{"id":4762,"date":"2018-11-12T18:50:03","date_gmt":"2018-11-12T17:50:03","guid":{"rendered":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=4762"},"modified":"2020-04-15T23:04:01","modified_gmt":"2020-04-15T21:04:01","slug":"montagne-dor-combat-pour-lidentite-et-pour-la-terre-des-jeunes-femmes-de-guyane-sexpriment","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=4762","title":{"rendered":"MONTAGNE D&#8217;OR, COMBAT POUR L&#8217;IDENTITE ET POUR LA TERRE: DES JEUNES FEMMES DE GUYANE S&#8217;EXPRIMENT"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?attachment_id=4763\" rel=\"attachment wp-att-4763\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-4763\" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/wp-content\/uploads\/chr-60728small.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"356\" srcset=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/wp-content\/uploads\/chr-60728small.jpg 600w, https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/wp-content\/uploads\/chr-60728small-300x178.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><em>Vanessa Joseph, Cindy van der Pijl, Nicole Chanel, F\u00e9lix Tiouka, Mo\u00ebtai Brotherson et Sylvain Duez-Alessandrini<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>CONTRE MONTAGNE D&#8217;OR, LA NEGATION DE L&#8217;IDENTITE, ET POUR LE COMBAT POUR LA TERRE: DES JEUNES FEMMES DE GUYANE SE SONT EXPRIMEES, LE 13 OCTOBRE 2018, LORS DE LA JOURNEE DE SOLIDARITE DU CSIA.<\/strong><\/p>\n<p>Christine Prat<br \/>\n10 novembre 2018<br \/>\n<em>Enregistrement 13 octobre 2018<\/em><\/p>\n<p><em>Depuis plusieurs ann\u00e9es, une partie de la for\u00eat amazonienne de Guyane &#8220;fran\u00e7aise&#8221; est menac\u00e9e par un projet de mine d&#8217;or monumental, men\u00e9 par une compagnie intitul\u00e9e &#8220;Montagne d&#8217;Or&#8221;, r\u00e9sultat d&#8217;une fusion entre la compagnie canadienne Columbus Gold \u2013 en tant que nom colonial, on peut difficilement faire mieux \u2013 et la compagnie russe NordGold, qui a d\u00e9j\u00e0 ravag\u00e9 beaucoup de terres Autochtones dans le monde. NordGold est majoritaire dans Montagne d&#8217;Or. Les Autochtones s&#8217;opposent depuis le d\u00e9but au projet. Ils sont d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps confront\u00e9s aux chercheurs d&#8217;or ill\u00e9gaux, les garimpeiros venus du Br\u00e9sil, qui polluent \u00e9norm\u00e9ment les rivi\u00e8res dont leur vie d\u00e9pend. La for\u00eat amazonienne de Guyane a une biodiversit\u00e9 beaucoup plus importante que celle de toute l&#8217;Europe. Certains sont pr\u00eats \u00e0 en sacrifier une partie, sous pr\u00e9texte de &#8220;cr\u00e9er des emplois&#8221;, formule devenue magique, qu&#8217;aucun druide ou magicien n&#8217;oserait utiliser. Les Autochtones, qui ont surtout besoin d&#8217;eau potable et ont d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 les d\u00e9g\u00e2ts que les mines d&#8217;or y causent, s&#8217;opposent absolument au projet. De d\u00e9but mars \u00e0 d\u00e9but juillet 2018, des &#8220;d\u00e9bats publics&#8221; ont eu lieu \u00e0 Cayenne et \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni. Les Autochtones ont eu l&#8217;impression de ne pas y \u00eatre \u00e9cout\u00e9s. Cependant, la conclusion a \u00e9t\u00e9 que le projet Montagne d&#8217;Or ne pouvait pas \u00eatre accept\u00e9 en l&#8217;\u00e9tat. Depuis, Montagne d&#8217;Or multiplie les contacts et les tentatives de corruption dans les villages Autochtones. Cependant, l&#8217;opposition reste ferme. L&#8217;actuel Directeur G\u00e9n\u00e9ral de Montagne d&#8217;Or, Pierre Paris, a travaill\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment pour des firmes comme Rio Tinto et BHP Billiton, noms bien connus des Peuples Autochtones, un peu partout dans le monde, qui se battent contre la profanation et la pollution de leurs terres ancestrales par les compagnies mini\u00e8res.