{"id":5877,"date":"2020-05-09T22:41:35","date_gmt":"2020-05-09T20:41:35","guid":{"rendered":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=5877"},"modified":"2020-05-13T15:02:59","modified_gmt":"2020-05-13T13:02:59","slug":"kim-obomsawin-abenaki-quand-je-parle-de-la-solution-finale-qui-a-inspire-les-nazis-et-de-la-mise-en-place-de-reserves-qui-a-inspire-lapartheid-c","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=5877","title":{"rendered":"KIM O\u2019BOMSAWIN, ABENAKI : QUAND JE PARLE \u00ab DE LA \u2018SOLUTION FINALE\u2019 QUI A INSPIRE LES NAZIS, ET DE LA MISE EN PLACE DE RESERVES QUI A INSPIRE L\u2019APARTHEID, C\u2019EST BIEN DU CANADA DONT JE PARLE \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/displayimage.php?album=65&amp;pid=1911#top_display_media\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone \" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/albums\/concerts%20france\/KimO-01small.jpg\" width=\"599\" height=\"405\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?attachment_id=4998\" rel=\"attachment wp-att-4998\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-4998\" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/wp-content\/uploads\/OneLineFilling.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"10\" srcset=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/wp-content\/uploads\/OneLineFilling.jpg 600w, https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/wp-content\/uploads\/OneLineFilling-300x5.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Kim O&#8217;Bomsawin<br \/>Journ\u00e9e Annuelle de Solidarit\u00e9 du CSIA-Nitassinan<br \/>12 octobre 2019<br \/><em>Transcription et photos Christine Prat, CSIA<br \/><\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/displayimage.php?album=65&amp;pid=1885#top_display_media\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft \" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/albums\/concerts%20france\/chr-62905.jpg\" width=\"264\" height=\"176\" \/><\/a>Pr\u00e9sentation par Aur\u00e9lie Journ\u00e9e-Duez, Pr\u00e9sidente du CSIA : Les questions qui ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es nous donnent l\u2019occasion de parler de cette question du d\u00e9s-ancrage, \u00e0 la fois pour les Peuples Autochtones en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 fortiori pour les femmes. Les colonisateurs ne voulaient pas avoir affaire aux matriarches. On se rend bien compte que le colonialisme, le capitalisme, n\u2019aiment pas le matriarcat et les femmes Autochtones cumulent les facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Kim O\u2019Bomsawin est r\u00e9alisatrice Ab\u00e9naquise du Canada. Elle a une maitrise en sociologie et ensuite, ce qui\u00a0lui a permis de d\u00e9buter sa carri\u00e8re de documentariste, elle a fait plusieurs s\u00e9ries, \u00e0 la fois comme sc\u00e9nariste et \u00e0 la r\u00e9alisation. Son premier documentaire s\u2019appelle \u00ab\u00a0La ligne rouge\u00a0\u00bb, \u00e7a aborde la question de la jeunesse Autochtone dans les milieux du sport et plus sp\u00e9cifiquement du hockey. Aujourd\u2019hui elle nous fait l\u2019honneur d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente pour nous parler de sa vision, de son parcours et de son film \u00ab\u00a0Ce Silence Qui Tue\u00a0\u00bb qui revient justement sur les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses de ce d\u00e9s-ancrage territorial qui a \u00e9t\u00e9 concr\u00e9tis\u00e9 dans les \u00ab\u00a0pensionnats Indiens\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9coles r\u00e9sidentielles\u00a0\u00bb qui sont \u00e0 l\u2019origine de nombreux bouleversements des organisations sociales dans les familles Autochtones du Canada. Et aussi \u00e0 l\u2019origine de nombreux f\u00e9minicides, mais pour cela, je vais lui laisser la parole.<\/em><\/p>\n<p><strong>Kim O\u2019Bomsawin<\/strong><\/p>\n<p>Merci. <em>[Elle remercie en anglais Michelle Cook et Hartman Deetz pour leurs interventions]<\/em> Malheureusement, je n\u2019ai pas une histoire beaucoup plus rose \u00e0 vous raconter. Mes coll\u00e8gues ont d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9ments de nos histoires que nous partageons.