{"id":2673,"date":"2015-02-02T16:51:40","date_gmt":"2015-02-02T15:51:40","guid":{"rendered":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=2673"},"modified":"2020-04-15T23:27:55","modified_gmt":"2020-04-15T21:27:55","slug":"temoignage-ecrit-de-leonard-peltier-au-tribunal-sur-les-pensionnats","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/?p=2673","title":{"rendered":"TEMOIGNAGE ECRIT DE LEONARD PELTIER AU TRIBUNAL SUR LES PENSIONNATS"},"content":{"rendered":"<div class=\"separator\"><a href=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/-ndlCNQAWUv0\/VMqpocd3NtI\/AAAAAAABHn4\/QHIPWqv4c5o\/s1600\/Screenshot%2B2015-01-29%2Bat%2B3.33.34%2BPM.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" alignleft\" src=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/-ndlCNQAWUv0\/VMqpocd3NtI\/AAAAAAABHn4\/QHIPWqv4c5o\/s1600\/Screenshot%2B2015-01-29%2Bat%2B3.33.34%2BPM.png\" alt=\"\" width=\"316\" height=\"217\" border=\"0\" \/><\/a><strong>DECLARATION DE LEONARD PELTIER DESTINEE A ETRE LUE POUR LE DOSSIER DU TRIBUNAL DE LA FONDATION BLUE SKIES, QUI S\u2019EST TENU A ONEIDA, WISCONSIN, DU 22 AU 25 OCTOBRE 2014<\/strong><\/p>\n<p>Par Leonard Peltier<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.bsnorrell.blogspot.fr\/2015\/01\/leonard-peltiers-written-statement-to.html\">Publi\u00e9 sur Censored News<\/a>,<br \/>\nLe 29 janvier 2015<br \/>\n<em>Traduction Christine Prat<\/em><\/p>\n<p>A l\u2019automne 1953, je vivais avec ma grand-m\u00e8re, Mary Dubois Peltier (originaire du Canada), veuve, ma s\u0153ur Betty Ann et ma cousine Pauline Peltier. J\u2019avais 9 ans, Betty et Pauline 6 ans. Nous habitions dans une hutte en bois de deux pi\u00e8ces, sur la colline r\u00e9put\u00e9e la plus haute de la r\u00e9serve. Grand-p\u00e8re (Alex O. Peltier) l\u2019avait construite \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940. Grand-p\u00e8re venait de mourir de pneumonie vers novembre ou d\u00e9cembre 1952. Nous vivions dans la bande d\u2019Autochtones du Petit Coquillage de la Montagne de la Tortue, \u00e0 Belcourt, dans le Dakota du Nord.<br \/>\nEn ce jour de septembre, je jouais dehors, en attendant le petit-d\u00e9jeuner. Je pouvais voir venir d\u2019en bas de la route, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres, cet \u00e9norme nuage de poussi\u00e8re qui semblait provenir d\u2019une voiture tr\u00e8s rapide. Je savais que les gens avec des voitures si rapides \u00e9taient du Bureau des Affaires Indiennes. Je savais que j\u2019\u00e9tais suppos\u00e9 courir dans les bois et me cacher, c\u2019\u00e9tait normal et on l\u2019apprenait aux enfants d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge. Si nous ne nous cachions pas, le gouvernement nous volerait et nous pourrions ne jamais revenir. J\u2019\u00e9tais intrigu\u00e9 et voulais voir o\u00f9 cette voiture allait si vite. Je regardais, comme en transe et hypnotis\u00e9, je regardais cette voiture rouler tout droit vers notre entr\u00e9e. Ce type Blanc en descendit et commen\u00e7a \u00e0 marcher avec notre grand-m\u00e8re.<br \/>\nGrand-m\u00e8re ne le connaissait pas, elle parlait tr\u00e8s peu d\u2019anglais et avait des difficult\u00e9s \u00e0 le comprendre. Je ne parlais pas beaucoup d\u2019anglais non plus et avais aussi des difficult\u00e9s \u00e0 le comprendre, mais j\u2019ai entendu le mot pensionnat. Ce mot, tous les enfants Autochtones le connaissaient et \u00e9taient terrifi\u00e9s en l\u2019entendant prononcer. J\u2019ai eu peur. Je voulais m\u2019enfuir dans les bois pour me cacher mais je ne voulais pas laisser ma grand-m\u00e8re, ma s\u0153ur et ma cousine. Tout ce que je voulais, c\u2019\u00e9tait me mettre \u00e0 pleurer et crier de nous laisser tranquilles. Je voyais l\u2019homme commen\u00e7ant \u00e0 para\u00eetre frustr\u00e9 et terriblement furieux de ce que ma grand-m\u00e8re ne comprenait pas tout ce qu\u2019il disait. L\u00e0, j\u2019avais peur qu\u2019il leur fasse du mal.