<\/em><\/p>\n<p><em>Au cours de la 37<sup>\u00e8me<\/sup> Journ\u00e9e de Solidarit\u00e9 avec les Peuples Autochtones, organis\u00e9e par le CSIA-nitassinan, une table ronde a r\u00e9uni F\u00e9lix Tiouka, 1<sup>er<\/sup> adjoint au maire d\u2019Awala-Yalimapo, issu de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;activistes Autochtones, et trois jeunes femmes de la Jeunesse Autochtone de Guyane. <\/em><\/p>\n<p><em>Comme tous les Autochtones qui sont intervenus lors de cette rencontre, les Autochtones de Guyane ont parl\u00e9 de la destruction de leur identit\u00e9 et de leur culture, mais aussi de leur difficult\u00e9 \u00e0 vivre en tant que &#8220;citoyens soi-disant Fran\u00e7ais&#8221; dans une R\u00e9publique qui les discrimine, les appauvrit, pollue leur terre, tout en voulant les forcer \u00e0 se soumettre au &#8220;mode de vie&#8221; occidental. La &#8220;d\u00e9partementalisation&#8221; a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e en 1945, la Loi de &#8220;Francisation&#8221; en 1969. Th\u00e9oriquement, les Autochtones de Guyane sont des citoyens fran\u00e7ais comme les autres\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>L&#8217;article ci-dessous est fond\u00e9 sur les interventions des trois jeunes femmes, Vanessa Joseph, Nicole et Cindy van der Pijl, d&#8217;apr\u00e8s des enregistrements r\u00e9alis\u00e9s par Pascal Gr\u00e9gis et Christine Prat, membres du CSIA, le 13 octobre 2018.<\/em><\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/displayimage.php?album=22&amp;pid=1750#top_display_media\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft \" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/albums\/userpics\/10001\/chr-60099x2.jpg\" width=\"290\" height=\"202\" \/><\/a>Vanessa Joseph<\/strong>, Vice-pr\u00e9sidente de la Jeunesse Autochtone de Guyane, avait d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 la Journ\u00e9e de Solidarit\u00e9 du CSIA de 2017, en compagnie de <a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=4273\">Yanuwana Tapoka<\/a>. Elle a d&#8217;abord dit combien elle \u00e9tait heureuse de participer \u00e0 cette rencontre, &#8220;avec Mo\u00ebtai <em>[de Tahiti]<\/em>, Yvannick <em>[de Kanaky, ou &#8220;Nouvelle Cal\u00e9donie&#8221;]<\/em> et mon Tonto F\u00e9lix <em>[F\u00e9lix Tiouka]<\/em>.&#8221; Elle a remerci\u00e9 le CSIA de leur fournir cette opportunit\u00e9 de s&#8217;exprimer, puis toutes les personnes qui avaient r\u00e9pondu \u00e0 son appel pour des dons de livres, \u00e0 l&#8217;intention des \u00e9coles de l&#8217;int\u00e9rieur. &#8220;Nous en avons fait un tr\u00e8s bon usage. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est devenu un projet un peu plus grand, nous allons construire des biblioth\u00e8ques \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur. Tout \u00e7a, c&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 vous, merci encore.&#8221;<\/p>\n<p>Cependant, Vanessa dit aussi que la rentr\u00e9e scolaire de septembre dernier ne s&#8217;est pas bien pass\u00e9e. Elle rappela &#8220;qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur il y a seulement des \u00e9coles \u00e9l\u00e9mentaires, et pas forc\u00e9ment dans tous les villages.