<\/p>\n<p>Donc, je m\u2019appelle Kim O\u2019Bomsawin, je suis Ab\u00e9naquise, issue de la communaut\u00e9 d\u2019Odanak. Mais je pourrais aussi me pr\u00e9senter ainsi\u00a0: alors voil\u00e0 ce qui m\u2019a d\u00e9finie en tant qu\u2019Indienne, c\u2019est mon certificat de statut d\u2019Indien, mon num\u00e9ro de registre est 0720169401. Je refuse de m\u2019en souvenir par c\u0153ur.<\/p>\n<p>Donc c\u2019est un peu l\u2019histoire que j\u2019aimerais partager avec vous aujourd\u2019hui. J\u2019ai abouti sur ce panel un peu par hasard, donc j\u2019essaie de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que je vais vous raconter parce que je suis r\u00e9alisatrice, mon job c\u2019est avant tout de donner la parole \u00e0 des militants comme Hartmann et Michelle. Mais j\u2019ai tout de m\u00eame beaucoup de choses \u00e0 vous raconter.<\/p>\n<p>Ce dont j\u2019avais envie de vous parler, et il y a un documentaire qui va sortir bient\u00f4t chez nous, qui aborde la question du g\u00e9nocide. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de l\u2019enqu\u00eate sur les femmes Autochtones assassin\u00e9es ou disparues qui a eu lieu au Canada. Malheureusement elle n\u2019a pas pu avoir le succ\u00e8s qu\u2019elle aurait d\u00fb avoir, parce que le gouvernement Trudeau a refus\u00e9 de reconduire le mandat des commissaires. L\u2019enqu\u00eate s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e sur deux ans. L\u2019objectif \u00e9tait de rencontrer toutes les familles des victimes. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement difficile, cette enqu\u00eate, et au final on est arriv\u00e9 avec plein de conclusions int\u00e9ressantes et importantes, et pour les commissaires, c\u2019est tr\u00e8s important qu\u2019on arr\u00eate de se mettre en peine ensemble et de parler de \u2018g\u00e9nocide culturel\u2019, mais d\u2019appeler les choses par leur nom et parler de g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Chez nos Peuples \u2013 les Ab\u00e9naki font partie du grand Peuple Wabanaki \u2013 nous \u00e9tions, avant l\u2019arriv\u00e9e des premiers bateaux, des millions sur le territoire, nous sommes maintenant, chez les Ab\u00e9naki, quelques milliers. Sur quelques centaines d\u2019ann\u00e9es. Donc il n\u2019y a jamais eu de doute dans ma t\u00eate que mon peuple avait subi un g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Donc, dans ce documentaire qui va sortir bient\u00f4t, il est confirm\u00e9 que, historiquement, le terme \u2018Solution Finale\u2019 vient de chez nous, tout droit issu de ce dont je vais parler un peu plus tard, la loi sur les Indiens, la m\u00eame loi qui me donne le droit de me dire Indienne. Et puis la d\u00e9possession territoriale qui nous a confin\u00e9 dans ce qu\u2019on appelle des R\u00e9serves Indiennes, au Canada, qui a inspir\u00e9 carr\u00e9ment le syst\u00e8me d\u2019apartheid en Afrique du Sud.<\/p>\n<p>Donc, voil\u00e0 le pays dans lequel je vis qui n\u2019est peut-\u00eatre pas le Canada que vous connaissez. Cette fameuse loi sur les Indiens a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9e en 1876. Elle a toujours cours aujourd\u2019hui, c\u2019est toujours cette loi qui nous r\u00e9git. Cette loi stipule que nous sommes, nous les Autochtones \u2013 les \u2018Indiens\u2019, c\u2019est encore comme \u00e7a que je m\u2019appelle sur ma carte \u2013 les Indiens d\u2019Am\u00e9rique, nous sommes les pupilles de l\u2019Etat, des mineurs au sens de la loi. L\u2019objectif de la loi, en 1876, \u00e9tait de nous assimiler tous, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne reste plus d\u2019Indiens. Donc, on voulait faire \u2018gentiment\u2019, en nous assimilant, comme ce qui \u00e9tait davantage v\u00e9cu aux Etats-Unis ou en Am\u00e9rique du sud, mais ce n\u2019\u00e9tait non pas moins violent. A travers cette loi, il y avait diff\u00e9rentes mesures pour nous assimiler. Pour faire en sorte qu\u2019on n\u2019ait plus le droit