<\/p>\n<p>Grand-m\u00e8re me disait \u00ab Leonard cours te cacher \u00bb (en Midcef, un langage franco-Chippewa cr\u00e9\u00e9 par les Autochtones). Mais j\u2019\u00e9tais comme hypnotis\u00e9. Je ne pouvais pas bouger, j\u2019\u00e9tais gel\u00e9 sur place. Finalement, ma grand-m\u00e8re comprit qu\u2019elle pouvait \u00eatre emmen\u00e9e en prison. En pleurant, elle nous dit que nous devions suivre cet homme, sinon il la mettrait en prison et nous prendrait quand m\u00eame. Betty et Pauline se mirent \u00e0 pleurer et \u00e0 crier, ce qui me fit frissonner du haut en bas. Grand-m\u00e8re continuait \u00e0 me dire que je devais \u00eatre fort, \u00eatre un homme et prendre soin de ma s\u0153ur et ma cousine. Elle dit : \u00ab Ne leur fais pas voir que tu pleures, ou ils te puniront \u00bb. MAIS je ne voulais pas \u00eatre un homme. Je voulais appeler au secours. Je ne les ai plus jamais laiss\u00e9 me voir pleurer depuis, m\u00eame quand mes partisans leur ont demand\u00e9 de me passer le t\u00e9l\u00e9phone, dans mon lit, en prison, quand mon p\u00e8re mourut.<\/p>\n<p>La voiture nous emmenait \u00e0 toute allure et tout ce que je pouvais voir \u00e9tait un gros nuage de poussi\u00e8re par la vitre arri\u00e8re, sur le chemin de Belcourt, notre plus grande communaut\u00e9 sur la R\u00e9serve. Dans la cour d\u2019\u00e9cole de Belcourt, nous voyions des bus jaunes, de la fin des ann\u00e9es 1940, d\u00e9but des ann\u00e9es1950, align\u00e9s. Les pauvres Betty et Pauline pleuraient toujours, comme de pauvres petits b\u00e9b\u00e9s. Aujourd\u2019hui encore, je ne peux pas oublier ces pleurs. J\u2019ai tout essay\u00e9 pour qu\u2019elles cessent de pleurer. Elles \u00e9taient si jeunes, je crois maintenant qu\u2019elles n\u2019auraient pas pu s\u2019arr\u00eater m\u00eame si elles avaient voulu. La peur sur leurs visages est une image que j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019oublier mais qui me hante toujours apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es. J\u2019ai essay\u00e9 de leur expliquer qu\u2019elles devaient faire attention au cas o\u00f9 nous pourrions nous \u00e9chapper. NOUS DEVIONS SAVOIR QUEL ETAIT LE CHEMIN DE LA MAISON. C\u2019est tout ce \u00e0 quoi je pouvais penser pour \u00e9chapper \u00e0 ces gens qui nous avaient captur\u00e9s, nous ne savions pas si nous allions en prison ou quoi, vu que personne ne nous expliquait rien, si ce n\u2019est que nous allions dans un pensionnat. Nous avions appris \u00e0 les fuir et nous cacher dans les bois, sauf quand les anciens voulaient nous faire peur pour nous faire ob\u00e9ir et nous mena\u00e7aient de ce qui devait \u00eatre un monstre pour nous, un pensionnat Indien, et c\u2019est tout ce \u00e0 quoi je pouvais penser pendant les 400-480 km suivant. Je ne savais absolument pas comment j\u2019allais prot\u00e9ger ma s\u0153ur et ma cousine.<\/p>\n<p>Il me semblait que nous avions voyag\u00e9 toute la journ\u00e9e. Je me souviens que nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s une fois pour aller aux toilettes sur une aire de repos. A cette \u00e9poque, elles \u00e9taient toutes \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Betty et Pauline ne voulaient pas bouger de leurs si\u00e8ges et j\u2019ai d\u00fb les supplier d\u2019aller aux toilettes. Ils nous ont donn\u00e9 un sandwich mais les filles ne mangeaient pas, alors j\u2019ai mis les sandwichs dans mes poches, au cas o\u00f9 nous nous \u00e9vaderions. Je me suis rendu compte plus tard qu\u2019elles refusaient de manger JUSQU\u2019AU JOUR SUIVANT ET SEULEMENT APRES M\u2019AVOIR VU DANS LA CANTINE.