&#8221; Les enfants qui doivent aller au coll\u00e8ge ou au lyc\u00e9e, doivent partir dans la commune la plus proche ayant un coll\u00e8ge ou un lyc\u00e9e, et la commune &#8216;la plus proche&#8217; peut \u00eatre tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e. Les enfants doivent donc r\u00e9sider dans une famille d&#8217;accueil ou un internat. En septembre dernier, certains enfants n&#8217;avaient trouv\u00e9 ni famille d&#8217;accueil, ni place en internat. Ils sont retourn\u00e9s dans leur village, et vont perdre une ann\u00e9e scolaire. De plus, certains parents ne veulent plus envoyer leurs enfants dans des familles du littoral, vu qu&#8217;il y a eu des incidents. L&#8217;\u00e9ducation nationale propose toujours la m\u00eame solution: mieux s\u00e9lectionner les familles d&#8217;accueil. Vanessa raconte: &#8221; Il y a des enfants de Taluwen, une commune sur le Haut-Maroni, qui ont demand\u00e9 la construction d&#8217;un coll\u00e8ge, pour pouvoir rester aupr\u00e8s de leurs parents, ce qui est normal, \u00e0 12 ans&#8221;\u2026 &#8220;Pour l&#8217;instant, c&#8217;est un projet. Ils ont commenc\u00e9 la construction, elle s&#8217;est interrompue, puis a \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9e. Esp\u00e9rons que le coll\u00e8ge voit le jour. Il y a \u00e9galement un internat en construction \u00e0 Maripasoula, l\u00e0 aussi nous esp\u00e9rons que \u00e7a se d\u00e9roule sans emb\u00fbches.&#8221;<\/p>\n<p>Vanessa ajoute qu&#8217;ils essaient tout de m\u00eame de faire aboutir certains projets, pour am\u00e9liorer le quotidien des gens de l&#8217;int\u00e9rieur. Et s&#8217;ils peuvent y arriver, c&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 de nombreux soutiens, comme le CSIA.<\/p>\n<p>Vanessa a aussi r\u00e9sum\u00e9 ce qui s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 sur le front de la Montagne d&#8217;Or depuis sa derni\u00e8re visite. Des d\u00e9bats publics ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s \u00e0 Cayenne et \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni, de d\u00e9but mars \u00e0 d\u00e9but juillet. Vanessa dit que &#8220;ce fut tr\u00e8s intense.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Les repr\u00e9sentants des Peuples Autochtones ont \u00e9t\u00e9 un peu ignor\u00e9s, pour ce qu&#8217;ils avaient \u00e0 dire. Au d\u00e9part, ils \u00e9coutaient toutes les questions, au final, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 les s\u00e9lectionner, parce que, je pense, certaines questions d\u00e9rangeaient.&#8221; \u2026&#8221; Un d\u00e9bat public devait \u00eatre organis\u00e9 dans un village de l&#8217;ouest, ils n&#8217;ont pas honor\u00e9 ce rendez-vous.&#8221; Donc, \u00e7a ne s&#8217;est pas tr\u00e8s bien pass\u00e9. Pourtant, &#8220;par la suite, le d\u00e9bat public a tranch\u00e9: le projet ne peut pas se faire en l&#8217;\u00e9tat. On ne peut pas proposer \u00e0 une population un projet de cette ampleur avec aussi peu d&#8217;explications, et des explications qui ne sont pas claires du tout. Donc, pour le moment, c&#8217;est un projet qui doit \u00eatre r\u00e9vis\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Vanessa pr\u00e9cise: &#8220;Entretemps, la compagnie Montagne d&#8217;Or a commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;implanter dans les villages, \u00e0 convoquer les chefs coutumiers, \u00e0 leur faire des propositions, que ce soit de l&#8217;argent ou des postes\u2026 C&#8217;\u00e9tait un peu n&#8217;importe quoi, donc ils ont tous dit non, sauf un.&#8221; Et, \u00e0 l&#8217;heure actuelle, la compagnie Montagne d&#8217;Or continue d&#8217;essayer de convaincre les gens, avec quelques modifications de son programme, et surtout des modifications de ses explications et de sa communication. Mais, pour les Autochtones, \u00e7a reste &#8216;non&#8217;.<\/p>\n<p>Vanessa conclut en remerciant l&#8217;assistance, &#8220;c&#8217;est vraiment un grand plaisir de vous voir et de vous revoir.