détruisent l’environnement. Le lithium est en soi toxique, et l’extraction de quelque minerai que ce soit se fait en utilisant des produits dangereux. L’extraction du lithium et le traitement du minerai exigent l’utilisation de milliards de litres d’eau – dont une partie reste polluée pour au moins 300 ans – et ça laissera un tas de déchets gigantesque, selon un article du New York Times de 2021. Le fonctionnement de la mine devrait brûler plus de 98000 litres de diesel par jour. Ça exige aussi la construction de routes pour le transport, l’utilisation de camions au diesel, etc. C’est autant de territoire détruit pour une faune et une flore rares et menacées. L’article du New York Times dit : « Les voitures électriques et l’énergie renouvelable pourraient ne pas être aussi vertes qu’elles paraissent. La production de matériaux comme le lithium, le cobalt et le nickel, qui sont essentiels pour ces technologies, est souvent désastreuse pour le sol, l’eau, la vie sauvage et les gens. »

Thacker Pass est un site sacré et historique pour les Paiutes de la région, en 1865 la Cavalerie y a commis un massacre. Les compagnies explorent la région depuis 2007 et maintenant, l’autorisation du projet est accélérée. Les habitants n’ont pas été consultés convenablement. Des Autochtones, des groupes écologistes et un rancher de la région sont allés en justice. Ils ont besoin de soutien. Faire connaître le problème au maximum est déjà un moyen de pression. Pour plus de détails sur Thacker Pass et les mines de lithium, voir l’article de Max Wilbert, écologiste, auteur et photographe, traduit en français sur ce site.

Cartes des régions citées:

 


Will Falk
Censored News
9 août 2022
Traduction Christine Prat, CSIA-Nitassinan

ORVADA, Nevada (9 août 2022) – Depuis plus d’un an, des tribus Indiennes du Nevada et de l’Oregon ont accusé le Bureau d’Aménagement du Territoire (BLM) de bâcler la consultation des tribus pour le projet de mine de lithium de Lithium Nevada Corp à Thacker Pass, et de ne pas prendre en considération des sites sacrés pour les Autochtones et le site d’un massacre de 1865.

Ces allégations se révèlent exactes, vu que le BLM informe maintenant les tribus de la zone de ce qu’ils ont « découvert » cinq « nouveaux » sites historiques à Thacker Pass, y compris le site du massacre. Le BLM doit maintenant légalement rouvrir la consultation tribale à propos des nouveaux sites, ce qui pourrait suspendre la construction pour des mois.

Entretemps, dans une lettre récente à la Colonie Indienne de Reno-Sparks, le Groupe de Recherche Anthropologique du Far West (Farwestern, responsable de l’étude archéologique à Thacker Pass) révèle qu’ils « étaient absolument conscients de ce terrible évènement (le massacre de 1865) dès le début de [leur] travail d’étude. »

Cependant, ni le BLM ni le Groupe du Far West n’ont inclus le massacre dans des documents publiques tels que la Déclaration d’Impact Environnemental, ce qui se révèle être une violation flagrante de la loi. Le massacre n’est devenu publique que quand la Colonie Indienne de Reno-Sparks a découvert que le BLM possédait des fichiers sur le massacre dans son propre Bureau des fichiers du Pays [General Land Office records], qui sont exigés par la loi pour étude avant d’accorder des permis pour la mine.

Les Tribus ont appelé ça une « dissimulation » et de possibles violations de la Loi sur la Protection et le Rapatriement des Tombes Autochtones, de la Loi Nationale de Préservation Historique, et de la Loi de Politique Environnementale Nationale.

Des membres des tribus ont comparé la destruction de Thacker Pass avec la destruction au bulldozer du Cimetière National d’Arlington.

« Le BLM, Far Western et Lithium Nevada étaient au courant du massacre du 12 septembre 1865, mais l’ont caché au public » dit l’avocat Will Falk, qui représente la Colonie Indienne de Reno-Sparks dans une plainte contre le BLM pour avoir autorisé la mine. « Nous soupçonnons que le BLM s’est aperçu de la controverse autour de la décision de détruire les lieux de dernier repos de dizaines de Paiutes assassinés par des soldats fédéraux, et a espéré pouvoir introduire la mine en douce avant que les tribus ou le public ne s’en aperçoivent. »

Le projet de mine à Thacker Pass couvrirait au moins 7000 hectares et les populations locales, les tribus de la région et les écologistes s’y opposent farouchement. La mine à ciel ouvert couperait les trajets de migration des antilopes d’Amérique, perturberait la reproduction de l’aigle d’or, passerait au bulldozer l’habitat du tétras des armoises [greater sage grouse] menacé, et pomperait plus de 18 millions de litres d’eau par jour. Les résidents s’inquiètent des effets de la pollution et de l’affluence de travailleurs venus d’ailleurs qui pourraient amener des drogues et des agressions sexuelles dans la communauté.

Le 12 septembre 1865, l’Armée US a lancé une attaque surprise sur un camp Paiute du Nord, à l’est de Thacker Pass, tuant entre 30 et 70 hommes, femmes, enfants et vieillards Autochtones qui s’enfuyaient vers des abris. Un survivant est connu d’après des récits écrits, et deux autres par des histoires orales. Ils ont fui vers le nord-est, plus près du site du projet de mine. Aucun soldat de l’Armée US n’a été tué.

La Colonie Indienne de Reno-Sparks, la Tribu Burns Paiute d’Oregon, et la Colonie Indienne de Winnemucca ont tous témoigné devant une cour fédérale qu’ils n’avaient jamais été consultés sur le projet de mine de Thacker Pass, en dépit de connexions culturelles, historiques et spirituelles fortes avec le site. Les tribus ont affirmé qu’à cause des manques de consultation du BLM, Lithium Nevada allait détruire des propriétés culturelles et historiques traditionnelles si la compagnie construisait la mine.

Du fait de la forte concentration d’objets archéologiques Amérindiens, de camps traditionnels, d’un ancien site de récolte d’obsidienne, de sites sacrés, et du site du massacre de 1865, la Colonie Indienne de Reno-Sparks a demandé au BLM de classer tout Thacker Pass comme district historique éligible pour être inscrit au Registre National des Sites Historiques. Cette désignation pourrait forcer le BLM à engager des consultations plus substantielles avec les tribus Indiennes et à réévaluer la zone du projet à Thacker Pass.