<\/p>\n<p>Betty me dit qu\u2019elle ne souvient pas de tout \u00e7\u00e0. Je suppose que c\u2019est un souvenir dont elle ne veut pas se rappeler. Qui le voudrait ? Je sais que j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019oublier ces souvenirs-l\u00e0 toute ma vie. Pauline ne s\u2019est jamais vraiment remise. Elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans une institution psychiatrique \u00e0 Grafton, dans le Dakota du Nord, pendant plusieurs ann\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 ce que les lois de la fin des ann\u00e9es 1960 et des ann\u00e9es 1970 deviennent plus souples et qu\u2019elle soit lib\u00e9r\u00e9e. Ils ont pr\u00e9tendu qu\u2019elle \u00e9tait tomb\u00e9e des marches en ciment au pensionnat et avait un l\u00e9ger traumatisme au cerveau. Je lui ai rendu visite une fois et n\u2019ai pas pu supporter ce que je voyais. Je n\u2019ai jamais pu y retourner. Je le regrette maintenant et le regretterai jusqu\u2019\u00e0 ma mort. J\u2019ai grandi en me demandant quel crime nous avions commis, \u00e0 part nous entendre dire que nous n\u2019\u00e9tions que des Indiens. Nous sommes arriv\u00e9s quelques heures plus tard au pensionnat Indien de Wahpeton, dans le Dakota du Nord. Je dirais qu\u2019il \u00e9tait environs 14-15 heures. On nous a dit de tous nous mettre en rang et ils ont commenc\u00e9 \u00e0 nous classer par \u00e2ge et par niveaux scolaires. Je ne savais pas dans quelle classe j\u2019\u00e9tais, donc quand l\u2019enfant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 m\u2019a dit 3\u00e8me [de l\u2019\u00e9cole primaire, CE2 \u2013 NdT], j\u2019ai dit oui, 3\u00e8me.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions tous en rang, par \u00e2ge et par taille et en formation comme dans une maison de redressement. On nous a fait d\u00e9filer jusqu\u2019\u00e0 ce que nous ayons appris \u00e0 conna\u00eetre le Hall Central. Il y avait des pi\u00e8ces \u00e0 l\u2019est et \u00e0 l\u2019ouest, toutes dans le sous-sol. A l\u2019est il y avait la laverie, le coiffeur, la distribution de v\u00eatements et les douches. A l\u2019ouest il y avait les salles de r\u00e9cr\u00e9ation pour l\u2019hiver ou quand il faisait trop froid ou pleuvait trop pour aller dehors.<\/p>\n<p>On nous a dit de nous mettre en rang devant les chaises de coiffeur et nous avons tous eu les cheveux coup\u00e9s ras, fa\u00e7on militaire. Tout \u00e0 coup, nous \u00e9tions diff\u00e9rents et ne reconnaissions plus les enfants avec qui nous \u00e9tions devenus copains. Les plus jeunes se mirent \u00e0 pleurer, nous les grands, enfin, nous croyons maintenant que nous \u00e9tions les grands, essayions de les faire cesser et les prenions dans les bras pour les assurer qu\u2019ils \u00e9taient toujours avec leurs amis. Un petit appel\u00e9 Macloud s\u2019est accroch\u00e9 \u00e0 moi de toutes ses forces et on m\u2019en a rendu responsable pour le faire se laver, m\u2019assurer qu\u2019il se levait le matin et \u00e9tait au lit \u00e0 21h tous les soirs, avait \u00e0 manger, faire nos lits, ce que je ne savais pas faire moi-m\u00eame, mais des plus grands m\u2019ont appris \u00e0 plier le bout du lit au carr\u00e9, fa\u00e7on militaire. Les gar\u00e7ons et les filles mangeaient dans la m\u00eame cantine.<\/p>\n<p>Quand nous sommes all\u00e9s aux douches, avant que nous ne nous mettions en rang, ils nous ont arros\u00e9s de DDT pour tuer les poux. \u00c7\u00e0 br\u00fblait terriblement. L\u00e0 encore, les plus jeunes pleuraient. Quand \u00e7\u00e0 a \u00e9t\u00e9 notre tour d\u2019entrer dans la douche, comme le petit s\u2019accrochait \u00e0 moi, on m\u2019a dit qu\u2019il faudrait que je le lave et on m\u2019a appris comment utiliser le savon et la brosse (j\u2019ai appris plus tard que c\u2019\u00e9tait le m\u00eame genre de savon et de brosse utilis\u00e9s pour les sols en ciment) pour le frotter derri\u00e8re les talons, les avant-bras et les coudes et un chiffon