&#8221;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/displayimage.php?album=22&amp;pid=1776#top_display_media\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright \" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/albums\/userpics\/10001\/chr-60099w1s.jpg\" width=\"290\" height=\"198\" \/><\/a>L&#8217;intervenante suivante, <strong>Nicole Chanel<\/strong>, est originaire de Camopi. Elle a rejoint la Jeunesse Autochtone r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Elle explique qu&#8217;elle est Teko, un Peuple appel\u00e9 autrefois &#8216;Em\u00e9rillon&#8217; par des explorateurs fran\u00e7ais venus \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de la colonisation. &#8216;Em\u00e9rillons&#8217; signifie les gens qui vivent de la p\u00eache. &#8220;Et nous avons revendiqu\u00e9 d&#8217;\u00eatre appel\u00e9s les Tekos, ce qui veut dire &#8216;Indiens guerriers&#8217;. Nous, les Tekos, venons de Camopi, principalement des bords du fleuve Oyapock, qui sert de fronti\u00e8re entre le Br\u00e9sil et &#8220;la France&#8221;. Dans notre village, il y a deux ethnies, les Tekos et les Wayampis, mais maintenant, nous sommes m\u00e9lang\u00e9s. Nous sommes des descendants des Tupi-Guarani, des Indiens qui vivent dans la for\u00eat Amazonienne. Actuellement, les Tupi-Guarani vivent au Br\u00e9sil. Certains ont fui des guerres, et c&#8217;est ainsi que nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Camopi.&#8221;<\/p>\n<p>Autrefois, il fallait une autorisation pr\u00e9fectorale pour se rendre dans la r\u00e9gion. Le pr\u00e9texte \u00e9tait que les gens de l\u00e0-bas \u00e9taient encore &#8220;sauvages&#8221;. Nicole dit, &#8220;nous n&#8217;avons jamais \u00e9t\u00e9 sauvages. Nous avons toujours accueilli les Fran\u00e7ais \u00e0 bras ouverts.&#8221; Mais maintenant, c&#8217;est ouvert \u00e0 tout le monde, ce qui n&#8217;est pas forc\u00e9ment un avantage. Nicole raconte: &#8220;Pour aller chez nous, il faut 4 ou 5 heures de pirogue, parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas de routes, c&#8217;est le fleuve. Tout ce fait par le fleuve. Il y a des garimpeiros, des chercheurs d&#8217;or <em>[du Br\u00e9sil]<\/em>, qui passent salir notre eau. L&#8217;eau qu&#8217;on buvait, dans laquelle on se lavait, o\u00f9 on faisait tout. Comme il n&#8217;y a pas de douane, tout le monde peut venir. Alors maintenant, les garimpeiros rentrent sans soucis, pour aller chercher de l&#8217;or, parce que chez eux, ils ne peuvent pas le faire, donc ils viennent en territoire &#8216;fran\u00e7ais&#8217;, pour le faire.&#8221; Et Nicole raconte comment elle s&#8217;est aper\u00e7ue de la pollution de l&#8217;eau: &#8220;Moi, j&#8217;ai grandi dans les homes indiens de 4 \u00e0 16 ans. Le home indien est un endroit o\u00f9 ils accueillent les enfants Am\u00e9rindiens qui veulent \u00eatre &#8216;civilis\u00e9s&#8217;. Eux appellent \u00e7a rentrer dans le rang, apprendre \u00e0 parler fran\u00e7ais, apprendre \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 compter, etc. Je ne rentrais que pendant les \u00e9t\u00e9s, en juillet et ao\u00fbt. Mais au fur et \u00e0 mesure, en rentrant chez moi, je voyais que l&#8217;eau changeait de couleur. Et je me disais que, petite, je me lavais dans cette eau, et d&#8217;autres choses comme \u00e7a. Et je voyais l&#8217;eau devenir jaun\u00e2tre. Au point de rencontre de l&#8217;eau salie par les garimpeiros avec celle dans laquelle on se lavait, se formait un genre de caf\u00e9 au lait. C&#8217;\u00e9tait d\u00e9gueulasse \u00e0 voir.