d\u2019avoir cette carte-l\u00e0 et donc qu\u2019on ait plus le droit de vivre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos r\u00e9serves, de nos communaut\u00e9s, qu\u2019on ne puisse plus \u00eatre enterr\u00e9 parmi les n\u00f4tres. Donc des cons\u00e9quences extr\u00eamement graves. Il faut savoir que cette loi a toujours \u00e9t\u00e9 et est toujours extr\u00eamement discriminatoire envers les femmes. Les femmes ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement touch\u00e9es, et sont toujours touch\u00e9es, par cette loi raciste. Une femme Autochtone qui est mari\u00e9e \u00e0 un homme blanc perdait son statut Autochtone, jusqu\u2019en 1985. Donc, ma grand-m\u00e8re, qui avait perdu son statut, a pu le r\u00e9cup\u00e9rer apr\u00e8s 1985. \u00c7a cr\u00e9e cette situation \u00e9trange dans ma famille. Mon p\u00e8re, qui est issu d\u2019une m\u00e8re et d\u2019un p\u00e8re Autochtones, est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. Il se marie avec ma m\u00e8re en 1979. Ma m\u00e8re qui est blanche, \u00e0 l\u2019inverse, obtient le statut Autochtone, parce que le statut passe par l\u2019homme. Donc, ma m\u00e8re devient Indienne, donc je suis issue de ce mariage de deux personnes Indiennes ce qui me donne \u2018a full Indian status\u2019. Je ne sais pas ce que donnerai un test ADN, mais selon la loi, je suis 100% Autochtone. Alors que du c\u00f4t\u00e9 de la s\u0153ur de mon p\u00e8re, qui s\u2019est mari\u00e9e avec un homme blanc, elle a perdu son statut. Elle a pu le r\u00e9cup\u00e9rer, mais ses enfants sont consid\u00e9r\u00e9s comme des enfants de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration puisqu\u2019issus d\u2019un p\u00e8re blanc et d\u2019une m\u00e8re Autochtone. <a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/displayimage.php?album=65&amp;pid=1988#top_display_media\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright \" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/albums\/west\/chr-62741.jpg\" width=\"266\" height=\"181\" \/><\/a>Mes enfants \u00e0 moi, j\u2019ai pu leur transmettre le statut, donc ils ont le droit d\u2019avoir cette carte. Je r\u00e9p\u00e8te que \u00e7a a tout de m\u00eame des cons\u00e9quences tr\u00e8s importantes pour nous. Mais les cousines de mes filles n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 cette carte, pourtant c\u2019est la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration. Quand ils ont mis sur pied cette loi-l\u00e0 en 1876, jamais ils n\u2019auraient pens\u00e9 que presque 150 ans plus tard on serait encore l\u00e0 et pris dans des aberrations pareilles.<\/p>\n<p>Il y avait le mariage, mais il y avait aussi les \u00e9tudes\u00a0: un Indien instruit n\u2019est plus un Indien, c\u2019est-\u00e0-dire que d\u00e8s qu\u2019on obtenait un dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes secondaires on n\u2019avait plus le droit d\u2019\u00eatre un Indien au sens de la loi.<\/p>\n<p>Et puis ensuite, les deux plus grandes mesures \u2013 et c\u2019est l\u00e0 que \u00e7a fait extr\u00eamement mal \u2013 ont \u00e9t\u00e9 la mise en place de r\u00e9serves Indiennes, qui nous ont d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de 99% de notre territoire.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019on pense simplement au mot \u2018r\u00e9serve\u2019, c\u2019est d\u2019une violence\u00a0! Par exemple maintenant, au Qu\u00e9bec, on est 55 \u2013 entre nous, on essaie de ne pas prononcer le mot \u2018r\u00e9serve\u2019, parce que c\u2019est un mot extr\u00eamement p\u00e9joratif, on dit \u2018communaut\u00e9\u2019 \u2013 donc, on est 55 communaut\u00e9s, dans 55 \u2018r\u00e9serves\u2019. Le but \u00e9tait d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la colonisation et de donner des lots de terrain aux colons. Et puis c\u2019\u00e9tait trop fatigant d\u2019avoir des Indiens qui chassaient et qui \u00e9taient nomades, et qui occupaient le territoire, donc il fallait les s\u00e9dentariser de force. Par cette mesure on croyait aussi nous d\u00e9poss\u00e9der de beaucoup de pans de notre