pour les parties intimes. On nous mettait de la vaseline sur les avant-bras, les coudes et les talons puis ils nous frottaient ces endroits avec une serviette blanche, et si des peaux mortes se d\u00e9tachaient, ceux d\u2019entre nous qui \u00e9taient responsables de quelqu\u2019un \u00e9taient frapp\u00e9s avec une lourde r\u00e8gle. C\u2019\u00e9tait le surveillant plus grand qui frappait. Certains grands refusaient de frapper des petits. Ceux-l\u00e0 \u00e9taient qualifi\u00e9s de causeurs de troubles, nous les appelions les r\u00e9sistants, LES GUERRIERS !! Les autres, qui acceptaient de frapper les petits, nous les appelions Indiens du BIA [Bureau des Affaires Indiennes \u2013 NdT], les vendus, les Indiens de l\u2019homme blanc. Nous avions beaucoup de noms pour les qualifier.<br \/>\nLors de cette premi\u00e8re douche, j\u2019ai go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la r\u00e8gle pour la premi\u00e8re fois, parce que le petit se mettait \u00e0 pleurer quand je le frottais trop fort et ils ont trouv\u00e9 des peaux mortes derri\u00e8re ses talons. Alors j\u2019ai vite rejoint les r\u00e9sistants et ha\u00ef les surveillants et les mouchards.<\/p>\n<p>Puis nous sommes all\u00e9s \u00e0 la laverie et avons re\u00e7u des tabliers comme ceux qu\u2019utilisaient les fermiers, et des chaussures de travail marron. On nous a attribu\u00e9 des lits et entretemps c\u2019\u00e9tait l\u2019heure du d\u00eener\/souper. Nous \u00e9tions tous affam\u00e9s. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s impatient quand on m\u2019a dit que je pourrais revoir Betty et Pauline.<\/p>\n<p>Plus t\u00f4t, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 dans le dortoir des filles et on m\u2019avait dit que je devais faire cesser Betty et Pauline de pleurer. Je leur ai expliqu\u00e9 que je ne pouvais pas rester mais que j\u2019\u00e9tais juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et que si elles n\u2019arr\u00eataient pas de pleurer je serais encore puni. Je leur ai montr\u00e9 ce qu\u2019ils avaient fait \u00e0 mes cheveux et les marques encore rouges sur mon dos. J\u2019ai dit : \u00ab S\u2019il vous plait, ne pleurez plus. Je ne vais pas vous quitter. S\u2019il vous plait. Nous allons bient\u00f4t manger et je vous verrai au d\u00eener. \u00bb<\/p>\n<p>Quand nous sommes all\u00e9s bouffer, j\u2019ai vu Betty et Pauline assises \u00e0 la table qui leur avait \u00e9t\u00e9 assign\u00e9e, penchant leurs t\u00eates. De temps en temps, Betty relevait la sienne, me cherchant. Elle finit par me voir et hurla \u00e0 Pauline : \u00ab Leonard est l\u00e0-bas \u00bb en faisant des signes de la main, tr\u00e8s excit\u00e9e ! Je souris et leur fit signe de manger, alors elles ont commenc\u00e9 \u00e0 manger. Je ne me souviens pas qu\u2019elles aient jamais pleur\u00e9 pour moi depuis.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re fois que j\u2019ai pu les rencontrer seules dans la cour, je leur ai dit que nous devions grandir et \u00eatre forts pour pouvoir nous \u00e9chapper. IL A FALLU AU MOINS 2 ANS AVANT QUE JE FASSE MA PREMIERE TENTATIVE D\u2019EVASION ET MANQUE DE ME NOYER dans la Red River. C\u2019\u00e9tait le printemps et mon cousin Daniel Peltier me dit qu\u2019il voulait rentrer \u00e0 la maison et me demanda si je voulais m\u2019enfuir avec lui. Le temps se r\u00e9chauffait, MAIS, si la maison me manquait et aussi grand-m\u00e8re, vu qu\u2019elle \u00e9tait la seule m\u00e8re que j\u2019avais connu ou pouvais me rappeler, je lui dis que je ne pouvais pas partir sans ma s\u0153ur et la cousine Pauline. Je leur manquerais et elles recommenceraient \u00e0 pleurer, mais Danny a insist\u00e9 et j\u2019ai accept\u00e9. Sans argent et sans v\u00eatements de rechange, et surtout sans nourriture, nous sommes partis sans savoir quelle \u00e9tait la bonne direction \u00e0 prendre. Nous sommes partis, comme cela, pour ce que nous pensions \u00eatre une longue route, et nous avons ri, pouss\u00e9 des cris de joie et dans\u00e9 \u00e0 notre nouvelle libert\u00e9. Puis nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la Red River et nous avons vu que la glace \u00e9tait mince et que ce serait tr\u00e8s dangereux de traverser. Ne pouvant trouver d\u2019endroit pour traverser et sachant que nous allions devoir traverser, nous avons choisi l\u2019endroit le plus \u00e9troit et nous sommes s\u00e9par\u00e9s de quelques m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Je me rappelle que d\u2019autres gosses de la Nation m\u2019avaient dit comment traverser la glace mince si je devais vraiment le faire, ce \u00e0 quoi faire attention et \u00e9couter la glace. Je dis \u00e0 Danny, \u00ab Surveille la glace et si \u00e7\u00e0 craque cherche l\u2019endroit le plus court vers la berge. Si n\u00e9cessaire, allonge-toi sur la glace. \u00bb Et nous avons commenc\u00e9 \u00e0 traverser. Quand nous avons approch\u00e9 de la berge, Danny y est arriv\u00e9 et s\u2019est mis \u00e0 rire de bonheur. J\u2019\u00e9tais probablement \u00e0 1,5 m\u00e8tre de la rive et la glace a commenc\u00e9 \u00e0 craquer, si fort que j\u2019ai su qu\u2019elle allait casser. J\u2019ai essay\u00e9 de glisser et de me faire l\u00e9ger. J\u2019ai vu la branche d\u2019un tr\u00e8s jeune arbre au-dessus de la rive et ai essay\u00e9 de l\u2019atteindre. Juste au moment o\u00f9 j\u2019y arrivais, la glace a c\u00e9d\u00e9 et j\u2019ai coul\u00e9 compl\u00e8tement dans l\u2019eau glac\u00e9e. Ma main a saisi la branche et je me suis hiss\u00e9 vers le haut. Quand ma t\u00eate fut hors de l\u2019eau, j\u2019ai saisi une autre branche et me suis tir\u00e9, Danny a saisi ma main et m\u2019a tir\u00e9, et j\u2019ai rejoint la terre, terriblement tremp\u00e9 mais vivant. Apr\u00e8s quelques minutes j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 trembler comme un fou, comme si le soleil s\u2019\u00e9tait couch\u00e9 et que le froid s\u2019intensifie rapidement. J\u2019ai retir\u00e9 tous mes v\u00eatements et nous les avons essor\u00e9s, nous demandant comment faire du feu, vu que le froid s\u2019intensifiait rapidement. Il se mettait aussi \u00e0 faire nuit tr\u00e8s vite et j\u2019avais de plus en plus froid, alors nous nous sommes demand\u00e9 que faire. Danny dit \u00ab Retournons-y \u00bb, alors nous avons r\u00e9fl\u00e9chi une seconde et d\u00e9cid\u00e9 que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre mieux et avons march\u00e9 dans une certaine direction jusqu\u2019\u00e0 ce que nous arrivions sur une route. Nous avons march\u00e9 un peu et une voiture est arriv\u00e9e qui nous a pris en stop jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole. Nous nous sommes rendu compte que nous n\u2019\u00e9tions pas all\u00e9s loin et \u00e9tions un peu honteux de notre tentative de fuite.<\/p>\n<p>Maintenant il fallait faire face. Nous d\u00e9cidions de dire que nous avions eu l\u2019id\u00e9e tous les deux, nous sentant seuls vu que nous n\u2019avions pas vu nos familles depuis plus de 2 ans. Mais vu que nous avions enfreint les r\u00e8gles, nous devions tout de m\u00eame \u00eatre punis. Dix coups de r\u00e8gles sur les fesses et une autre coupe de cheveux \u00e0 ras et nous devions porter des chaussures et v\u00eatements trop grands pour que les gens puissent voir que nous \u00e9tions des fuyards. Nous \u00e9tions aussi priv\u00e9s de cin\u00e9ma en ville pour un an. Mais \u00e7\u00e0, \u00e7\u00e0 n\u2019avait pas d\u2019importance vu que nous n\u2019avions pas l\u2019argent pour payer des billets \u00e0 10 cents.