&#8221;<\/p>\n<p>Nicole vit en France depuis 15 ans. Elle est abasourdie de constater que l&#8217;Etat Fran\u00e7ais ne fait rien pour Camopi. En juillet dernier, l&#8217;administration a envoy\u00e9, pour assurer un remplacement au Centre de Sant\u00e9 de Camopi, M. J\u00e9r\u00f4me Cahuzac, un ex-Ministre actuellement condamn\u00e9 \u00e0 4 ans de prison, dont 2 avec sursis. Pour Nicole, M. Cahuzac &#8220;n&#8217;a rien \u00e0 voir avec Camopi. Ils l&#8217;ont envoy\u00e9 l\u00e0-bas pour travailler dans un centre de sant\u00e9, alors qu&#8217;il n&#8217;est pas m\u00e9decin&#8221;. En r\u00e9alit\u00e9, M. Cahuzac est m\u00e9decin, mais chirurgien esth\u00e9tique. Nicole s&#8217;indigne de ce que les m\u00e9dias s&#8217;\u00e9taient tous pr\u00e9cipit\u00e9 \u00e0 Camopi pour voir Cahuzac, sans montrer le moindre int\u00e9r\u00eat pour la population locale. C&#8217;est bien entendu \u00e0 cause de ses d\u00e9boires en justice que les m\u00e9dias s&#8217;int\u00e9ressent \u00e0 M. Cahuzac. Certains ont demand\u00e9 \u00e0 des habitants ce qu&#8217;ils pensaient de Cahuzac, et ils ont r\u00e9pondu: &#8220;Mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;on sait de lui?&#8221; Tout cela est ressenti par les Autochtones comme un profond m\u00e9pris.<\/p>\n<p>Nicole conclut: &#8220;Malgr\u00e9 tout cela, nous nous battons, nous allons nous battre, nous les Tekos, la Jeunesse Autochtone, nous battre pour nous faire conna\u00eetre du public, de tout le monde, pour dire que nous existons, que nous sommes l\u00e0. Nous sommes des &#8216;Fran\u00e7ais&#8217;, on nous a mis une \u00e9tiquette &#8216;nationalit\u00e9 fran\u00e7aise&#8217;, donc nous faisons partie de la France aussi, alors regardez-nous, regardez notre Peuple. Merci.&#8221;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/displayimage.php?album=22&amp;pid=1751#top_display_media\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft \" src=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/gallery\/albums\/userpics\/10001\/chr-60099y5.jpg\" width=\"290\" height=\"224\" \/><\/a>Puis, <strong>Cindy van der Pijl<\/strong> prit la parole. Cindy vit toujours en Guyane et est venue sp\u00e9cialement pour la Journ\u00e9e de Solidarit\u00e9. Elle est Arawak\/Lokono.<\/p>\n<p>&#8220;Je fais partie de la Jeunesse Autochtone depuis f\u00e9vrier de cette ann\u00e9e&#8221;. &#8220;J&#8217;ai toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s passionn\u00e9e, tr\u00e8s revendicatrice de ma culture, depuis que j&#8217;\u00e9tais toute petite. Je cherchais une ouverture quelque part, \u00e0 savoir comment faire pour montrer mon identit\u00e9 autre que fran\u00e7aise. Parce que, chez nous, on nous apprend des choses, on nous apprend tout le temps, mais on ne nous apprend jamais qui on est. Et, forc\u00e9ment, au bout d&#8217;un moment, nous sommes un peu perdus dans cette culture fran\u00e7aise, dans la culture de l&#8217;occidentalisation. O\u00f9 se positionner, comment faire? Est-ce que j&#8217;ai le droit de porter ma tenue, est-ce que j&#8217;ai le droit de montrer mes plumes sans que la douane vienne m&#8217;arr\u00eater parce que ce sont des esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es?&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Nos peuples ont \u00e9t\u00e9 trop longtemps martyris\u00e9s, beaucoup de larmes ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9es, beaucoup trop d&#8217;\u00e2mes ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9es, tandis que la Terre subit l&#8217;\u00e9go\u00efsme de l&#8217;\u00eatre humain et souffre encore plus que nous-m\u00eames. On parle de la Guyane, cette fameuse &#8220;\u00eele&#8221;, mais on ne sait pas o\u00f9 elle se trouve.&#8221; \u2026&#8221;beaucoup de sang a coul\u00e9, et coulera s\u00fbrement encore, \u00e0 cause des &#8216;bonnes id\u00e9es&#8217; de nos puissances.