culture. Hartman l\u2019a dit, si on n\u2019a plus acc\u00e8s \u00e0 notre territoire, \u00e0 nos lacs, \u00e0 nos rivi\u00e8res, \u00e0 nos montagnes, qu\u2019est-ce qui nous d\u00e9finit encore comme Autochtones\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/displayimage.php?album=65&amp;pid=1901#top_display_media\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft \" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/albums\/concerts%20france\/chr-62737.jpg\" width=\"246\" height=\"167\" \/><\/a>Mais aussi, \u00e0 partir de l\u00e0, il fallait \u2013 puisque nous sommes les bons enfants de l\u2019Etat \u2013 l\u2019Etat avait cette charge de nous \u2018\u00e9duquer\u2019. Donc, ils ont mis en place, d\u00e8s 1876, des premiers pensionnats Autochtones, des \u2018\u00e9coles r\u00e9sidentielles\u2019, o\u00f9 des enfants, d\u2019est en ouest, \u00e0 la grandeur du Canada, 150 000 enfants, ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s \u00e0 leur famille de force. La police d\u00e9barquait carr\u00e9ment et for\u00e7ait les parents \u00e0 donner leurs enfants. Ils \u00e9taient emmen\u00e9s par toutes sortes de moyens de transport, les bateaux, les avions, dans des territoires vraiment \u00e9loign\u00e9s, et des autobus scolaires plus tard. Id\u00e9alement, on envoyait les enfants le plus loin possible de leur communaut\u00e9. Et, id\u00e9alement, on s\u00e9parait aussi les fratries. Dans ces \u00e9coles, les s\u00e9vices sexuels, psychologiques \u00e9taient la norme. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 reconnu, le pr\u00e9c\u00e9dent Premier Ministre, Stephen Harper, a reconnu les violences qui ont \u00e9t\u00e9 commises dans les pensionnats Autochtones et puis il y a eu une \u00e9norme commission qui a \u00e9tudi\u00e9 les cons\u00e9quences des pensionnats.<\/p>\n<p>Mais, ces \u00e9coles-l\u00e0 non plus ne devaient pas s\u2019\u00e9tendre tr\u00e8s loin dans le temps, on s\u2019imaginait qu\u2019apr\u00e8s une ou deux g\u00e9n\u00e9rations il n\u2019y aurait plus de \u2018probl\u00e8me Indien\u2019 \u2013 c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on nous qualifiait, \u2018le probl\u00e8me Indien\u2019. Mais c\u2019\u00e9tait ne pas avoir beaucoup de foi en nous et notre r\u00e9silience. La derni\u00e8re \u00e9cole r\u00e9sidentielle au Canada a ferm\u00e9, dans le Saskatchewan, en 1996. C\u2019est hier matin. <strong>Donc, quand je parlais tant\u00f4t de la \u2018solution finale\u2019 qui a inspir\u00e9 les Nazis, et de la mise en place de r\u00e9serves qui a inspir\u00e9 l\u2019apartheid, c\u2019est bien du Canada dont je parle<\/strong>. Et\u00a0puis, tout ce r\u00e9gime colonialiste, s\u00e9gr\u00e9gationniste a touch\u00e9 nos femmes tr\u00e8s durement. Elles ont \u00e9t\u00e9 des centaines de milliers \u00e0 perdre leur statut, certaines ont pu le retrouver, d\u2019autres jamais et elles ne savent pas du tout qu\u2019elles ont des anc\u00eatres Autochtones. Moi aussi je viens d\u2019un peuple matriarcal et soudainement on nous a retir\u00e9 ce r\u00f4le-l\u00e0, ce pouvoir, et on nous a dit qu\u2019on d\u00e9pendait maintenant du pouvoir des hommes. Donc, aujourd\u2019hui, on se retrouve dans une situation dans laquelle on doit encore composer avec les cons\u00e9quences de ces mesures assimilationnistes, surtout les cons\u00e9quences des pensionnats Autochtones qui ont produit des traumatismes interg\u00e9n\u00e9rationnels et un cycle de violences dans nos communaut\u00e9s, duquel c\u2019est extr\u00eamement difficile de s\u2019\u00e9manciper. Imaginez qu\u2019on vous arrache \u00e0 votre famille, ou, si vous \u00eates des parents, imaginez qu\u2019on vous arrache votre enfant \u00e0 cinq ans, qu\u2019on l\u2019envoie \u00e0 l\u2019autre bout du monde. Dans les communaut\u00e9s Autochtones, ce qui faisait la richesse de nos peuples, c\u2019\u00e9tait, et c\u2019est encore, et c\u2019est le cas, j\u2019esp\u00e8re, pour la plan\u00e8te, ce sont les enfants. Du jour au lendemain, il n\u2019y avait plus d\u2019enfants dans nos communaut\u00e9s. Les vieux disent que m\u00eame les chiens \u2013 faut savoir qu\u2019il y a beaucoup de chiens dans nos communaut\u00e9s \u2013 m\u00eame les chiens ont arr\u00eat\u00e9 de japper. Une tristesse immense s\u2019est empar\u00e9e de ceux qui restaient, les parents. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019ont commenc\u00e9 les probl\u00e8mes de consommation d\u2019alcool. Les enfants partaient pendant 10 mois, le plus souvent terminaient le pensionnat vers l\u2019\u00e2ge de 17 ans, et revenaient seulement pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, pendant deux mois. Il faut savoir que l\u2019\u00e9t\u00e9, c\u2019est le moment o\u00f9 nos peuples laissent reposer les anc\u00eatres, les esprits. Donc, on va moins en for\u00eat, on se repose, on retourne \u00e0 la c\u00f4te, on \u00e9change, mais notre pratique, notre mode de vie se vit davantage d\u00e8s le mois de septembre jusqu\u2019au printemps. Donc, les enfants \u00e9taient coup\u00e9s compl\u00e8tement de ce mode de vie et du lien avec leurs parents\u00a0: dans les pensionnats le jeu \u00e9tait aussi de dire aux enfants que leurs parents \u00e9taient des sauvages, des gens non civilis\u00e9s, et qu\u2019ils ne devaient pas parler leur langue. Donc, imaginez, apr\u00e8s, la fracture qui se cr\u00e9e entre les g\u00e9n\u00e9rations. Si vous ajoutez \u00e0 \u00e7a des traumatismes, des violences sexuelles, des violences physiques, des violences psychologiques, et qu\u2019on retourne ces personnes dans des communaut\u00e9s Autochtones, des gens qui ne savent plus pratiquer leur culture, qui ne savent plus aller chasser, donc ne savent plus subvenir \u00e0 leurs besoins, et qui sont en plus des enfants bris\u00e9s \u00e9motionnellement, \u00e7a cr\u00e9e des climats, des dynamiques qui font mal, des dynamiques de violence, de violences familiales. Vous savez, les hommes et les femmes, on n\u2019a pas la m\u00eame fa\u00e7on de r\u00e9agir \u00e0 des abus, \u00e0 des traumatismes. Les hommes vont avoir tendance \u00e0 porter cette violence envers autrui, alors que nous, les femmes, avons tendance \u00e0 nous faire mal \u00e0 nous-m\u00eames, \u00e0 travers la consommation, \u00e0 travers le suicide. Ce n\u2019est pas scientifique, comme statistiques, mais quand j\u2019ai fait la recherche pour le film <em>[\u00ab\u00a0Ce Silence Qui Tue\u00a0\u00bb]<\/em>, ce serait autour de 8 femmes sur 10 qui disent avoir \u00e9t\u00e9 victimes de violences sexuelles ou de violences physiques. Donc, la violence est end\u00e9mique. Alors, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait quand on est une femme et qu\u2019on a des enfants, on veut prot\u00e9ger nos enfants, on veut trouver un milieu de vie s\u00e9curitaire, et parfois on pense que \u00e7a passe par quitter la communaut\u00e9. Malheureusement, le r\u00e9sultat est que souvent, les femmes Autochtones, au Canada, se retrouvent dans des villes, des quartiers, extr\u00eamement difficiles, ravag\u00e9s par la violence, par la drogue, et, malheureusement, ce qui attend souvent les femmes, c\u2019est le cycle de la prostitution pour pouvoir payer ce qu\u2019il faut \u00e0 leurs enfants, payer sa consommation. Et ces femmes deviennent des proies \u00e9videntes et les enfants deviennent des proies \u00e9videntes\u00a0: au Canada, 50% des enfants qui sont pris en charge par le syst\u00e8me de protection de l\u2019enfance sont Autochtones, alors que les Autochtones composent 5% de la population du Canada.<\/p>\n<p>Les pensionnats Autochtones ne sont pas termin\u00e9s, \u00e7a se poursuit encore aujourd\u2019hui. On sait, des \u00e9tudes le d\u00e9montrent, que dans les familles d\u2019accueil o\u00f9 sont envoy\u00e9s ces enfants pour souvent des raisons banales, parce que les services sociaux ouvrent le frigo et tout ce qu\u2019on trouve dans le frigo, c\u2019est de la viande, de la nourriture traditionnelle, que les travailleurs sociaux trouvent ne pas \u00eatre de la nourriture pour des enfants, et que les parents ont failli \u00e0 leur devoir de subvenir aux besoins de leurs enfants.