<\/p>\n<p>J\u2019ai finalement pu sortir de Wahpeton apr\u00e8s que des changements soient survenus \u00e0 Washington D.C. en 1956, un des changements de r\u00e8glement \u00e9tant qu\u2019ils ne pouvaient plus nous garder si nous avions quelque part o\u00f9 aller. D\u00e8s lors, ils ne pouvaient plus nous retenir pendant les mois d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 cause de manquements mineurs au r\u00e8glement, afin que les employ\u00e9s aient une raison d\u2019y \u00eatre et de toucher leur salaire. Si nos parents voulaient venir nous chercher, nous pouvions rentrer \u00e0 la maison. J\u2019ai \u00e9crit \u00e0 ma m\u00e8re, pensant toujours que j\u2019\u00e9tais \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres, pour voir si elle pourrait venir nous chercher. Elle est venue d\u00e8s qu\u2019elle a re\u00e7u la lettre, quelques jours apr\u00e8s que je l\u2019aie envoy\u00e9e, mais elle ne pouvait pas emmener Pauline qui n\u2019\u00e9tait pas son enfant, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 un autre passage dur de cette histoire. Nous avons d\u00fb laisser la pauvre Pauline, qui, d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019on en a entendu, a pleur\u00e9 pendant des jours. Peu de temps apr\u00e8s, elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans une institution.<\/p>\n<p>Ainsi, au bout de 3 ans, j\u2019ai quitt\u00e9 la prison du pensionnat. Je ne sais pas ce qui a chang\u00e9 depuis mon \u00e9poque. Certains disent que ce n\u2019est plus comme avant, d\u2019autres disent que si. Je sais que personne dans ma famille, aucun de mes enfants n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 mis dans une de ces \u00e9coles. Cependant, je sais que certaines familles ne s\u2019occupent pas de leurs enfants et que certains internats sont n\u00e9cessaires. MAIS je sais que mes exp\u00e9riences \u00e0 Wahpeton resterons le souvenir d\u2019un enfer, qui me poursuivra jusqu\u2019\u00e0 ma mort.<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 un r\u00e9sistant \u00e0 la tentative de g\u00e9nocide de mon peuple depuis ce temps, et pour cela je vais plus que probablement mourir en prison. Le 6 f\u00e9vrier 2015, j\u2019aurai pass\u00e9 40 ans dans des prisons f\u00e9d\u00e9rales, m\u00eame apr\u00e8s que le procureur d\u2019une haute Cour ait dit en 1984 que le gouvernement ne savait pas qui avait tu\u00e9 ses agents et n\u2019avait pas de preuve contre moi, vu qu\u2019il n\u2019y en a pas. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 2 fois \u00e0 la perp\u00e9tuit\u00e9, peines qui ne peuvent \u00eatre confondues. Lorsque j\u2019ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, la perp\u00e9tuit\u00e9 se ramenait en fait \u00e0 7 ans, ce qui veut dire que j\u2019ai fait 5 fois la perp\u00e9tuit\u00e9 plus 4 ans, pour avoir r\u00e9sist\u00e9 au g\u00e9nocide des Autochtones. Je suis seulement coupable d\u2019\u00eatre Indien.\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DECLARATION DE LEONARD PELTIER DESTINEE A ETRE LUE POUR LE DOSSIER DU TRIBUNAL DE LA FONDATION BLUE SKIES, QUI S\u2019EST TENU A ONEIDA, WISCONSIN, DU 22 AU 25 OCTOBRE 2014 Par Leonard Peltier Publi\u00e9 sur Censored News, Le 29 janvier 2015 Traduction Christine Prat A l\u2019automne 1953, je vivais avec ma grand-m\u00e8re, Mary Dubois Peltier [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[1147,973,974,916],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2673"}],"collection":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2673"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2673\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2674,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2673\/revisions\/2674"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2673"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2673"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chrisp.lautre.net\/wpblog\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}