&#8221; Cindy se demande pourquoi, sur le territoire de la R\u00e9publique, &#8220;o\u00f9 on nous dit &#8216;Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9&#8217;, on nous apprend tellement \u00e0 nous oublier, \u00e0 ne plus savoir que nous sommes. Tous nos savoirs, nos couleurs, notre identit\u00e9, sont comme pi\u00e9tin\u00e9s, compl\u00e8tement bafou\u00e9s. L&#8217;histoire de Nicole, elle l&#8217;a v\u00e9cue, ma maman l&#8217;a \u00e9galement v\u00e9cue, les homes indiens ne sont pas un mythe, \u00e7a s&#8217;est vraiment pass\u00e9. L&#8217;\u00e9ducation fran\u00e7aise y est inculqu\u00e9e, la religion y est inculqu\u00e9e, \u00e7a fait partie d&#8217;un processus d&#8217;enl\u00e8vement de l&#8217;identit\u00e9 d&#8217;une personne. C&#8217;est comme si nous \u00e9tions faits de p\u00e2te \u00e0 modeler qu&#8217;on fa\u00e7onne comme on veut, comme on souhaite qu&#8217;elle soit. En Guyane, la culture occidentale, les occidentaux, prennent et ne rendent pas.&#8221;<\/p>\n<p>Pour Cindy, tout ce qui reste aux Autochtones, c&#8217;est la lutte. &#8221; La place du Peuple Premier est r\u00e9duite aujourd&#8217;hui \u00e0 se battre pour une reconnaissance de son identit\u00e9, pour avoir sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Pour moi, aujourd&#8217;hui, le mot &#8216;Autochtone&#8217; est \u00e9gal au mot &#8216;lutte&#8217;\u2026 &#8221; Est-ce que c&#8217;est normal que les Autochtones doivent se battre, pour avoir une place et pour qu&#8217;on les reconnaisse? Je ne pense pas.<\/p>\n<p>&#8220;Aujourd&#8217;hui, on parle de pillage. Malheureusement, ce n&#8217;est pas un terme \u00e0 prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, car en dehors de ce crime, le pillage identitaire, il y a le pillage de Celle qui nous donne vie, Celle qui se r\u00e9veille pour rappeler \u00e0 l&#8217;homme sa petitesse. Les tremblements de terre, les s\u00e9ismes, on ne le comprend pas toujours, mais \u00e7a arrive quand m\u00eame. Et si jamais la Maman Terre \u00e9tait en col\u00e8re contre nous? Contre tout ce que nous lui faisons subir? C&#8217;est Celle qui nous berce, Celle qui nous nourrit, notre Maman la Terre. Nos anc\u00eatres nous ont l\u00e9gu\u00e9 leur combat. Aujourd&#8217;hui, nous, la jeunesse, essayons de reprendre ce combat. Mais plut\u00f4t que d&#8217;\u00eatre des victimes de ce syst\u00e8me, m\u00eame si, au fond, nous le sommes quand m\u00eame, nous sommes des guerriers. Et l\u00e0, je rassemble vraiment tous mes fr\u00e8res Autochtones. <a href=\"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=4752\">Mes fr\u00e8res Kanaks<\/a>, passant par quelque chose qui n&#8217;est vraiment pas facile pour eux, et tous nos autres fr\u00e8res Autochtones. Nous sommes tous des guerriers et j&#8217;en suis heureuse, parce que sinon, aujourd&#8217;hui, nous ne serions pas l\u00e0. Nous serions de bons petits Fran\u00e7ais qui croient en J\u00e9sus.&#8221;<\/p>\n<p>Ensuite, Cindy parle du projet Montagne d&#8217;Or. &#8221; Pourquoi ne l\u00e2cherons-nous pas face \u00e0 Montagne d&#8217;Or? La r\u00e9ponse est simple et logique. Nous nous battons pour la Terre, nous nous battons pour la vie. Je me demande, en tant qu&#8217;\u00eatre humain, ce dont nous avons le plus besoin dans nos vies. Nous avons besoin de boire de l&#8217;eau potable, nous avons besoin de manger, nous avons besoin de marcher, sur qui? Et qui nous donne tout \u00e7a? Encore une fois, c&#8217;est la Terre.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Montagne d&#8217;Or, pour ceux qui ne le savent pas, c&#8217;est un projet monumental qui veut s&#8217;installer en Guyane. C&#8217;est une fusion russo-canadienne qui s&#8217;appelle maintenant Montagne d&#8217;Or, dont Pierre Paris est le directeur g\u00e9n\u00e9ral. Montagne d&#8217;Or, c&#8217;est 80 000 tonnes de d\u00e9chets par jour, c&#8217;est 10 tonnes de cyanure par jour, 10 tonnes d&#8217;explosifs, 472 000 litres d&#8217;eau PAR HEURE, quand une population va mal. Montagne d&#8217;Or est un site \u00e0 ciel ouvert, dans une zone tropicale o\u00f9 il pleut souvent. Alors, nous dire qu&#8217;il n&#8217;y aura pas d&#8217;accidents, j&#8217;ai du mal \u00e0 le croire.