<\/p>\n<p>Les femmes se retrouvent seules en ville, deviennent des proies faciles. En fait, \u00e7a fait plus de 40 ans, depuis les ann\u00e9es 60, les femmes Autochtones militent pour crier au monde entier que leurs s\u0153urs disparaissent. On ne les a jamais \u00e9cout\u00e9es, jusqu\u2019en 2014, o\u00f9 une jeune fille, du nom de Tina Fontaine, qui avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque 15 ans, mais le visage ang\u00e9lique d\u2019une enfant de 11-12 ans, a particuli\u00e8rement marqu\u00e9 les esprits, surtout qu\u2019on l\u2019a retrouv\u00e9e dans un sac poubelle au fond de la rivi\u00e8re \u00e0 Winnipeg. Donc, l\u2019image \u00e9tait marquante, et le pays s\u2019est un peu r\u00e9veill\u00e9. Il y a eu enqu\u00eate, le GRC, et on en est arriv\u00e9 au chiffre de 1200 femmes Autochtones assassin\u00e9es ou disparues. Maintenant on sait, quelques ann\u00e9es plus tard a commenc\u00e9 l\u2019enqu\u00eate nationale sur les femmes Autochtones assassin\u00e9es ou disparues, m\u00eame la Ministre des Affaires Autochtones, celle qui me donne le droit d\u2019\u00eatre Indienne, issue de ce m\u00eame syst\u00e8me colonialiste, a admis que le chiffre serait plus proche de 4000 que de 1200. Transpos\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 fran\u00e7aise, c\u2019est comme si c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9quivalent de 100 000 femmes fran\u00e7aises assassin\u00e9es ou disparues. J\u2019imagine qu\u2019on en aurait entendu un peu plus parler. Malheureusement, quand Trudeau est arriv\u00e9 au pouvoir, il a promis, comme premier geste politique, de mettre en \u0153uvre cette enqu\u00eate, ce qu\u2019il a fait avant les 100 premiers jours de son mandat, mais il n\u2019y a pas de moyens n\u00e9cessaires donn\u00e9s aux commissaires pour arriver \u00e0 faire un bon job.<\/p>\n<p>Et il y a tous les autres soucis. Il y a une telle quantit\u00e9 de communaut\u00e9s Autochtones o\u00f9 il n\u2019y a pas encore l\u2019eau potable, au Canada. La promesse de Trudeau \u00e9tait de faire en sorte que pendant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es, toutes les communaut\u00e9s Autochtones puissent avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable, \u00e7a ne s\u2019est pas pass\u00e9, ainsi que toutes ses autres promesses. On est en p\u00e9riode d\u2019\u00e9lections, \u00e7a ne va pas se faire bien pour Trudeau pour mille et une raisons, pas seulement dans le dossier sur les Premi\u00e8res Nations, sur lequel nous sommes tr\u00e8s f\u00e2ch\u00e9s, on a l\u2019impression d\u2019\u00eatre roul\u00e9s dans la farine. Mais j\u2019ai peur, parce que si jamais les Conservateurs revenaient au pouvoir, je pense que l\u2019avenir serait encore pire.<\/p>\n<p>Donc c\u2019est l\u2019histoire dont j\u2019avais envie de vous parler, de vous raconter le pays dans lequel je vis. Je ne sais pas si vous vous souvenez de Jean Chr\u00e9tien qui a \u00e9t\u00e9 Premier Ministre du Canada pendant une douzaine d\u2019ann\u00e9es, qui avait dit avec son accent anglais, que le Canada \u00e9tait le \u00ab\u00a0plus bon pays du monde\u00a0\u00bb. Il suffit de regarder dans l\u2019angle mort de l\u2019histoire de ce pays pour r\u00e9aliser que ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait \u00e7a, et mon travail c\u2019est de rendre visible cet angle mort, donc d\u2019\u00e9couter notamment la parole des femmes Autochtones qui se sont si g\u00e9n\u00e9reusement livr\u00e9es dans mon film et j\u2019aimerais les remercier, parce que c\u2019est pour elles que je suis ici aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Kim O&#8217;BomsawinJourn\u00e9e Annuelle de Solidarit\u00e9 du CSIA-Nitassinan12 octobre 2019Transcription et photos Christine Prat, CSIA Pr\u00e9sentation par Aur\u00e9lie Journ\u00e9e-Duez, Pr\u00e9sidente du CSIA : Les questions qui ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es nous donnent l\u2019occasion de parler de cette question du d\u00e9s-ancrage, \u00e0 la fois pour les Peuples Autochtones en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 fortiori pour les femmes. 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