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;J&#8217;ai particip\u00e9 aux d\u00e9bats publics, qui ont eu lieu \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni et \u00e0 Cayenne. Vous n&#8217;imaginez pas \u00e0 quel point on se sent petit face \u00e0 ces gens-l\u00e0. A quel point il faut s&#8217;affirmer pour leur dire &#8216;non&#8217;. Quand on voit un Pierre Paris qui se l\u00e8ve et qui dit &#8220;Je suis Pierre Paris et fier d&#8217;\u00eatre le directeur de la Montagne d&#8217;Or&#8221;, \u00e7a donne des envies de crime, parfois\u2026 Mais en tous cas, nous avons tenu bon, nous avons montr\u00e9 nos couleurs, montr\u00e9 que nous \u00e9tions l\u00e0. Il y avait la jeunesse, il y avait les Anciens, il y avait aussi toutes les cultures guyanaises qui se sont mises avec nous, parce que ces cultures-l\u00e0 ont compris que, si nous arrivons \u00e0 faire en sorte que la Montagne d&#8217;Or ne se fasse pas, la Terre ne va pas leur dire &#8216;Cindy m&#8217;a sauv\u00e9e, alors que toi, je m&#8217;en fous&#8217;, non, pas du tout. Ces cultures-l\u00e0 ont compris qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un combat humain, que c&#8217;est un combat pour la vie, et nous le m\u00e8nerons, nous irons jusqu&#8217;au bout. Et j&#8217;aimerais qu&#8217;\u00e0 un moment donn\u00e9, on puisse se rendre compte de ce que nos soci\u00e9t\u00e9s sont en train de nous faire, avec cette culture du capitalisme. Est-ce qu&#8217;un jour on pourrait r\u00e9duire l&#8217;argent \u00e0 ce qu&#8217;il est vraiment? Un morceau de papier. Est-ce qu&#8217;un jour on pourrait r\u00e9duire l&#8217;or \u00e0 ce que r\u00e9ellement? Un petit bout de caillou. Et ce sont ces choses pour lesquelles le monde se bat, pour lesquelles les gens s&#8217;entretuent. C&#8217;est \u00e0 cause de \u00e7a que le sang coule, et coule encore.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Pour conclure, j&#8217;aimerais vous remercier de m&#8217;avoir \u00e9cout\u00e9e, et je suis tr\u00e8s contente d&#8217;\u00eatre ici. Je remercie le CSIA de nous avoir invit\u00e9s, et de nous avoir permis quand m\u00eame d&#8217;avoir la parole sur cette terre fran\u00e7aise. Demain, je rentre chez moi, mon combat continue et j&#8217;aimerais vraiment que la jeunesse, quelle que soit sa culture, puisse s&#8217;allier \u00e0 nous face \u00e0 ce projet. Le probl\u00e8me autour de notre identit\u00e9, de l&#8217;Autochtone, c&#8217;est notre histoire. Nous nous battrons contre Montagne d&#8217;Or aussi, et s\u00fbrement avec la m\u00eame virulence.<\/p>\n<p>Je vous remercie de m&#8217;avoir \u00e9cout\u00e9e.&#8221;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vanessa Joseph, Cindy van der Pijl, Nicole Chanel, F\u00e9lix Tiouka, Mo\u00ebtai Brotherson et Sylvain Duez-Alessandrini &nbsp; CONTRE MONTAGNE D&#8217;OR, LA NEGATION DE L&#8217;IDENTITE, ET POUR LE COMBAT POUR LA TERRE: DES JEUNES FEMMES DE GUYANE SE SONT EXPRIMEES, LE 13 OCTOBRE 2018, LORS DE LA JOURNEE DE SOLIDARITE DU CSIA. Christine Prat 10 novembre 2018 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[948,2131,12],"tags":[2132,770,771,1740,1747,2133,1744],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4762"}],"collection":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4762"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4762\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4771,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4762\/revisions\/4771"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4762"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4762"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4762"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}